Ouverture de la Fondation Vuitton dans l’édifice de Frank Gehry au bois de Boulogne

SOS Paris partage le point de vue de l’article de Médiapart signé Joseph Confavreux et recommande sa lecture :

Fondation Vuitton: le bal des courtisans
23/10/2014 |  Par Joseph Confavreux
Médiapart
Le concert de louanges entourant la Fondation Vuitton, qui ouvre au public lundi 27 octobre, est emblématique des relations frauduleuses entre certains médias et les gros annonceurs, LVMH, le groupe de Bernard Arnault, en tête. Il constitue à la fois un déni de l’Histoire, une piètre vision du rôle de l’art et la glorification d’une architecture de luxe décontextualisée.

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/231014/fondation-vuitton-le-bal-des-courtisans

Un article détonnant qui, fait rare pour être souligné, critique aussi l’architecture du bâtiment, son manque de souci de s’intéger à la ville et  son histoire, sa « manière dont il s’inscrit dans une géographie », car « une architecture est la rencontre entre un territoire et une manière de construire, entre une topographie et une pensée. »

Quelques extraits :
« Depuis le mois de septembre, les articles se succèdent pour encenser l’écrin qui abritera la collection d’art de Bernard Arnault, le puissant patron de LVMH et la première fortune française. Le feu d’artifice s’est poursuivi avec la présentation officielle à la presse du musée, et la soirée d’inauguration, lundi 20 octobre, en présence du président de la République et d’un parterre de stars, dans une « ambiance festival de Cannes ». (…) Rien d’étonnant à ce que seuls Arrêt sur images, le Canard enchaîné et quelques émissions de Radio France, c’est-à-dire des médias exempts de publicité, portent un regard plus distant : LVMH est un des tous premiers annonceurs de France, avec des marques comme (…) »

« La complaisance de la presse française avec les grands projets de Bernard Arnault avait d’ailleurs déjà été flagrante lors de l’affaire (là encore bien racontée par Arrêt sur images) de la plainte de riverains contre les projets de LVHM pour transformer la Samaritaine ».

(…) « ces louanges posent problème. Non seulement parce qu’elles sont à la fois un nouvel épisode des liens intestins entre les journaux français et les grandes figures du capitalisme français, et la dernière manifestation d’une presse exsangue dont les départements commerciaux ne peuvent se passer d’un des plus importants annonceurs de France. Mais aussi parce que cette célébration unanime piétine à la fois l’histoire, la géographie et l’avenir ».

« L’entre-soi de la puissance, du luxe et de la défiscalisation
La géographie malmenée est celle liée à la nature du travail de Frank Gehry : une architecture puissante mais décontextualisée, qui s’impose au territoire sur lequel elle se pose, et est immédiatement identifiable (…)  indépendamment des lieux où elle s’installe»

« Mais la quasi-totalité de ces papiers qui se concentrent sur l’enveloppe de verre ne s’intéressent guère à la nature profonde de l’architecture de Gehry ni à la manière dont elle s’inscrit dans une géographie. Une architecture est pourtant d’abord la rencontre entre un territoire et une manière de construire, entre une topographie et une pensée. »

« (…) que doit-on penser de l’exposition que le centre Pompidou consacre, au même moment, à l’architecte star ? N’est-il pas problématique que le co-commissaire de cette exposition financée par un musée public, Frédéric Migayrou, soit parallèlement responsable pour la fondation Vuitton d’une exposition temporaire dédiée à la construction du bâtiment du même Gehry ?  »

« Dans une tribune courageuse publiée sur Mediapart, (http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/201014/lart-nest-il-quun-produit-de-luxe ) des artistes, critiques, écrivains et philosophes d’envergure viennent de dénoncer ces noces dangereuses du luxe et de l’art contemporain, et l’usage qu’en font les grandes figures de l’industrie française, qui ne sont « mécènes » que lorsque cela sert, in fine, leurs intérêts et leur portefeuille. « Ni monsieur Pinault ni monsieur Arnault ne perdent un centime dans les arts, écrivent les signataires. Non seulement ils y défiscalisent une partie des bénéfices qui ne se trouvent pas déjà dans quelque paradis fiscal, mais ils acquièrent eux-mêmes, pour plus de profit, des salles de ventes, et ils siphonnent l’argent public pour des manifestations qui ne visent qu’à faire monter la cote de la poignée d’artistes sur lesquels ils ont provisoirement misé. (…) Ils faussent le marché en s’appropriant tous les maillons de sa chaîne, en cherchant à faire et défaire des gloires. En un mot, ils spéculent, avec la collaboration active des grandes institutions publiques, qui échangent faveurs contre trésorerie. »

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4 commentaires to “Ouverture de la Fondation Vuitton dans l’édifice de Frank Gehry au bois de Boulogne”

  1. Pinault, finalement, avez raz-le-bol avec l’administration de la ville de Paris, et il a construit son musée à Venise!

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  2. J’ai écrit un article sur la Fondation Vuitton (et le Musée Picasso) pour le Wall Street Journal Europe, à paraître j’espère le weekend prochain.     Joan Shore

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