Modification du Plan local d’urbanisme: quel enjeu ?

Un billet de François Loyer

La révision du PLU intervient à un an de la création du Grand Paris et on peut se demander pourquoi. La Ville de Paris joue perso dans cette affaire, en essayant de faire passer ses projets de densification sur le territoire actuel de la commune, avant que les données ne soient totalement modifiées par l’élargissement à l’échelle de l’agglomération. La présentation du PLU qui est faite à cette occasion semble pour le moins orientée : à trop vouloir simplifier les choses, elle néglige les étapes successives et contradictoires d’un débat qui dure depuis plus d’un demi-siècle sur le Paris de demain.

Vues Samar - St Eustache par Jan

 

Rédigé en 2001 et approuvé en 2006, l’actuel PLU a succédé au POS de 1977 (appliqué par anticipation dès 1974). Ce dernier avait mis fin  aux dérives de l’ancien PUD de 1962, approuvé en 1968 (c’est celui qui a permis la rénovation « table-rase » des arrondissements extérieurs, ainsi que l’opération Halles).

Depuis trente ans, à l’inverse, les constructions nouvelles se sont efforcées de respecter le contexte en limitant la hauteur et la densité des constructions. S’il ne conservait pas le bâti en tant que tel, l’ancien POS avait l’ambition de maintenir la typologie des édifices et la forme urbaine de Paris – particulièrement, en combattant l’émergence de constructions nouvelles au-dessus de la ligne de ciel (celle-ci strictement définie par l’application d’un « plafond de hauteur »respectant les anciennes traditions réglementaires).

Au départ le PLU de 2001, voulu par la nouvelle municipalité, affichait lui aussi des ambitions patrimoniales, bientôt balayées par une vision utilitariste de la densification des dents creuses et autres parcelles insuffisamment occupées (dont toute une part du bâti populaire des arrondissements extérieurs). La Ville a fait le choix du logement plutôt que de la dé-densification et de la création d’espaces verts. Les révisions effectuées, depuis, ont accentué ce tournant radical – notamment, le relèvement du plafond de hauteur de 25 m à 38 m dans les tissus « constitués » (là où tout est bâti ou presque, depuis souvent plus d’un siècle). Le « rideau de douche » (*) de la rue de Rivoli en est la parfaite illustration. Attendons-nous à voir se multiplier les champignons dans le ciel de Paris, comme ils s’étaient multipliés dans les années soixante !

L’élargissement du plan d’urbanisme à l’agglomération, en libérant d’énormes surfaces de constructions à l’extérieur du périphérique, pourrait bien mettre en cause cette course à la hauteur et à la folle densité, qui ne peut à terme que détruire Paris.

FL

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(*) Le projet LVMH pour la Samaritaine. NDLR.

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2 commentaires to “Modification du Plan local d’urbanisme: quel enjeu ?”

  1. Si la remarque de François Loyer concernant la métropole d’une part, la densification de Paris d’autre part est très bien vue, il faut quand même regarder cette modification du PLU parisien pour ce qu’elle est, c’est à dire une modification très partielle limitée aux sujets logement, attractivité de la capitale et environnement. Coincée entre les différentes lois, plans directeurs de la région IdF et autres plans de la Ville comme le plan Climat ou le plan des Déplacements par exemple, cette modification ne fera pas la révolution.

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    • Cette modification du PLU « ne fera pas la révolution », mais on peut se demander : pourquoi se lancer dans une telle opération coûteuse et chronophage maintenant ? Et en quoi l’attractivité de Paris sera gagnante en modifiant des espaces et des répères qui ont fait sa réputation depuis des siècles ? Enfin sur le plan de l’environnement, on ne parle que de la végétalisation, utile pour cacher une mauvaise architecture, polluante à termes à coup de vaporisation d’insecticides, de dératisation et d’apport d’engrais chimique. Oui, on a entendu, « il n’y a pas de pollution de ce type à Paris,la preuve les abeilles »… Soyons sérieux !

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