Archive for mars, 2014

21/03/2014

Thierry Paquot présente « L’esprit des villes », sa nouvelle revue

Le premier numéro de « L’esprit des villes » vient de sortir. Revue annuelle, elle est dirigée par Thierry Paquot, philosophe, urbaniste, professeur à l’Institut d’urbanisme de Paris (Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne), à qui on doit de très nombreux ouvrages sur l’urbanisme, dont « La folie des hauteurs » que nous avions présenté précédemment dans notre bulletin.

Thierry Paquot

Thierry Paquot

Face à une planète qui ne cesse de s’urbaniser,  la revue présentée comme un objet « résolument non académique », se donne pour mission de faire l’écho de toutes les disciplines « et indisciplines », de publier des études et informations, des « découvertes et expériences, enthousiasmes, colères, combats et utopies« , à l’échelle de la planète.

Répondant à nos questions, Thierry Paquot a confié :

« L’Esprit des villes » ne veut surtout pas être une revue académique, d’où sa liberté de ton, la variété de ses approches du fait urbain avec des croquis, des photographies, des poèmes, le refus de s’enfermer dans une discipline (c’est, du reste, impossible avec un tel sujet), la nécessité d’être mondial (d’où des auteurs de différents pays), la volonté d’élaborer une pensée alternative sur l’urbanisation afin d’orienter des politiques et inciter les praticiens à expérimenter. Chaque auteur est unique et par conséquent nous ne le présentons pas avec l’habituelle biographie professionnelle (telle université, tel ouvrage publié…) mais par sa contribution.

esprit des villes

De même, pas de comité de rédaction pontifiant, un rhapsode (celui qui coud, en grec) et des complices ! Une revue ce sont des gens, avec leurs sensibilités, leurs convictions, leurs passions, c’est cela que nous voulons exprimer. L’enjeu est de taille, l’urbanisation planétaire s’effectue de plus en plus souvent sans cet esprit des villes (la démocratie participative, le quartier et ses solidarités, le voisinage et son urbanité, la rue et son aménité, le respect des âges, le ménagement des lieux et des gens, l’amitié avec le vivant…). Elle se fait en privilégiant l’enfermement, la ségrégation, la démesure (le grand ceci, le grand cela…), la décision technocratique, que sais-je encore ?

L’actualité en matière de réaménagement urbain aurait-t-elle joué un rôle déclencheur ?

En confectionnant ce premier numéro, nous nous sommes aperçus que l’actualité urbaine résulte des médias qui en inventent l’expression et la temporalité. Tout ce dont nous parlons dans ce numéro concerne un temps plus long, en effet, un événement n’en chasse pas un autre aussi rapidement que cela – seules les expositions sont datées.

À travers tous ces articles, y-a-t-il des conclusions qui se dégagent, des mises en garde, des points qui focalisent l’inquiétude ou l’indignation ? 

Un point est commun à ces articles :  le vécu des auteurs, leur attention aux autres, leur amour de la ville, ce lieu privilégié des échanges, des rencontres, des imaginaires…

Éditée par Infolio, la revue sera présente au Salon du Livre.

M.K.

 

Plus d’information…

19/03/2014

Oser la cristallisation de Paris

Par Harold Hyman

« Paris, la plus belle ville du monde »: les parisiens sont habitués à l’entendre. Les étrangers le disent… Les maires successifs le rappelent à toute circonstance… Mais à quoi donc font-ils référence ? Ils vous désigneront tous : les quais de la Seine, le Marais, le Jardin du Luxembourg, les  avenues et boulevards haussmaniens, la Butte Chaumont, l’architecture des édifices, les monuments, les ruelles du Quartier Latin… Ils vont parler de « charme ».

La Skyline de Paris, un paysage unique. Quel effet les gratte-ciel auraient sur lui ?

La Skyline de Paris, un paysage unique. Quel effet les gratte-ciel auraient sur lui ?

Chacun dira sa détestation de la Tour Montparnasse, du front de Beaugrenelle, du quartier des Olympiades, et les exclura tout naturellement du périmètre de ce « Paris, la plus belle ville du monde ». Ces mêmes passeront sous silence la Place des Fêtes, la tour Saint-Blaise dans le 20e, la tour Croulebarbe dans le 13e, d’autres masses de grande hauteur… Ils n’iront certes pas dire que ces masses « embellissent » Paris !

Quant à notre « skyline », elle ne suscite que deux avis : « on aime la Tour Eiffel » et « on est rebutés par la Tour Montparnasse ». Aujourd’hui, la « skyline » (ligne d’horizon) de Paris est menacée par une bonne douzaine de projets de gratte-ciel (ou tours, peu importe le terme choisi) le long du périphérique, comme le souhaitent une partie de nos élus, encouragés par nos architectes et par nos promoteurs. Il est donc temps de se poser la question : doit-on planter ces géants géométriques sur le pourtour de notre ville ? Doit-on sans cesse envahir les espaces aériens dégagés pour y mettre des tours ? Et sans fonction bien définie en plus ? Le besoin est-il vital, ou même, existe-t-il vraiment ?

Cela ne signifie pas que  la ville deviendrait un « musée » totalement figé… On pourrait changer l’affectation des édifices, réaménager la circulation, requalifier des HLM, remplir harmonieusement quelques dents creuses, utiliser éventuellement des espaces vides dans la région pour faire de l’architecture expérimentale… Mais on ne devrait plus bâtir tours ou gratte-ciel, monolithes nés d’un logiciel 3D, qui maculeraient le ciel et écraseraient par leurs proportions les quartiers encore charmants.

Une Tour Triangle à la Porte de Versailles, dans l’emprise du Parc des Expositions, gâcherait totalement la vue depuis la plaine de Vanves et depuis les boulevards Victor et Lefèbvre. Certes, on ne s’y pâmait pas d’admiration jusqu’à présent, mais un mastodonte de 180 mètres nous ferait penser chaque jour à la perte de cette vue qui était jusque-là dégagée en partie, grâce aux efforts d’une génération de militants du patrimoine qui s’opposaient déjà à des hauteurs plus modestes proposées à l’époque. Si une nouvelle tour aussi choquante que la Tour Montparnasse était construite, précurseur d’une bonne douzaine d’autres, une partie de la beauté du « Paris la plus belle ville du monde » serait perdue. Naîtrait alors un nouveau visage pour la ville, sans lien avec Paris que tout le monde aime. Un visage brouillon et pesant.

La notion de la cristallisation de cette beauté parisienne doit désormais être posée. Lui inventer un contenu, même sommaire, serait  déjà un immense progrès. Il faut oser décider que l’allure générale de Paris ne doit plus changer, que Paris soit cristallisé. Il faut oser cristalliser l’image de Paris pour stopper la fuite vers le gigantisme médiocre et irréversible.

HH

__________ Extrait du recueil « Les tours, une menace pour le patrimoine parisien », publié en avril 2013. ___________

11/03/2014

Pourquoi il n’y a pas d’arbres place du Panthéon et rue Soufflot…

Hier, le 8 mars 2014, la candidate PS à la Mairie de Paris, a annoncé son projet de réaménagement de la place du Panthéon qu’elle estime « enclavée » et « peu lisible » !… Associée à Marie-Christine Lemardeley, tête de liste dans le 5e, Anne Hidalgo projette de planter des arbres tout au long de la rue Soufflot et sur la place même du Panthéon afin de « disposer des espaces ombragées », ce qui manquerait semble-t-il à Paris… Un ensemble de bancs contemporains et de tables fixes « offerts librement au public » (sic) serait installé à un espace créé entre la Bibliothèque Sainte-Geneviève et le Panthéon,  afin que les « étudiants »… puissent « travailler sous les arbres » ! C’est très précisément ce qui est annoncé sur son site de campagne…(lien souligné à cliquer).

Place du Panthéon

Place du Panthéon, Bibliothèque Sainte-Geneviève, vers 1900.

Anne Hidalgo semble reprendre à son compte les propositions dévéloppées par  les enfants de CE2 et CM2 lors de la consultation organiisée par « Ville Amie des Enfants » (lien souligné à cliquer) de l’Unicef en 2010 : la nature dans la ville, un lieu d’expression et de création pour les enfants, etc… Le projet place du Panthéon en serait une illustration ?

Panthéon, Bibliothèque Sainte-Geneviève

Panthéon, Bibliothèque Sainte-Geneviève, vers 1900.

La proposition pourrait faire sourire (ou carrément rire), si elle ne venait pas de la 1ère adjointe au Maire de Paris, chargée de l’urbanisme et de l’architecture, candidate à la Mairie de Paris. Après « l’embellissement », selon le terme employé, de la Place de la République, comme celui projeté de la place de la Bastille, ou le réaménagement controversé de l’avenue Foch, c’est un pas de plus  qui vient d’être franchi, avec la désignation d’un secteur sauvegardé, au coeur de Paris historique.

Place du Panthéon, Mairie du 5ème

Place du Panthéon, Mairie du 5ème

Nous aimons les arbres, les fleurs, les jardins… Tout comme les aime la majeure partie de nos concitoyens. Nos amis écologistes s’y trouveraient pris de court, peut-être même ravis, d’avoir été écoutés avant qu’ils n’en expriment la moindre demande, le moindre voeu pour verdir la place du Panthéon !

Il est donc grand temps de rappeler pourquoi il n’y a pas d’arbres place du Panthéon, pas plus que dans la rue Soufflot:

Les arbres font partie de la tradition des places de province en France et des squares anglais, il n’appartiennent pas à la tradition des places royales françaises.

La place des Victoires, la place Vendôme, la place du Pont Neuf, la place de la Concorde n’ont pas d’arbres. La place des Vosges est née sans arbres, elle devient un square au 19ème siècle en suivant la mode anglaise. Dans la même optique, la place Stanislas à Nancy ou la place de Blondel autour de la cathédrale de Metz n’ont pas d’arbres… On peut encore citer Strasbourg, Nantes, Limoges…

La place des arbres dans Paris est (et surtout était) privilégiée : il ne peut se concevoir de « boulevard » sans ses rangées d’arbres selon une définition du 19ème siècle. Les jardins et les parcs jouent un rôle capital dans la ville et devraient être encore plus protégés et multipliés. SOS Paris a participé, il y a quelques années, au recensement des EVIP (espaces verts intérieurs protégés).

Il existe cependant des espaces où l’architecture joue le premier rôle : des places et  des édifices remarquables, auxquels l’arbre n’a rien à ajouter.

Dans l’espace urbain ancien dont nous avons hérité à Paris, ce qu’on qualifie de belle architecture ne mérite pas d’être caché par des végétaux.

La conception même d’une place, aux siècles passés, est basée sur les perspectives qu’elle dégage. Modifier cette perspective, intervenir sur l’ordonnance de ses éléments, c’est défaire l’harmonie de l’ensemble, dénaturer l’espace..

Présenter sa candidature à la Mairie de Paris, suppose connaître et aimer cette ville. Paris est la ville de l’innovation, presque par définition,  de par son histoire même, et n’a pas besoin de le prouver en grimant son visage. Confondre innovation et saccage est une erreur dramatique.

C.N.

07/03/2014

Poste du Louvre : un édifice exceptionnel qui mérite d’être classé

Par François Loyer, historien d’art et d’architecture, membre de SOS Paris.

La sauvegarde de l’édifice de la Poste du Louvre présente un enjeu majeur pour le patrimoine architectural et historique parisien.

La poste du Louvre

La poste du Louvre

Les façades sévères du bâtiment sont l’emblème d’un rationalisme architectural propre à la France.

Le concepteur en fut Julien Guadet, grand prix de Rome, élève de Labrouste. Chef d’atelier à l’École des Beaux-Arts pendant plus de trente ans, Guadet a été l’auteur des « Eléments et théorie de l’architecture » qui furent la bible des architectes pendant plus d’un demi-siècle. Ses deux élèves les plus illustres, se revendiquant comme ses plus fidèles disciples, sont le lyonnais Tony Garnier et le parisien Auguste Perret – ce qui n’est pas rien dans l’histoire de l’architecture française !

Derrière ses façades plutôt neutres, l’édifice réserve une surprise de taille : l’intérieur est constitué de deux grandes nefs parallèles en structure métallique, longues de 130 m et larges de 12 et 16 mètres – une portée spectaculaire pour l’époque. Longeant toute la périphérie du bâtiment, elles enveloppent la cour intérieure de cet immeuble-îlot dont le principe évoque un célèbre projet utopique d’Hector Horeau.

On pense immédiatement aux grandes halles des expositions universelles, mais aussi aux premiers grands magasins – notamment, le Bon Marché, qui date des dernières années du Second Empire. Du point de vue technique, le parti de la Poste Centrale est beaucoup plus impressionnant. Il précède d’ailleurs de plus de dix ans la construction du grand magasin du Printemps, qui s’en inspirera directement (mais dont l’ossature intérieure en a disparu de nos jours, alors que la poste centrale a survécu).

Il s’agit donc de ce que les spécialistes du patrimoine appellent un « unicum » : la tête de file d’une série de réalisations qui en vulgariseront le principe, jusqu’à ce que le métal cède la place au béton armé dans le cours du XXe siècle.

Le programme n’est pas moins emblématique que le parti architectural. Construit au lendemain de la défaite de 1870, l’édifice exprime l’ambition française de relever la tête et de s’imposer au plan international après l’humiliation de Sedan, la perte de l’Alsace-Lorraine et le drame de la Commune. Il répond à la « fête impériale » et à ses excès par l’affirmation doctrinaire d’une croyance dans la modernité qui passe par l’austérité du langage décoratif et la recherche de l’audace technologique.

Bref, c’est un bâtiment qui se veut éminemment moderne et sera considéré comme tel, au même titre que la Bibliothèque Nationale de Labrouste et, plus tard, le Grand Palais.

Sa réalisation fut l’une des premières décisions de la IIIe République naissante : le percement de la rue du Louvre s’accompagne en effet de la construction de la Poste Centrale et de celle de la Bourse du Commerce (fort intéressante, elle aussi). Elle est l’affiche du nouveau régime, le porte-drapeau de son idéologie qui propose au pays le dépassement de ses conflits politiques au profit du développement industriel face aux grandes rivales que sont l’Allemagne et l’Angleterre. L’aboutissement de cette entreprise sera la non moins spectaculaire Exposition Universelle de 1878, triomphe de l’architecture du fer.

D’un aspect moins flatteur, mais d’une importance historique et artistique non moins essentielle que l’Opéra de Paris ou la Basilique de Montmartre, la Poste Centrale n’a pas été bien comprise jusqu’ici par les spécialistes – sans doute, parce qu’elle faisait le sacrifice du décor au profit de la structure, encore que le détail des ossatures métalliques, d’un dessin raffiné, prouvent le contraire à tout observateur attentif.

Il faut exiger maintenant son classement au titre des monuments historiques, en tant que monument majeur de l’histoire de l’art français sous la IIIe République, et il faut imposer le respect de ses dispositions dans les projets de transformation à l’étude.

Le propriétaire ne voit dans le site de la rue du Louvre qu’une opportunité foncière, dans une logique purement spéculative. Il est temps de lui faire comprendre que l’enjeu patrimonial est tel qu’il doit modérer ses ambitions, en conservant à l’édifice son intégrité et en veillant à ce que les transformations nécessaires le mettent en valeur au lieu de la dénaturer.

Si chacun d’entre nous signe la pétition et la fait signer autour de lui, nous pouvons espérer d’être entendus !

F.L.

Pour signer la pétition en ligne lancée par l’association Sauvegarde de Paris Historique pour la défense du bâtiment de la Poste du Louvre, cliquez ici

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