Archive for novembre, 2012

30/11/2012

L’éditorial d’Olivier de Monicault

 

Le journal Le Monde dans son éditorial du 27 avril a fait une apologie sans nuance de la relance des projets de tours à Paris. Il s’agit là d’un sujet très controversé et nous avons adressé à ce journal une lettre de réponse à cet article. Ce journal l’a publié dans son courrier des lecteurs du 3 mai, nous vous en donnons ci-dessous le texte. De même Le Figaro, contacté par nous, a exposé nos arguments dans un article du 2 mai consacré la polémique sur les gratte-ciels à Paris.

Partout dans le monde, le développement des grandes villes se heurte à la difficulté de concilier la conservation du patrimoine ancien et le respect du paysage urbain avec les exigences de la vie moderne. Paris n’échappe pas à ce problème : enfermé dans les limites administratives fixées en 1860, comptant parmi les grandes villes les plus denses du monde et souffrant d’une superficie d’espaces verts par habitant particulièrement faible, Paris manque de terrains constructibles pour édifier logements et équipements collectifs.

Projet Duo de Jean Nouvel (13ème)

La Municipalité a cru trouver une solution en relançant l’idée de la construction de tours. C’est tout d’abord oublier que les Parisiens n’en veulent pas ; en 2004 Monsieur Delanoë avait adressé aux Parisiens un questionnaire à ce sujet : A une question très orientée sur la reprise de la construction d’immeubles de grande hauteur « de haute qualité architecturale » et « bien implantés » 62 % des Parisiens avaient répondu non ! Ce refus n’était pas une manifestation conservatrice et frileuse de privilégiés bourgeois ou bobos soucieux de protéger un entre-soi au moyen de prix du logement inabordable mais le désir que le développement de Paris se fasse à l’échelle humaine et dans le respect du Paris qui nous a été légué.

Le retour des tours n’est ni une fatalité ni une nécessité de la modernité. La capitale des Etats-Unis, Washington, est limitée en hauteur dans sa totalité tout comme le sont Rome et dans une moindre mesure New Delhi. Ces villes seraient sans doute taxées de « non compétitivité » par les tenants de la grande hauteur. Le débat n’est pas seulement d’ordre esthétique, d’autant plus qu’en la matière il s’agit souvent seulement de questions de modes. Mais si des millions de touristes viennent chaque année visiter Paris ce n’est pas pour y chercher un succédané de Manhattan ! Et en inscrivant les berges de la Seine au patrimoine mondial de l’humanité, l’UNESCO a voulu souligner le caractère exceptionnel et homogène du paysage parisien. Des exemples récents (Londres et Saint Pétersbourg) nous ont montré que l’UNESCO n’hésite pas à retirer son label lorsque ce patrimoine exceptionnel subit des atteintes.

Depuis quelques décennies, la population parisienne a tendance à diminuer en raison notamment du coût des logements et de l’insuffisance de constructions  nouvelles accessibles. Les activités artisanales et industrielles ainsi que le petit commerce ont été chassés par les bureaux.

Paris se transforme en ville-dortoir de luxe, ville administrative de prestige et site à vocation touristique. Mais les tours d’habitation n’apportent aucune solution à cette évolution, le coût de construction et les charges d’entretien les condamnant à devenir, sauf subventions massives, des immeubles de luxe. Par ailleurs l’expérience en banlieue d’immeubles de grande hauteur à caractère social est, c’est le moins qu’on puisse dire, un cuisant échec. Mais les tours dont il est question aujourd’hui à Paris (Masséna-Bruneseau, Batignolles et Tour Triangle) sont pour l’essentiel des tours de bureaux ou d’hôtels et non pas de logement. Leur desserte par les transports en commun est insuffisante.

Ce n’est pas en plantant quelques végétations sur les tours ou à leurs abords qu’on les rend écologiques. Les tours sont de grandes consommatrices d’énergie par leur principe même. Par ailleurs l’expérience a montré que les tours sont un héritage empoisonné pour les générations futures car elles nécessitent une remise aux normes ou une destruction au bout de 40 ans.

La conception de l’implantation à la française des tours (par opposition au système de Manhattan) a démontré ses insuffisances comme en témoigne l’échec de la dalle de Front de Seine du 15e et le mauvais traitement des pieds de tours. Les nouveaux projets reproduisent ces mêmes erreurs.

La modernité ne passe pas par la destruction du bâti historique dont les qualités de construction, d’isolation, d’habitabilité, d’humanité ne sont plus à démontrer. Etre moderne à Paris ce n’est pas promouvoir une architecture de rupture (dans le cas présent des tours aux formes « audacieuses »), ce n’est pas construire n’importe quoi n’importe où même si on se retranche derrière la notoriété de grands architectes. Il n’est bien sûr pas question de défendre le pastiche mais toute architecture contemporaine doit s’intégrer harmonieusement dans le bâti existant et avoir pour premier souci la qualité de vie et la dimension humaine.

Gardons tous à l’esprit que le patrimoine est une ressource non renouvelable! 

23/11/2012

Paris Rive Gauche

La Halle Freyssinet ne sera pas détruite: Cependant, la Tour Duo semble être fermement actée

par Harold Hyman

Le comité plénier de la Concertation Paris Rive Gauche — entre la Ville de Paris, la mairie du 13e arrondissement, et la société civile — tenu le 28 novembre dernier, a donné un résultat : l’annonce de la sauvegarde de la Halle Freyssinet. Le béton pré-contraint, cela ne parle pas forcément à tout le monde, dit Jérôme Coumet, Maire du 13e, « mais j’ai fini par m’y mettre ».

Le Maire regrette les conditions du classement, « éminemment politiques », et l’on sent même la notion de politicienne. Ce que nous devons comprendre: sous la présidence Sarkozy quelque chose de mystérieux c’est passé pour obtenir.

Beau joueur en la circonstance: si Jérôme Coumet ne reculera pas sur le projet de Tours à la Porte d’Ivry, il se pliera de bonne grâce au classement de Freyssinet et tentera même d’en faire un projet rentable et civique à la fois.

En outre, le Maire du 13e s’est montré enthousiaste sur le sujet de la constrution d’hotels dans Paris Rive Gauche. Extrêmement important pour Paris, car le tourisme est un secteur iindispensable pour l’économie locale, voilà le leitmotiv.

Et donc je forme un voeu: que les clients d’un futur hotel à  Paris Rive Gauche puissent être des gens attirés par le pôle universitaire (Paris Diderot, et l’École Supérieure d’Architecture), et qu’ils puissent passer par la Halle Freyssinet pour y admirer ce béton précontraint, et en faire une vitrine du Paris de béton! Le beau bèton, eh oui, il y en a: le Conseil Économique et Social, et autres bâtiments de Perret.

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13/11/2012

Des nouvelles de la Halle Freyssinet

Par Marie Karel

Dans les publications de SOS Paris, nous avons plusieurs fois évoqué la halle des anciennes messageries de la Gare d’Austerlitz, cette bâtisse ferroviaire d’un volume exceptionnel, située aujourd’hui dans la ZAC Paris Rive Gauche. Depuis la publication de l’arrêté du 23 février 2012 faisant état de son inscription au titre des monuments historiques, des informations inquiétantes avaient circulé, notamment par voie de presse, évoquant un éventuel « déclassement ».

C’est dans les couloirs du Salon International du Patrimoine culturel à Paris la semaine dernière, que nous avons pu avoir accès à des informations plus précises : une demande de revenir sur son inscription au titre des monuments historiques avait bien été formulée en juin dernier. Mais cette demande a été retirée en août 2012 par l’autorité même qui l’avait soumise. Il semblerait que la SNCF pourrait ne plus être disposée à la vendre et envisagerait la conserver en tant que pièce importante de son patrimoine architectural.

Halle Freyssinet.

Nouvelle préoccupation désormais des pouvoirs publics : que faire de cet édifice long de 310 mètres, quelle fonction lui attribuer maintenant que sa survie est assurée ? Nos interlocuteurs évoquent  des projets de type « centre commercial » et d’autres, diamétralement opposés, portant sur un vaste centre culturel de type « 104« . Ce dernier étant considéré, au passage, comme typique de l’échec à ne plus reproduire à Paris. Une chose est sûre : la société qui l’exploite actuellement n’est détentrice que d’un contrat précaire… Personne ne se risque à faire des prévisions sur les futures fonctions de la Halle Freyssinet.

Dans la concertation mise en place par l’aménageur avec les associations et les conseils de quartier, cette question n’est pas à l’ordre du jour. Du moins pour l’instant. Ce n’est pas faute d’avoir été demandée.

Un tel édifice exceptionnel dans un quartier en pleine mutation créative, proche du centre de la ville, à deux pas de la Seine, ne pourra que susciter des idées ambitieuses et novatrices. Encore faut-il poursuivre l’effort et poser un regard neuf sur ses abords et son environnement proche, quitte à  remettre en question le projet de dalle qui étoufferait la Halle, traitée, avant son inscription, comme un vilain obstacle à contourner…

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12/11/2012

Réinventer l’immeuble d’autrefois

Par Harold Hyman 

Un cabinet d’ architecture, APS, spécialisé en revitalisation des bâtiments anciens, nous surprend par sa fraîcheur au Salon du Patrimoine culturel (Paris 2012). Leur idée novatrice : restaurer, adapter, convertir des immeubles historiques à de nouveaux usages en amenant l’immeuble a renaître soit sous forme remaniée, soit sous sa forme d’origine (partiellement), soit dans un fascinant mélange des deux.

Idée élémentaire pourrait-on penser, mais en fait non, car elle émerge lentement, et récemment. Cette idée d’allier ancien et neuf vient se greffer à la restauration, classique et formelle, devenue science exigente et affaire de spécialistes. APS se lance frontalement dans ce nouveau genre: il compose avec les exigences techniques d’un immeuble actuel, qui sont stricts, et élevés. Et avec les misères des immeubles actuels, en matière de chauffage, de climatisation, d’aération, d’humidité, ce travail est ardu. Car les immeubles anciens, souvent inadéquatement entretenus, sont accusés de  vétusté et promis à la démolition ou l’embaumement.

Pascal Colné, Aline Maréchaux et Harold Hyman. Photo Marie Karel.

APS rénove, réinvente, revisite le passé de l’immeuble. Et infléchit les normes selon la logique « nul besoin d’isoler partout pareil, ni aux normes les plus draconiennes partout ». Le résultat : des structures réinventées au mieux, utilitaires et conceptuellement liés à leur passé et à leur avenir.

Le coût dans tout cela? Il ne s’agit pas de faire des économies de coûts par compression des efforts et des matériaux. Au contraire, l’étude préalable, scientifique à souhait, s’alourdit. Puis on agit selon le plan définit par après. L’économie est davantage dans la réduction subséquente de la facture énergétique ! Sur le chantier de la Caserne du Fort-Neuf de Vincennes, la dépense énergétique a baissé, selon le commandant, de presque 10 fois! Remarquable.

Le génie particuler d’APS réside avant tout dans la vision philosophique de la rénovation : comment fonctionnait le bâtiment à l’ère pré-électrique? Comment s’y chauffait-on? Qu’est-ce qui peut disparaître, qu’est-ce qu’on peut injecter d’actuel dans la structure ancienne? Et enfin, coup de maître, comment étendre un immeuble en utilisant les plans d’origine retrouvés dans les archives de l’architecte !

Le site de la société APS Environnement :

http://www.aps-environnement.com/

 

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