Canopée : revue de presse anglophone mise à jour, extraits traduits

Anglais et américains n’ont pas leur langue dans la poche !

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A Canopy Where Les Halles Once Reigned Gets Parisian Welcome

« Un auvent là où Les Halles régnaient jadis, devient la porte d’entrée de Paris »

Par Adam Nossiter dans The New York Times le 21 avril 2016

(Avec photo rare du Pavillon du marché des légumes aux Halles en 1944, moins d’un mois après la libération de Paris).

Extraits traduits :

« Paris ne s’est jamais tout à fait remis de la destruction des Halles. Dans un spasme morbide de rénovation urbaine dans les années 1970, une fois dégagé le marché alimentaire de verre et d’acier du 19ème siècle, de style Liberty – cœur palpitant de la ville – il a cédé sa place à un centre commercial souterrain claustrophobe et à des fragiles pavillons au niveau de la rue. Depuis, chaque tentative de Paris pour guérir la plaie inguérissable ne semble qu’attire davantage l’attention sur le péché originel. Les urbanistes n’ont jamais été pardonnés pour une erreur qui, presque instantanément, a pris place dans le panthéon des grandes bévues architecturales, juste à côté de la destruction de l’ancienne gare de Penn Station de New York. Maintenant vient la dernière salve – ce qu’on appelle La Canopée – un gigantesque parapluie courbe métallique haute de 72 pieds au-dessus ce qui était autrefois non seulement le cœur de Paris, mais aussi son âme et le ventre. Elle aussi a déjà provoqué des lamentations sur ce qui n’est plus là. « (…)

Exposition Baltard au Musée d'Orsay (2012)

Pavillons Baltard depuis les hauteurs de Saint-Eustache

«Il est impossible de se consoler de la mort stupide de ce site», écrit l’historien Eric Hazan dans son livre « L’invention de Paris. »(…)

« La municipalité mise dans un conservatoire de musique, un centre hip-hop, une bibliothèque, des espaces de répétition et d’autres installations publiques pour atténuer les doutes quant à la vocation commerciale de La Canopée. Mais l’association de quartier n’est pas convaincu’. « Une inauguration au goût amer, » titraot dans son bulletin. « Le tout est à l’échelle pharaonique», a déclaré Gilles Pourbaix, l’un des responsables de l’association. «C’est un temple du commerce. Une couverture monstrueuse de l’acier. Il aurait été OK à côté d’une autoroute. Mais au milieu de Paris? «  (…)

« L’un des côtés fait face à un panorama de ciel, les hauteurs de l’église Saint-Eustache du 16ème siècle et la rondeur de la Bourse de Commerce. L’autre côté donne sur vieilles pierres des bâtiments résidentiels et commerciaux de la rue Pierre Lescot. » (…)

« Les poutres en acier épais ne se souviennent pas des ferronneries aérées de Baltard dans les Halles originales ».

Une impression de lourdeur que le discours des architectes ne peut démentir.

Une impression de lourdeur que le discours des architectes ne peut démentir.

« Pourtant, dans une ville où la beauté architecturale et l’uniformité ont été  confrontées à un catalogue d’ajouts modernes, douteux ou honteux : l’intrusif gratte-ciel de la Tour Montparnasse, l’informe Opéra Bastille, ou le quartier des affaires glacial de La Défense, les zigzags en douceur de La Canopée semblait pouvoir au moins trouver une faveur mitigée… »

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A custard-coloured flop: the €1bn revamp of Les Halles in Paris

« Un fiasco en crème colorée : la refonte à un milliard des Halles à Paris » 

par Oliver Wainwright dans The Guardian le 6 avril 2016

Extraits traduits :

« Un fiasco en crème colorée : la refonte des Halles d’un milliard à Paris. Après avoir attendu des décennies pour un lilting du ‘trou des Halles », le parapluie de 7.000 tonnes d’acier et de verre de Patrick Berger paraît insipide, institutionnel et surexcité. Les pavillons en fer forgé et verre des Halles, conçus par l’architecte officiel Victor Baltard, ont été tragiquement rasés dans les années 1970 et remplacés par un centre commercial souterrain sombre, surmonté de verres lourdingues, dans l’un des pires actes de vandalisme urbain du siècle. Surnommé «le trou des Halles », avec un parc qui est devenu une attraction pour le trafic de drogue, le lieu a été un fardeau national depuis. » (…)

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« L’architecte Patrick Berger dit de sa structure qu’elle « ouvre un axe est-ouest », avec vue sur le parc à proximité à remanier bientôt dans l’alignement Les Halles, du Centre Pompidou, du le Palais-Royal et du Louvre, des grands édifices que la Canopée tente d’égaler dans l’échelle de son ambition – mais pas, malheureusement, dans la qualité de son exécution. » (…)

« Le tout est d’un statisme désespéré vu de l’ouest, comme s’il était affaissé sous le poids de l’attente. Pas plus d’aide côté couleur. Virant entre le sable et le beurre rance selon la lumière, la charpente métallique jaune jette une pâleur maladive à travers la scène, prêtant à l’intérieur un d’air décidément institutionnel. » (…)

« Il était facile de prédire que le projet finirait comme un compromis, compte tenu de sa gestation en jeu d’échecs. »(…)

Oliver Wainwright, architecte de formation, est un critique d’architecture du quotidien britannique  The Guardian. Il écrit en outre sur l’architecture  dans plusieurs publications internationales.

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Autres articles sur le sujet publié dans The Guardian :

Sold for scrap: great city buildings that were stupidly demolished

« Vendu pour de la ferraille: des grands bâtiments de la ville qui ont été stupidement démolis. Avec le réaménagement des Halles cette semaine, Paris espère clore un chapitre sur la destruction embarrassante du bâtiment d’origine – une structure urbaine magnifique. La destruction en 1972 des Halles, le marché décrit par Zola comme «le ventre de Paris », était un acte de sabotage contre la ville. Il a été « l’acte le plus violent jamais commis contre le patrimoine de Paris, » selon l’historien Donato Severo – mots forts étant donné ce que Haussman a fait un siècle plus tôt. A sa place, on a construit un complexe de transport et de shopping, presque universellement vilipendé pour son esprit moyen. »…

Paris hopes €1bn revamp of Les Halles can become city’s ‘beating heart’

« Paris espère qu’avec ce réaménagement  à 1 Md €,  les Halles peuvent devenir le «cœur qui bat» de la ville »

4 commentaires to “Canopée : revue de presse anglophone mise à jour, extraits traduits”

  1. Merci pour ce témoignage venu de l’étranger, tout à fait juste. Après tout, on fera peut être plus attention aux opinions extérieures qu’aux nôtres, ici. En février 2005, j’avais écrit dans l’Humanité, dans un texte intitulé ‘Sauve qui peut, les Halles’ : « ce ne sera jamais une grande halle, claire et lumineuse, sous laquelle nous déambulerons » ! Je ne pensais même pas avoir autant raison à l’avance… Je reste stupéfait d’une telle laideur en plein cœur de la ville. Et cela sera difficile à démonter dans vingt ans.

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