Archive for août, 2014

28/08/2014

1944 : Paris sauvé aussi grâce à son patrimoine

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« Je n’ai ni détruit ni incendié leur ville, parce que j’ai voulu épargner cette honte au peuple allemand et ne pas détruire une ville sans motif et tout particulièrement une ville comme Paris qui est le siège de toutes les cultures. »

Général von Choltitz, le 24 mai 1947

(Lettre à une correspondante en Allemagne).

 À l’heure des commémorations de la libération de Paris en 1944, il convient de rappeler une fois de plus, cette page de son histoire, déjà suffisamment connue par la littérature, le cinéma et le théâtre : la désobéissance du général allemand, Dietrich von Choltitz, qui, refusant de mettre à exécution les ordres de Hitler, a sauvé Paris de la destruction.

C’était le 22 août 1944, après l’effondrement du front allemand en Normandie que Hitler ordonnait la destruction de Paris pour qu’il ne soit plus « une ville étape, un réservoir de réfugiés et de pleutres ». Les ordres de Hitler prévoyaient la destruction des ponts et monuments de Paris, la répression impitoyable de toute résistance de la part de la population et le combat dans Paris jusqu’au dernier homme pour créer un « Stalingrad » sur le front Ouest immobilisant plusieurs divisions alliées. Paris devait donc devenir le théâtre d’opérations potentiel. »Paris ne doit pas tomber entre les mains de l’ennemi, ou alors que ce soit un champ de ruines » dixit Hitler.

La célèbre phrase prononcée par Hitler au téléphone  : « Brennt Paris? » – « Paris brûle-t-il ? » est devenue le titre du film de René Clément (dont l’équipe des scénaristes comprend Francis Ford Coppola ) (1966) après avoir été celui du  best-seller de Dominique Lapierre et Larry Collins publié en 1964.

Dietrich von Choltitz avait été nommé gouverneur militaire de la garnison du « Grand Paris » (Groß Paris) le 7 août 1944. Sa nomination lui avait été signifiée par Adolf Hitler en personne lors d’une rencontre à la Wolfschanze, recevant  en même temps, les pouvoirs juridictionnels d’un « commandant de place forte assiégée » (position hiérarchique qui lui garantissait une liberté absolue et le plein pouvoir dont il a pu user lorsqu’il a décidé de désobéir à l’ordre de détruire Paris.). C’était la première et dernière fois que l’officier allemand se trouvait en face du Fürher. Il en fera, plusieurs fois, par la suite, la description d’un être diminué et d’un « fou ».

Le 25 août, après un combat en forme de baroud d’honneur, von Choltitz signe sa réddition devant le général Leclerc à la gare Montparnasse, PC de commandement de Leclerc, en présence du colonel Rol-Tanguy,

Von Choltitz a épargné Paris à cause de sa culture (fils d’une famille noble de Silésie), mais motivé aussi par une perspective bien réaliste : conscient que la destruction de Paris serait inutile et que la guerre serait perdue pour les nazis, il aurait choisi de ménager son avenir de futur prisonnier… Dietrich von Choltitz (1894-1966), comme toute sa génération, avait fait les deux guerres : à l’âge de 13 ans, il a été placé par sa famille à l’école des cadets de Dresde, capitale du Royaume de Saxe. Lors de la Première Guerre mondiale, en 1914, il avait servi à l’âge de 19 ans  et, blessé à trois reprises, il avait atteint le grade de sous-lieutenant. En tant qu’officier de la Wermacht, il avait pris part aux campagnes de Pologne, des Pays-Bas, de Belgique et de Russie et participé à l’extermination des juifs à Sebastolpol. Après sa reddition, il restera prisonnier à Londres jusqu’à 1947, date à laquelle il sera relâché.

Le 24 mai 1947, Dietrich von Choltitz, 3 ans après sa rédition, écrivait à une amie allemande : « Je n’ai ni détruit ni incendié leur ville, parce que j’ai voulu épargner cette honte au peuple allemand et ne pas détruire une ville sans motif et tout particulièrement une ville comme Paris qui est le siège de toutes les cultures. Ce fut une chance pour moi que je me sois rendu chez Hitler peu auparavant, et me trouvant pour la première fois de ma vie en face de lui, je me suis rendu compte que j’avais devant moi un fou, ce qui a naturellement allégé ma conscience de soldat et je n’ai exécuté sous aucun prétexte ses ordres de destruction.  »

Cet épisode de l’histoire a aussi  inspiré la pièce de théâtre de Cyril Gély et le film de Volker Schlöndorff (2014) intitulés : Diplomatie (2014).

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Photo : 26 August 1944 Photographer Jack Downey, U.S. Office of War Information

21/08/2014

« En architecture un chef d’oeuvre isolé risque d’être un chef-d’oeuvre mort »

André Malraux

 

La loi Malraux du 4 août 1962, initiée par André Malraux, ministre de la culture, crée l’Inventaire général du patrimoine culturel, complétant ainsi la législation sur la protection du patrimoine et favorisé sa restauration. Elle permet, entre autres, la création des « secteurs sauvegardés » : zones urbaines soumises à des règles particulières en raison de leur « caractère historique, esthétique ou de nature à justifier la conservation, la restauration et la mise en valeur de tout ou partie d’un ensemble d’immeubles bâtis ou non » (Code de l’urbanisme, art. L. 313-1). À l’époque, des centres-villes se trouvaient radicalement transformés par l’urbanisme des années 1960. La création de secteurs sauvegardés « lorsque ceux-ci présentent un caractère historique, esthétique ou de nature à justifier la conservation, la restauration et la mise en valeur de tout ou partie d’un ensemble d’immeubles », permet au patrimoine urbain et architectural de survivre et de trouver une nouvelle vie au cœur des quartiers historiques. La loi Malraux prévoit que l’État et la Ville s’associent pour l’élaboration d’un plan de sauvegarde et de mise en valeur destiné à fixer les règles d’urbanisme et d’aménagement du secteur concerné.

Un document du Ministère de la Culture présente de façon complète ce dispositif.

Lire la suite :

https://sosparisblog.wordpress.com/publications/secteurs-sauvegardes/

16/08/2014

Rue des Patriarches (5e).: un projet immobilier contesté par les riverains.

Dans le quartier de la rue Mouffetard, à quelques mètres de l’église Saint Médard (15e siècle, classée monument historique en 1906), un projet immobilier suscite l’indignation des habitants et l’inquiétude des défenseurs du patrimoine : le petit immeuble du 10 rue des Patriarches, datant de 1840, sera entièrement démoli pour être remplacé par un bâtiment  moderne nettement plus volumineux.

Il s’agirait d’une affaire particulièrement rentable pour le promoteur qui aurait acheté cet immeuble appartenant à la Mairie de Paris lors de sa mise en vente par voie d’adjudication publique avec une mise à prix de 600.000 euros. Le document de la délibération du Conseil de Paris concernant les conditions de sa mise en vente exposait les motifs et posait des conditions : respect de la façade (immeuble historique) et constructibilité limitée à 10 m2 par rapport à l’existant (132 m2). Le projet actuel prévoit, néanmoins, 105m2 de plus. Compte tenu du fait que le prix de vente a été fixé sous ces conditions de faible constructibilité, il aurait été diminué. La construction d’une superficie supplémentaire si importante par rapport à l’existant crée une différence dans la valeur du bien.

D’autre part, le caractère historique de l’immeuble, l’avis de la Commission du Vieux Paris qui s’était prononcé en faveur d’une conservation de l’immeuble en insistant sur la nécessité de conserver la façade représentative de la période de la Monarchie de Juillet, n’a pas été respecté.

Des riverains du projet ont déposé un recours gracieux contre ce projet, le 6 août dernier. « Ce petit quartier semble définitivement touché par le virus de la métamorphose » remarque, non sans amertume, un des riverains. Il y a 3 ans, SOS Paris s’indignait déjà, daans son bulletin d’octobre 2011 de la construction inadaptée pour ce quartier historique, à proximité, dans le passage des Patriarches…