Modification du PLU : jusqu’au 10 juillet pour noter vos observations dans les mairies

Modification du PLU (Plan Local d’Urbanisme) : Un petit mois offert royalement aux Parisiens pour analyser cet énorme dossier et découvrir les modifications apportées c’est beaucoup trop de place laissée aux citoyens vous ne trouvez pas ? Il ne vous reste donc que jusqu’au 10 juillet pour noter vos observations sur les registres d’enquête publique des mairies d’arrondissement…

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Lettre aux Conseillers de Paris  : Comme notre ami Colum Mulhern ne vous privez pas de les interpeller sur ce sujet brûlant…

Rapport de présentation de la modification du PLU – Projet 2015 soumis à enquête publique

Luxembourg, le 09 juillet 2015
Madame la Conseillère, Monsieur le Conseiller,
La consultation discrète du public dans le cadre de la modification des PLU se termine demain. Une lecture du Rapport de Présentation montre qu’il est bien possible de planter n’importe quelle bombe à retardement parmi les multiples références et renvois, comme par exemple dans l’Annexe II du Tome 3.
Monsieur Delanoë a ouvert une véritable boîte de Pandore quand il s’est penché sur l’urbanisme de Paris, et surtout sur la question de la hauteur des bâtiments. Vous avez, en tant que Conseillères et Conseillers, la possibilité de refermer la boîte et de créer les conditions réglementaires pour préserver la vraie grandeur de Paris. Peut-être qu’il serait même possible d’éviter la construction future de gratte-ciels en incluant les bons textes dans les PLU et en définissant une hauteur maximum de 20 mètres pour toute nouvelle construction.
Depuis le Moyen-âge Paris a été bâti d’une manière très dense avec des immeubles collectifs ayant une hauteur de façade de 17 à 18 mètres. Entre la Révolution et la fin du XX siècle les hauteurs étaient de 18 à 20 mètres avec 1 niveau dans une mansarde. Ces dimensions sont restées d’usage, sauf pour l’augmentation du nombre de niveaux permis dans les mansardes, jusqu’aux années ’60-70 quand la législation a été adaptée afin de se conformer à “l’esprit du temps“. Déjà en 1977 cette nouvelle législation a été modifiée en raison de effets désastreux qu’elle avait sur la structure urbaine de Paris, mais la hauteur maximum n’a malheureusement pas été ramenée aux 20 mètres, Et pourtant c’est ce qui aurait été le mieux pour préserver le caractère de Paris.
Les dégâts avaient été limités, mais pas évités, car après on a continué quand-même à construire des ensembles de barres et de tours malgré les expériences ratées. Aujourd’hui vous avez la possibilité de corriger une fois pour toutes les erreurs du passé. La majorité actuelle, qui a finalement été atteinte par le discours stérile du “modernisme“, fait le contraire et propose de ressusciter la législation néfaste qui avait été abandonnée à la demande de presque tous. Elle encourage la réalisation de gratte-ciels, aussi calamiteux que la Tour de Montparnasse, et favorise le remplacement du patrimoine architectural par des “traitements architecturaux contemporains“.
Tome II, p. 38 du rapport de présentation indique que c’est depuis “les années 1960 – 1970, des îlots du centre et des faubourgs anciens, ……………. sont détruits, de même que des sites industriels, au profit de nouveaux ensembles de logements et de bureaux. Le nouvel urbanisme qui se concrétise à travers le Plan d’urbanisme directeur (PUD)5, basé sur les préceptes du mouvement moderne codifiés dans la « charte d’Athènes », va alors produire des formes urbaines très différentes, constituées de tours et de barres diversement disposées sur des espaces verts, des dalles et des parcs de stationnement à ciel ouvert.“ 
Certains d’entre vous se sont laissés convaincre que le “modernisme“ est par définition synonyme de progrès et d’innovation, alors qu’il s’agit simplement d’un style d’architecture (mouvement moderne) presque centenaire. Il est tellement ancré dans les écoles et institutions architecturales qu’il est proposé systématiquement pour tous bâtiments à construire dans n’importe quel contexte. Ainsi il y a confusion quant à l’utilisation du mot “contemporaine“ dans les textes car il est interprété par tous, y compris par les juges du Conseil d’Etat, comme indiquant “style moderne“.
Le même Tome II prévoit “une stabilisation de la population à 2,247 millions d’habitants à l’horizon 2030“. Alors il n’est nullement nécessaire d’augmenter la densité actuelle à Paris en construisant des tours et des ensembles brutaux de logements. Il faudrait simplement mieux utiliser le parc immobilier existant. Des bâtiments d’une hauteur ne dépassant pas 20 mètres ont pu accommoder une population d’environ 2,9 millions d’habitants entre 1911 et 1954. Oui, avant l’arrivée des “préceptes du mouvement moderne“. Si nous essayons de remplacer petit à petit tous ces bâtiments par ce qu’on nous propose depuis 60 ans il n’y aurait plus de raison de vouloir habiter Paris, car l’intérêt n’est pas d’habiter un point précis sur la surface de la terre mais de vivre dans un lieu agréable.
Si les PLU sont destinés à protéger le riche héritage architectural qui fait la vraie gloire de Paris, il faudrait saisir cette occasion pour enlever les mentions contradictoires qui ont provoqué l’erreur de jugement du Conseil d’Etat dans l’affaire de la Samaritaine. D’ailleurs ces textes (l’article UG.11.1.3) sont introuvables dans les 3 tomes mis à disposition pour l’enquête publique….
Il faudrait enlever d’urgence toutes les exceptions permises au nom de “traitements architecturaux contemporains“ et des “mises en œuvre innovantes“ qui donnent carte blanche à ceux qui nous ont donné depuis trop longtemps les bâtiments que nous détestons de plus en plus chaque jour. Car rien ne nous indique que ce qu’ils nous proposent aujourd’hui est mieux que ce qu’ils nous ont donné hier. Il faut juger du succès d’un bâtiment dans la durée car tout nous impressionne un peu quand il est nouveau.
Il faudrait également supprimer toutes mentions de “mimétisme architectural“ et de “pastiche“ dans les règlements qui ne veulent rien dire mais qui sont destinées à interdire toutes architectures qui ne viennent pas du “mouvement moderne“. Des véritables styles contemporains, comme le “Nouvel Urbanisme“ proposent l’utilisation sans complexe de l’architecture française comme seule solution pour préserver ou pour rétablir l’intégrité d’ensembles historiques à Paris.
Pour finir, il serait pour moi préférable de ne pas faire de distinction dans la façon de traiter les types de transformation envisageables en fonction des tissus urbains d’avant et après 1945 (p. 48 Tome II). Au lieu de transformer les quartiers d’après 1960 “dans le respect de leur caractère“ (p. 48, Tome II) il serait préférable de les traiter comme les bâtiments de la Samaritaine, côté rue de Rivoli (même manque de respect), mais de les améliorer en utilisant l’urbanisme et l’architecture français qui avaient donné tout le prestige de Paris avant la fracture délibérée et planifiée dans les années 1960.
Bien cordialement à vous,
Colum Mulhern, architecte, membre INTBAU