Pourquoi une architecture de rupture dans l’Institut de France quai Conti au coeur d’un monument classé ?

Par  Colette de Wiljes

C’est une réalisation en cours dont on parle peu … Et pourtant l’emplacement concerné est prestigieux, dépendant de l’Institut sur les bords de la Seine, Quai Conti. Les bâtiments XVII ème créés par Le Vau, avec notamment la célèbre Coupole sont bien sûr classés au titre des Monuments Historiques.

NvelauditoriumInstitut141214 REDUIT

Un Permis de Construire a été accordé le 25 juillet 2013 pour la réalisation d’un Auditorium de 450 places, accompagné de bureaux et salles de réunion. Il est situé sur une parcelle de 1.500 m2 environ, dite parcelle de l’An IV (1796). Le terrain avait fait à cette époque l’objet d’un transfert provisoire à l’Hôtel mitoyen de la Monnaie, car celui-ci manquait de place pour battre les nouvelles pièces révolutionnaires. La parcelle a été occupée par diverses constructions industrielles du XIX ème, dont une halle dite des « Nouveaux Ateliers » qui est classée.

La réalisation est prévue sur 4 niveaux (R – 1, et R + 2). L’autorisation a été accordée accompagnée que de deux prescriptions : la sauvegarde de la halle métallique des « Nouveaux Ateliers », et la réalisation d’une importante étude archéologique préalable aux travaux dans le sous-sol. En effet, le terrain se trouve en bordure de l’ancienne enceinte fortifiée de Philippe Auguste (vers 1200) et de son fossé défensif. La présence d’une tour, très probable, doit être vérifiée.

Deux observations peuvent être émises à propos de ce chantier : la réalisation d’un tel équipement dans un secteur aussi sensible se justifiait-elle vraiment ? Depuis que l’Institut existe, soit plus de 200 ans, les 450 académiciens n’ont pas disposé d’un Auditorium, et son absence n’a pas porté atteinte au prestige de l’institution. Les rencontres en séances plénières des 5 Académies sont des évènements exceptionnels, et l’on peut se demander si Paris, ville où se tiennent tant de conférences et réunions nationales et internationales, ne pouvait pas offrir à l’Institut des lieux d’accueil extérieurs au Quai Conti.

Mais l’Institut souhaitait disposer d’un tel équipement, et le projet a pris forme grâce à la reprise des négociations à propos de la parcelle de l’An IV, avec le Ministère du Budget, tutelle de l’Hôtel de la Monnaie. Une convention de rétrocession a été suivie d’une remise de la parcelle à l’Institut en 2013.

 Le parti retenu

Quel a été le parti architectural retenu ? L’Institut a lancé en 2011 un concours international et le lauréat a été l’atelier de Marc Barani. On peut noter que dans la présentation du projet, l’architecte se montre sensible à la grandeur de l’enjeu : « L’Institut souhaite que ce projet s’inscrive dans la vie du Palais comme un troisième élément essentiel, symbolique, après la Coupole au XVIIème siècle et la grande salle des séances au XIX ème siècle, un projet conçu comme un geste architectural majeur et contemporain ».

On peut reconnaître que la parcelle de l’An IV sera débarrassée des constructions industrielles qui l’encombraient. La nouvelle disposition des bâtiments en fond de parcelle permettra de dégager de l’espace et retrouver en partie l’ancien « Jardin du Directeur », datant de l’époque du Collège des Quatre Nations, avant l’affectation des lieux à l’Institut.

Le parti architectural retenu est effectivement contemporain. Surtout pas de pastiche, (1) pas de tentation de copier le décor des bâtiments voisins, mais c’est une réalisation d’un fonctionnalisme tellement dépouillé qu’il semble manquer d’âme …

Le dessin qui accompagne le projet présente le bâtiment d’accueil comme une construction de type rectangulaire, aux angles droits, sans fioriture aucune, avec une entrée d’une simplicité extrême, une mince baguette de pierre entourant l’ouverture d’un format presque carré. En ce qui concerne les matériaux retenus, si un léger soubassement est en pierre, les parois sont des baies vitrées avec la présence sur la façade d’accueil « d’une occultation motorisée permettant la théâtralisation de l’espace du foyer ». Le bois est aussi présent à l’extérieur en « sur-toiture horizontale » sur l’auditorium et les bureaux. Des dalles «  béton sur plots » sont prévues sur la toiture-terrasse en fond de parcelle, le béton semble avoir été aussi retenu pour les 3 marches de très grande surface qui donnent accès au foyer. Enfin, il est indiqué qu’un « volume technique pour la production de froid émerge de la toiture-terrasse » du foyer …

Le projet, estimé à 20 M €, est financé entièrement par l’Institut, à partir de ses fonds propres, et par appel au mécénat.

Il n’est pas sûr que cette réalisation marquera autant les esprits et suscitera autant d’admiration que la majestueuse entrée de l’Institut et sa Coupole, un des ornements des quais de Paris.

______

NDLR

(1) Le pastiche, mot que tant d’architectes contemporains emploient avec mépris, et qui sert à masquer leur ignorance en histoire de l’architecture, et en techniques et matériaux naturels et durables qu’ils sont incapables d’utiliser aujourd’hui. Et surtout en parlant de pastiche, ils réussissent à intimider une partie du public d’une part et obtenir de la part des autorités des permis de construire pour des projets ineptes, insolents et  hors contexte. 

 

Publicités

One Comment to “Pourquoi une architecture de rupture dans l’Institut de France quai Conti au coeur d’un monument classé ?”

  1. Vous avez vu que les travaux de la halle freyssinet ont détruit les annexes est qui était inscrite dans le classement ?

    _________________________________________________________________

    J'aime