1944 : Paris sauvé aussi grâce à son patrimoine

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« Je n’ai ni détruit ni incendié leur ville, parce que j’ai voulu épargner cette honte au peuple allemand et ne pas détruire une ville sans motif et tout particulièrement une ville comme Paris qui est le siège de toutes les cultures. »

Général von Choltitz, le 24 mai 1947

(Lettre à une correspondante en Allemagne).

 À l’heure des commémorations de la libération de Paris en 1944, il convient de rappeler une fois de plus, cette page de son histoire, déjà suffisamment connue par la littérature, le cinéma et le théâtre : la désobéissance du général allemand, Dietrich von Choltitz, qui, refusant de mettre à exécution les ordres de Hitler, a sauvé Paris de la destruction.

C’était le 22 août 1944, après l’effondrement du front allemand en Normandie que Hitler ordonnait la destruction de Paris pour qu’il ne soit plus « une ville étape, un réservoir de réfugiés et de pleutres ». Les ordres de Hitler prévoyaient la destruction des ponts et monuments de Paris, la répression impitoyable de toute résistance de la part de la population et le combat dans Paris jusqu’au dernier homme pour créer un « Stalingrad » sur le front Ouest immobilisant plusieurs divisions alliées. Paris devait donc devenir le théâtre d’opérations potentiel. »Paris ne doit pas tomber entre les mains de l’ennemi, ou alors que ce soit un champ de ruines » dixit Hitler.

La célèbre phrase prononcée par Hitler au téléphone  : « Brennt Paris? » – « Paris brûle-t-il ? » est devenue le titre du film de René Clément (dont l’équipe des scénaristes comprend Francis Ford Coppola ) (1966) après avoir été celui du  best-seller de Dominique Lapierre et Larry Collins publié en 1964.

Dietrich von Choltitz avait été nommé gouverneur militaire de la garnison du « Grand Paris » (Groß Paris) le 7 août 1944. Sa nomination lui avait été signifiée par Adolf Hitler en personne lors d’une rencontre à la Wolfschanze, recevant  en même temps, les pouvoirs juridictionnels d’un « commandant de place forte assiégée » (position hiérarchique qui lui garantissait une liberté absolue et le plein pouvoir dont il a pu user lorsqu’il a décidé de désobéir à l’ordre de détruire Paris.). C’était la première et dernière fois que l’officier allemand se trouvait en face du Fürher. Il en fera, plusieurs fois, par la suite, la description d’un être diminué et d’un « fou ».

Le 25 août, après un combat en forme de baroud d’honneur, von Choltitz signe sa réddition devant le général Leclerc à la gare Montparnasse, PC de commandement de Leclerc, en présence du colonel Rol-Tanguy,

Von Choltitz a épargné Paris à cause de sa culture (fils d’une famille noble de Silésie), mais motivé aussi par une perspective bien réaliste : conscient que la destruction de Paris serait inutile et que la guerre serait perdue pour les nazis, il aurait choisi de ménager son avenir de futur prisonnier… Dietrich von Choltitz (1894-1966), comme toute sa génération, avait fait les deux guerres : à l’âge de 13 ans, il a été placé par sa famille à l’école des cadets de Dresde, capitale du Royaume de Saxe. Lors de la Première Guerre mondiale, en 1914, il avait servi à l’âge de 19 ans  et, blessé à trois reprises, il avait atteint le grade de sous-lieutenant. En tant qu’officier de la Wermacht, il avait pris part aux campagnes de Pologne, des Pays-Bas, de Belgique et de Russie et participé à l’extermination des juifs à Sebastolpol. Après sa reddition, il restera prisonnier à Londres jusqu’à 1947, date à laquelle il sera relâché.

Le 24 mai 1947, Dietrich von Choltitz, 3 ans après sa rédition, écrivait à une amie allemande : « Je n’ai ni détruit ni incendié leur ville, parce que j’ai voulu épargner cette honte au peuple allemand et ne pas détruire une ville sans motif et tout particulièrement une ville comme Paris qui est le siège de toutes les cultures. Ce fut une chance pour moi que je me sois rendu chez Hitler peu auparavant, et me trouvant pour la première fois de ma vie en face de lui, je me suis rendu compte que j’avais devant moi un fou, ce qui a naturellement allégé ma conscience de soldat et je n’ai exécuté sous aucun prétexte ses ordres de destruction.  »

Cet épisode de l’histoire a aussi  inspiré la pièce de théâtre de Cyril Gély et le film de Volker Schlöndorff (2014) intitulés : Diplomatie (2014).

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Photo : 26 August 1944 Photographer Jack Downey, U.S. Office of War Information