Entendu à l’audience de la Samaritaine : « la notion de façade est abolie »

Par Christine Nedelec

La très convaincante plaidoirie de notre avocat venait à point nommé défaire les conclusions défavorables de la rapporteure publique et son parfait écho des arguments de la Ville et de LVMH. Selon ceux-ci, il y aurait eu erreur d’appréciation, les règles urbaines devraient être interprétées plus souplement, notamment les questions d’intégration des nouveaux bâtiments dans le tissu ancien, en fait comme la possibilité de construire n’importe quoi n’importe où, du moment que cela fait moderne.

... à droite, le Louvre...

… au fond, à droite, le Louvre…

La modernisation d’un Paris soi-disant muséifié est en route à marche forcée. Puisque les objectifs du PLU sont de favoriser la création architecturale, finissons-en donc avec ces immeubles « disparates » et sans intérêt de la rue de Rivoli ! A bas 80% des immeubles de Paris ! Dépêchons-nous de construire les nouveaux monuments de la Samaritaine future et le Paris grandiose de demain ! N’est-ce-pas oublier qu’un monument ne se décrète pas, il lui faut un plébiscite ?
Il n’est pas certain que les touristes viennent photographier le Centre Pompidou ou l’Opéra Bastille, mais bien plutôt l’Opéra Garnier, le Grand Palais et même la rue de Rivoli avec, quelle horreur, son harmonie d’un autre temps!

Notre avocat a malicieusement fait appel à l’appréciation personnelle des magistrats, à même de jauger tous les jours de l’homogénéité patrimoniale des abords de la Samaritaine puisque située sur leur chemin entre le Conseil d’Etat et la Cour Administrative d’appel, un quartier tout sauf banal, il va sans dire. Il a rappelé le poids hautement symbolique de cette affaire puisqu’elle entérinera ou non la possibilité de détruire le coeur de Paris en toute impunité.
Si les Architectes des Bâtiments de France ou du Ministère de la Culture n’ont pas cru bon de jouer leur rôle de protecteurs du patrimoine, il a estimé que leur avis favorable au projet ne constituait pas une preuve tandis que les experts de la Commission du Vieux Paris, plus qualifiés à ses yeux s’étaient élevés contre ce projet irrespectueux à commencer par les démolitions qu’il supposait.
Enfin, il a proposé des critères de jugement objectifs mettant en lumière la volonté délibérée de LVMH de ne pas insérer le projet dans le tissu urbain, voir la notice architecturale de l’agence Sanaa: « la notion de façade est abolie » (p 60) dans un quartier où tous les bâtiments en ont une évidemment. En outre, ce bâtiment est le frère de celui de LVMH à Tokyo, une interchangeabilité qui interroge: chacun sait que Tokyo ou Paris c’est du pareil au même… 

Nous attendons donc avec impatience le jugement du 5 janvier dont nous espérons bien sûr qu’il nous soit favorable, c’est à dire respectueux de l’image de Paris.

C.N.