Menaces inédites et graves sur le patrimoine parisien

Notre association n’a pas comme unique vocation de s’indigner en permanence ou de critiquer systématiquement les décisions de nos édiles et des responsables de l’architecture et de l’urbanisme de notre ville... 10463657_982869705090152_5012522177585443952_o-2 Malgré son nom qui laisse entendre une mission d’alerte, SOS Paris se donne le temps de s’arrêter souvent devant des réalisations jugées positives, comme plusieurs articles des anciens numéros de notre bulletin en témoignent. Mais ces deux dernières années, les projets destructeurs du cadre de vie et de l’environnement parisien, sont si nombreux, si insolents, si « culottés » – on ose dire, et si arbitraires, qu’ils ne laissent pas le moindre répit à ceux qui aiment et défendent leur ville !

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Rue de Rivoli, la Samaritaine, au fond le Louvre, mai 2016 

Entre la défiguration éhontée des places parisiennes historiques et mondialement connues, appelée pudiquement (et prudemment…) « réaménagement », la disparition programmée des édicules du Second empire (bancs publics, kiosques, grilles des arbres, pour commencer), la remise en question même du cadre existant de l’île de la Cité, commandée à l’architecte de la BNF, l’intrusion d’une architecture « de rupture » – ou « de mépris » doit-on dire – à quelques dizaines de mètres du Louvre, à la Samaritaine, l’inauguration de la structure couvrante d’un centre commercial digne de banlieue, la Canopée des Halles, en plein centre historique de Paris, la liste est longue avec – cerise sur le gâteau – la multiplication de projets de gratte-ciel, intra muros et en banlieues limitrophes, visibles de partout, anti-écologiques, anti-démocratiques, anti-économiques, marques de l’emprise sur Paris de puissances financières démesurées (et incontrôlables)… Ce n’est pas une situation banale, semblable à ce qui se passait il y a 20 ans. Dans l’histoire de Paris, il y a toujours eu des phases plus critiques et combatives que d’autres, et nous sommes en train d’en traverser une. Comme dans les années 60 et 70, aujourd’hui nous faisons face aux « vandales » (*). banc Leo   Le vandalisme c’est tout aussi bien la destruction du mobilier urbain hérité du 19e que le saccage des places parisiennes par des projets « innovants », ou la construction de hces immeubles neufs de l’avenue de France, érigés capricieusement, avec arrogance, hurlant le mépris de leur environnement urbain, architectural et historique. Autrement dit : leur mépris de Paris même. Le vandalisme, c’est aussi de vider le centre de la ville de ses fonctions essentielles, en le transformant en coquille vide pour touristes.

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Immeubles avec vue sur le « périph »… Avenue de France, ZAC Paris RIve Gauche (75013)

Comptant sur le numérique pour neutraliser les contestataires de ses projets d’aménagement, la Mairie, comme les agences d’architecture, multiplient les consultations et les appels à contribution sur internet, comme « Réinventer Paris », « Budget participatif » etc … Des consultations « ouvertes à tous », c’est-à-dire seulement aux jeunes geeks (plus faciles à convaincre), aussi bien aux avertis comme aux profanes, (aux professionnels plutôt qu’aux amateurs), excluant, en toute connaissance de cause, tout un pan de citoyens pas connectés, pas équipés – une majorité, en somme – et des catégories entières d’âge et de classe sociale. Le résultat de ces contributions lui fournirait-il, au besoin, l’argument de l’adhésion populaire, prêt à sortir comme un joker ? IMG_0460 Les nouveaux lampadaires : des « rochers » sur pilier. Avenue de France, ZAC Paris RIve Gauche (75013)  Il faudra néanmoins se rappeler que les destructions du patrimoine ont toujours fini par être regrettées et que les vraies innovations, bien plus rares naturellement, n’ont pas manqué d’être populaires, et non pas seulement approuvées, mais fêtées spontanément par le public parisien. Les Halles de Baltard, plus de quarante ans après leur démolition, suscitent toujours une vague de regrets et des critiques, car idéalement adaptées à leur environnement, elles auraient pu être parfaitement réaffectées à des fonctions actuelles du centre ville parisien. De l’autre côté, le sauvetage du Marais dans les années 60, fait une des fiertés de Paris aujourd’hui.

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Immeuble avec vue sur le « périph »… Av. de France, ZAC PRG (75013)

Dans le nouveau quartier du 13ème arrondissement, ce sont des édifices sauvés par SOS Paris et des associations amies qui sont fièrement montrés aux visiteurs : l’usine de la SUDAC, devenue l’école d’Architecture, les Grands Moulins (maintenant Université Paris 7 – Paris Diderot, l’ancien Jussieu), et bientôt la Halle Freyssinet en pleine phase de réhabilitation avant de prétendre abriter une Silicon Valley française…

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La BNF, rue Emile Durkheim

Les innovations appréciées et populaires manquent à notre époque : personne (à part les documents de promotion des architectes) ne fait l’éloge de la BNF, du Centre Pompidou ou de la tour Montparnasse. La dernière est ouvertement détestée, les deux autres sont perçus comme un mal nécessaire : on les fréquente faute de pouvoir faire autrement…   Les constructions innovantes et populaires, il faut les chercher du côté de l’héritage des expositions universelles, ce qui ne contribue pas à nous approcher du présent, pas plus qu’à améliorer la cote d’amour de l’architecture contemporaine.   On a souvent évoqué l’aversion pour la Tour Eiffel d’une partie de l’intelligentsia de ses contemporains, mais la réalité est tout autre : financée par souscription nationale, destinée à accueillir la plus haute antenne des communications hertziennes de la téléphonie naissante, sa construction même étant une prouesse, la tour Eiffel a été associée, dès ses débuts, au progrès, au génie technologique, à l’esprit humaniste de l’époque et au centenaire de la Révolution française ! Plébiscitée par le public dès son inauguration, la tour Eiffel est l’exemple même de l’édifice populaire à Paris.

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La tour Eiffel photographiée depuis un ballon, au cours de l’exposition universelle de 1889

Si parmi les artistes et les intellectuels de l’époque, certains, comme Apollinaire, l’ont détestée, ce n’est pas une raison d’insinuer, aujourd’hui, que les défenseurs actuels du patrimoine l’auraient critiquée, eux aussi, s’ils avaient été là ! C’est une façon facile d’expédier les contestataires d’un projet actuel controversé d’une « verrue » architecturale contemporaine « innovante » ! Paris est l’aboutissement d’un long cheminement dans le passé, jusqu’à notre époque. Sans son passé, Paris n’est pas Paris. C’est conscients de l’importance de cette continuité que nous défendons cet héritage.

M.K.

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(*) Les expressions « vandales » et vandalisme » ont été utilisées et répétées dans les années ’70 dans un livre, en 1994 dans un article, et encore plus récemment…
En voici les sources :

  • Livre : « Histoire du vandalisme » de Louis Réau

http://www.amazon.fr/Histoire-du-vandalisme-Louis-Réau/dp/2221070151

Émission de France Culture sur ce livre :

http://www.franceculture.fr/oeuvre-histoire-du-vandalisme-les-monuments-detruits-de-l-art-francais-de-louis-reau

  • Livre : « L’invention du Vieux Paris » de Ruth Fiori :

http://books.google.fr/books?id=aVaVAQAAQBAJ&pg=PA15&lpg=PA15&dq=vandalisme+paris+1970&source=bl&ots=2_vnBH09f9&sig=05xKT9Di-YkxG9ZheOUPrXfNS3s&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi3kbTDnarNAhXEDcAKHZ9ADnAQ6AEIJzAD#v=onepage&q=vandalisme%20paris%201970&f=false

  • Article :  « Le triomphe des vandales » dans L’Express, 1994


http://www.lexpress.fr/informations/le-triomphe-des-vandales_600634.html