Nouvelles tours à Manhattan: les New-Yorkais pestent contre la perte de lumière

Article publié dans The Guardian ce vendredi 16 janvier 2015

Revue de presse

SOS Paris reprend ici quelques extraits traduits de cet article très instructif sur la situation catastrophique pour le cadre de vie à Manhattan, « pays » de référence des gratte-ciel. Notre association qui se bat pour sauver la « skyline » (ligne d’horizon) de Paris, rappelle que des projets de tours sont à l’étude (tours Duo, tour Triangle) ou en construction (tour Judiciaire) à l’intérieur du périphérique, et d’autres se développent dans les communes limitrophes.

Lire l’article dans sa totalité et en V.O. sur le site du The Guardian :

Supersizing Manhattan: New Yorkers rage against the dying of the light

manhattan

 

Extraits

« Sur sa terrasse avec vue sur Central Park, un ami, riche entrepreneur, montre avec son doigt : « La Tour Nordstrom – nous pensons qu’elle allait être la seule, » dit-il, en pointant l’emplacement du 225 West 57th Street, où une tour d’habitation vient de s’élever à une hauteur de 1770 pieds (539 mètres). Il désigne la tour en construction qui va finir par lui bloquer la vue sur l’Empire State Building, le plus célèbre gratte-ciel dans le monde. On ne peut pas se sentir désolé pour un millionnaire qui perd son joujou (…) Mais c’est que tous les New Yorkais sont en train de perdre leurs vues familières, et certains sont même en train de perdre la lumière et l’air, puisque les tours poussent comme des tiges de haricots démesurés dans le centre de Manhattan. Il existe une douzaine de ces «supertalls » – bâtiments de 1 000 pieds (304 mètres) et plus – en phase de construction ou de projet. Et ces immeubles de grande hauteur ne sont pas, comme à Dubaï ou au district de Pudong à Shanghai, en train de pousser là où avant il n’y avait rien. Ils sont, au contraire, en train de s’entasser dans des quartiers déjà denses, là où la lumière et l’air ne seront désormais réservés qu’aux clients de première classe. Du coup la question de la qualité de vie est dans l’esprit de tout le monde. Sauf, peut-être, dans l’esprit des milliardaires qui investissent dans ces appartements suspendus aux nuages, dans des immeubles de placement financier. »

(…) « La construction de tours autour de l’Empire State Building n’est pas qu’une partie mineure du problème : pendant 85 ans, l’Empire State Building était le symbole de la ville – un symbole de New York unique – mais, en même temps, un dispositif signalétique par excellence. Êtes-vous perdu dans Manhattan ? Retournez-vous jusqu’à ce que que vous voyez ce fameux mât, là où le King Kong s’accrochait, et vous l’avez votre orientation. Sans ce point, le plus haut dans un horizon hiérarchisé, la ville n’offrira plus d’orientation à ses résidents, ni à ses visiteurs.

Et en plus, la ville se trouvera dans l’ombre. En 2013, Warren St John, un écrivain résidant près de Central Park, s’est mis à militer pour obtenir un moratoire sur les nouveaux gratte-ciel, au Sud du parc. Sa crainte était que les terrains de jeux se trouvent de plus en plus dans l’ombre. Le maire sortant Michael Bloomberg, milliardaire, n’allait pas geler la construction d’immeubles de rapport pour ses amis ploutocrates. Mais, ce qui est surprenant, le nouveau maire, Bill de Blasio, un progressiste, n’aborde pas non plus cette question. De toute façon, il a besoin d’investisseurs lui aussi, dans la mesure où ils seraient prêts à construire les logements subventionnés dont il espère en faire une partie de son héritage (politique). (…) Quelle que soit la raison, De Blasio « n’a manifesté aucun intérêt à freiner leur développement, d’une façon ou d’une autre », dit un St John déçu. »

(…) « Et qu’en est-il de la vie ci-bas ? Ces tours rendent la ville bien moins agréable pour ceux qui ne peuvent acheter un des ces appartements près du ciel… »

Extraits traduits de l’anglais par Marie Karel

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