Contribution de SOS Paris à l’enquête publique pour le projet de la tour imefa52 à Issy-les-Moulineaux

Nous sommes tout-à-fait opposés à ce projet démesuré.

Notre association, comptant 450 adhérents et de nombreux sympathisants, vieille de 40 ans, a été fondée à la suite de la levée de bouclier des Parisiens contre la Tour Montparnasse. La réaction très vive des habitants à l’époque a mené à l’abandon de la construction de gratte-ciels dans Paris.

Aujourd’hui de nombreux projets de tours ressortent des cartons, sans qu’un véritable débat public et ni de véritables études d’impact ne permettent d’en étayer le bien-fondé. Cette absence de prise en compte de la volonté des habitants n’est plus supportable ni défendable. Surtout lorsque les consultations publiques font état d’un rejet majoritaire (plus de 60% des Parisiens et franciliens contre).

Notre position d’expertise nous permet d’affirmer que les tours d’affaire ne sont plus une solution d’actualité. Leurs défauts ont été pleinement démontrés, sur le plan humain, architectural, urbanistique ou économique ; D’ailleurs, il suffit de considérer aujourd’hui les problèmes d’occupation des tours, à la Défense.

Il s’ensuit que l’intérêt général dans ces projets de tours est largement mis à mal.

A commencer par une question d’économie tout court.

Une tour pour des questions de sécurité au feu et de technique, oblige à une perte de surface de 30%. Ici, avec le noyau central de 15m par 30 soit 450m2 multiplié par 43 étages représente 19.350m2 de surface perdue, soit un tiers de la surface totale du bâtiment. Comment prétendre construire une tour économe là où un bâtiment bas aurait évité cette perte sèche. Ce surcoût à la construction et plus encore à la destruction n’est plus défendable à l’heure du développement durable.

Comment évaluer l’intérêt de ce projet, sans une étude sérieuse d’impact, prenant en compte les projets environnants, « Balargone », Tour triangle et autres ?

La question des transports comme dans le cas du projet Triangle est évacuée : ces afflux de personnes (1035 ici pour 10 000 en tout sur les projets d’Issy, sans compter ceux de Paris, dont 5000 pour Triangle) sont censés être pris en charge par les réseaux existants alors qu’ils sont déjà saturés et ne présentent plus aucun potentiel ; aucune étude (absence du rapport de la RATP) ne rend compte des engorgements actuels rendant bien impossible l’absorption de flux nouveaux.

Il faut noter pour ce projet, l’absence visible de concertation, de réunion publique, en contradiction avec les procédures d’urbanisme (qui ne font pas la différence entre information et concertation). Il semble que ce point soit en contradiction avec les directives européennes qui exigent pour des projets de cette envergure des réelles études d’impact émanant de cabinets qui ne soient pas juges et parties. Ces points ne manqueront pas d’être soulevés lors des recours formés par les associations afin de faire respecter le droit commun.

L’impact environnemental d’une tour est extrêmement important. Là encore, les études d’impact sont insuffisantes au regard des lois européennes et de la bonne information du public. Les études concernant la pollution paraissent bien incomplètes et les dispositifs de mesure sur ce site insuffisants (quant on sait qu’une station de mesure vient d’être supprimée). Il ne suffit pas de compter les voitures des employés de la tour, il faut aussi compter les flux logistiques et techniques d’approvisionnement, de nourritures, fournitures, entretien… De même, jamais n’est comptabilisée l’énergie grise nécessaire pour la construction de ces bâtiments qui exigent des matériaux extrêmement énergivores et dont un tiers est inutilement déployé pour des questions techniques liées à la grande hauteur…

Cette tour pour respecter les réglementations en matière d’ensoleillement et de prospect sera plantée sur une esplanade bétonnée et vide, balayée comme tous les pieds de tours par des vents tourbillonnants. Les écrans prévus à R+4 pourront quelque chose pour le piéton cantonné au plancher des vaches ?

La Charte de l’Environnement de 2009, article 2 qui recommande de préserver et améliorer l’environnement est bien loin. Quant au bien-être des habitants, à la végétalisation des espaces publics, le projet laisse à désirer…

Les études d’ensoleillement sont succinctes et tout à fait imprécises, alors que ces trois tours jetteront dans l’ombre tout leur environnement de façon inévitable. Est-il sérieux à l’heure de logiciels performants de gommer ces questions dans un tel dossier ? Comment les riverains peuvent-ils raisonnablement prendre la mesure de cette grande nuisance qu’ils auront à subir ?

Les orientations du SDRIF concernant le rééquilibrage vers l’Est de la région parisienne des bureaux sont totalement contredites avec un projet de tour d’affaire de cette ampleur. D’autant plus, si l’on y ajoute les autres projets de tours environnantes. Ce schéma est pourtant la référence en matière d’urbanisme, comment se fait-il que l’on continue à créer des bureaux dans des zones déjà plus que suffisamment pourvues, à l’heure où la quantité de bureaux vides en région parisienne avoisine les 4,500 000 m2.

La question enfin du paysage urbain n’est pas posée. Il s’agit pourtant d’une question majeure. Quelle ville voulons-nous et à quel prix ? Le 3 octobre dernier, Monsieur Bandarin, de l’Unesco, a affirmé que les tours ne sont pas l’avenir pour Paris, qui est fait d’une urbanisation horizontale, de faible hauteur (6 étages) et pourtant d’une très grande efficacité en matière de densité et surtout d’un grand agrément de vie. Cette urbanisation est reconnue comme modèle à l’échelle mondiale. Cette forme urbaine est par extension valable pour Issy Les Moulineaux tout juste limitrophe ! Il y a beaucoup à perdre pour les Isséens avec un urbanisme de tours qui seront obsolètes au bout de 20 ans à peine et si coûteuses à entretenir, restaurer, mais surtout détruire, que comme la tour Montparnasse, elles pointeront leur absurdité vers le ciel jusqu’à la fin des temps.

Pourquoi s’entêter à construire des tours dont le modèle urbanistique ne fonctionne plus et dont la majorité des principaux intéressés ne veulent pas?

Nous, les 450 adhérents de SOS Paris, sommes contre ce projet nuisible au présent et à l’avenir et espérons que nos élus auront l’intelligence de l’entendre!

Christine Nedelec

Secrétaire Générale Adjointe de SOS Paris

 

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