Palais de Justice : rejet du recours des avocats qui s’opposent à son installation dans la Tour Judiciaire

La cour administrative d’appel de Paris a rejeté ce jeudi 3 avril, la requête des avocats de l’association « La justice dans la Cité », opposés au déménagement du Palais de justice dans une tour qui doit être édifiée dans la ZAC Clichy-Batignolles. L’association dénonce un projet « pharaonique » inadapté aux besoins de la justice et n’exclut pas d’engager un nouveau recours devant le Conseil d’Etat. 

Cet article écrit par Cyril Bourayne, extrait du recueil de textes « Les tours une menace pour Paris » publié par SOS Paris, est toujours d’actualité : 

Palais de la Justice, île de la Cité.

Palais de la Justice, île de la Cité.

Contre la tour de la Cité Judiciaire et pour le maintien du Palais de Justice dans l’île de la Cité !  

Par Cyril Bourayne, avocat au barreau de Paris, président de l’association « La Justice dans la Cité ».

La tour du nouveau palais de Justice, un gigantesque vaisseau de 160 mètres de hauteur, planté dans la ZAC Clichy-Batignolles, est un immeuble de grande hauteur destiné à engloutir le Tribunal de Grande Instance et les 20 tribunaux d’instance parisiens.

Le ministre de la Justice Monsieur Mercier s’enorgueillissait en 2012 de lancer le chantier le plus coûteux de toute l’histoire du ministère depuis sa naissance, et d’en confier la réalisation à Bouygues en partenariat-public-privé ; mais où est l’exploit à l’heure de la décentralisation, de la mise en réseau des activités judiciaires, de la justice de proximité, du Grenelle de l’environnement et du Plan Paris Climat ? Où sera l’exploit à l’heure de rendre des comptes aux générations qui s’annoncent?

Palais de Justice, Quai des Orfèvres

Palais de Justice, Quai des Orfèvres

Depuis les années 70 l’architecte Renzo Piano essaime dans le monde des bâtiments et des tours avec un bonheur inégal, ce qui lui vaudra sans doute une place dans l’Histoire. Comme Le Corbusier qui rêvait de bâtir 4 tours de 2 000 mètres au centre de Paris, il voit dans ces grands empilements humains des villes verticales, ouvertes et lumineuses, là où leurs habitants, leurs occupants, souffrent en réalité du confinement de ces espaces clos, aseptisés, ultra-sécurisés, si loin de la Terre. Si l’on veut placer « l’humain » au cœur des préoccupations, si le changement c’est maintenant, prouvons-le autrement qu’en imitant Dubaï.

Projet de la Tour Judiciaire de Renzo Piano à Clichy-Batignolles

Projet de la Tour Judiciaire de Renzo Piano à Clichy-Batignolles

La communication verticale fonctionne mal, AXA l’a compris en quittant sa tour de La Défense. Les grand espaces minéraux et stériles sont peut-être tantôt beaux, parfois séduisants, source de joie pour leurs auteurs – généralement des hommes – pouvant contempler leurs œuvres de tous points de la ville.

Mais Paris n’est pas soluble dans l’hyperurbanisation mondiale, la France peut et doit promouvoir d’autres modèles: la croissance doit rimer avec mieux, pas avec plus. Une autre économie est à inventer.

Palais de la Justice dans l'île de la Cité : salle des Pas Perdus

Palais de la Justice dans l’île de la Cité : salle des Pas Perdus

Cette tour, que l’on nous promet de « haute qualité environnementale », sera simplement moins polluante que ses vieilles sœurs de la Défense, mais toujours bien plus énergivore que ce qu’autorisent le Grenelle de l’environnement et le Plan Paris Climat, 50kw/m²/an. Les tours dites « vertes » consomment au moins 5 fois plus, 5 fois trop si l’on veut avoir une chance de se montrer exemplaire… et celle-ci ne fera pas exception à la règle, ce d’autant moins que la fabrication de ses matériaux de construction laissera une lourde empreinte écologique.

Le message de l’Etat ne devrait-il pas être autre chose que « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » ? Il ne sert à rien d’avoir conscience des périls qui menacent notre avenir commun et des blessures infligées à notre biosphère, peut-être déjà mortelles, si nous ne joignons pas les actes à la parole !

Le feu a également gagné nos finances, qui sont le levier du mieux auquel nous aspirons : alors même que plus de 60 millions d’euros de travaux ont été consacrés depuis 7 ans pour la mise aux normes, l’accueil du public, la dématérialisation des procédures, la rénovation de salles d’audience, au sein de l’actuel Palais de justiceîle de la Cité, la dépense qui s’annonce est de près de 3 milliards d’eurosvia un loyer à verser au constructeur pendant 27 années : ce choix est-il envisageable au cœur d’une crise financière sans aucun précédent historique, alors que les possibilités de rénovation, de modernisation et d’extension du Palais historique existent, et que la révolution numérique est en marche ? 

La Cour des Comptes a répondu par avance en 2008, en dénonçant le projet de déménagement et en demandant un nouvel examen: c’est non.

La Justice doit n’engager que les dépenses qui permettront d’améliorer effectivement son fonctionnement, un meilleur accès au juge, des décisions rapides et bien motivées, la promotion des modes alternatifs des litiges, un rapprochement des professions d’avocats et de magistrats, des conditions de travail dignes.

C’est le sens du recours en nullité qu’a initié devant le Tribunal administratif de Paris l’association « La Justice dans la Cité« , composée essentiellement d’avocats, à l’encontre de la décision de déménagement induite par le partenariat public/privé. L’affaire sera plaidée le 16 avril 2013 et fera l’objet d’un jugement dans les semaines qui suivent…

Le transfert aux Batignolles, loin des rives de la Seine où l’on a toujours rendu la justice depuis 20 siècles à Paris est culturellement une aberration et fonctionnellement une coûteuse erreur. Cela n’a pas empêché le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault, de décider au mois de janvier 2013 la poursuite du projet malgré les réserves de la Ministre de la Justice Christiane Taubira qui juge ses conditions financières « irresponsables »… Robert Badinter l’a dit: ce projet est une « absurdité ». Alors pourquoi ne pas suivre avec lui, une fois de plus, la voie de la sagesse ?

CB

 

Publicités