Archive for juillet, 2016

20/07/2016

Kiosques parisiens : une authenticité culturelle à protéger

Par François Loyer

 

L’élan populaire suscité par la menace de disparition des kiosques est tout à fait remarquable alors qu’il s’agit d’un élément modeste du décor parisien: plus de 55.000 signataires.

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Avec les autres édicules de l’ère haussmannienne : candélabres, bancs publics, colonnes Morris, grilles des arbres, fontaines Wallace, c’est tout un ensemble intimement lié au cadre patrimonial parisien comme les immeubles anciens, le métro aérien, les entrées du métro Guimard, les grandes places parisiennes, la tour Eiffel que les Parisiens voudraient voir protéger…  S’il y a longtemps que les bancs, candélabres, panneaux indicateurs, grilles d’arbre, colonnes Morris et kiosques du Second Empire ont été remplacés, l’usure aidant, cela n’a pas empêché la typologie de se maintenir au fur et à mesure des renouvellements.

S’il y a un modèle à mettre en avant, c’est celui de l’architecture japonaise en bois : malgré les aléas du temps (guerres, accidents, tempêtes…), on continue à les reproduire à l’identique – au point qu’on a pu reconstruire il y a quelques années des temples disparus sur le site de Nara, avec le soutien de l’Unesco.

Feu Michel Parent avait fait de cette continuité dans la reproduction d’une tradition culturelle son cheval de bataille, en soulignant que l’authenticité de ces formes n’était pas moindre, dans des matériaux non pérennes (et donc appelés à se renouveler), que celle à laquelle nous sommes attachés dans le monde occidental où la maçonnerie est reine.

C’est donc au nom de l’authenticité culturelle (et non matérielle) que nous devons mener le combat – contre la perte de la mémoire et celle de l’unité de l’héritage patrimonial qu’entraîne le changement des standards, sous prétexte de modernité.

L’essentiel est d’éviter la rupture systématique entre passé et présent, de permettre aux productions nouvelles de fusionner avec l’esprit de celles qui les ont précédées. Sinon, c’est la mort du patrimoine. Je continue à penser qu’il n’y a rien d’insultant à avoir la mémoire des choses et à la réinvestir dans les œuvres de notre époque. Demandez ce qu’ils en pensent aux grands cuisiniers, tout aussi inventeurs qu’ils sont conservateurs… »

F.L.

13/07/2016

« Un jour un kiosque » : des photos pour sauver les kiosques anciens…

Une opération lancée sur Facebook

Vous aimez nos kiosques haussmanniens ! Pour les défendre vous avez peut-être déjà signé la pétition lancée par les « Parisiens qui aiment leur ville », qui réunit à présent 57.349 signatures ! (Vous pouvez encore la signer si ce n’est pas encore fait !) Mais nous sommes navrés de constater que la Mairie n’est pas prête à en tenir compte. (*)

 

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Pour soutenir le combat pour la préservation de ces kiosques qui peuvent parfaitement s’adapter à l’ère numérique et aux exigences de la société actuelle, prenez des photos de vos kiosques préférés et envoyez-les par e-mail à l’adresse : pariskiosques@gmail.com   

Vous pouvez utiliser aussi bien votre smartphone qu’un appareil photo sophistiqué. C’est une démarche affective, peu importe la qualité esthétique ou le style de la photo… (**) Sentez-vous libre de faire la photo qui vous plaît ! 

 

Si vous voulez nous envoyer plusieurs photos, elles seront les bienvenues.

En plus des kiosques, c’est l’ensemble du mobilier urbain de l’ère haussmannienne qui est menacé ou en train de disparaître : bancs publics, grilles des arbres, fontaines, etc. Notre opération militante vise donc le maintien de tous ces éléments d’époque qui se complètent et sont conçus pour co-exister harmonieusement dans notre ville.

 

Les photos reçues sont publiées chaque jour ou presque (compte tenu des contraintes des vacances) sur notre page Facebook. et sur notre compte Twitter.

Il est important de nous communiquer l’adresse exacte du kiosque. Si vous souhaitez que votre signature apparaîsse, précisez-le dans votre message, sinon la photo sera publiée de façon anonyme.

Vos photos doivent être libres de droits et SOS Paris, association à but non lucratif, s’engage de ne pas en faire un usage commercial. La date de fin de l’opération sera annoncée à la rentrée.

À vos appareils, lancez-vous !    

 

 

 

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(*) Pour consulter le rapport relatif à la réunion tenue à ce sujet à la Mairie, cliquez ici : Concl RDV à la Marie de Paris_version impr 

(**) À noter : Les photos qui auraient un grave problème technique (floues par exemple) ou celles qui contreviendraient à la législation (droit d’auteur, etc.) ne pourraient être publiées. _____________________

Article publié le 13/07/2016, mis à jour le 13/09/2016

11/07/2016

En dépit de l’attachement des parisiens le remplacement des kiosques haussmaniens est décidé par la Mairie

Par Marie Karel 

 

Ce dimanche 10 juillet, Anne Hidalgo, Maire de Paris, a annoncé sur iTélé que tous les kiosques anciens seront remplacés. kiosque La pétition des « Parisiens qui aiment leur ville », qui a réuni 43 242 signatures selon la dernière vue, les différentes démarches citoyennes n’ont eu donc aucun effet face à la rigidité de la décision de la Mairie… Rappelons que ces kiosques sont conçus au 19e siècle sous Napolléon III avec tout le mobilier urbain haussmannien : les lampadaires (ou candélabres), les bancs publics, les grilles des arbres, les fontaines Wallace, les colonnes Morris, etc. Depuis, ils sont reproduits fidèlement, en fonte, leur matériau d’origine, tous les 25 ans environ, par les services de la DRAC.  Avec les édicules Guimard (accès du métro) de la Belle Époque, tous ces éléments forment un ensemble cohérent et harmonieux auquel participe la Tour Eiffel, elle-même. Ensemble devenu la « marque » de Paris, son « ADN » au niveau international et son atout charme. Bien plus que l’expression esthétique d’une époque, ce décor urbain atteste du caractère intemporel de Paris traversant les âges, sa longue lignée d’événements historiques et d’expériences sociales, scientifiques, artistiques, philosophiques… bref, la quintessence de son éclat et de son pouvoir. En multipliant dans Paris les installations d’un mobilier urbain d’un autre genre, comme les nouveaux abribus très voyants par exemple, une cacophonie notoire s’introduit dans l’espace public. Il suffit de regarder dans la même perspective, dans les rues de Paris, un kiosque haussmannien  ou un candélabre et un abribus ou un nouveau banc : l’univers urbain devient chaotique. Y-aurait-il des raisons de remplacer le mobilier urbain 19e ? À part le profit généré pour les bénéficiaires des contrats de la Mairie, comme la société AJ Decaux et sa filiale Mediakiosk, quel autre motif pourrait exister pour saccager ces structures emblématiques qu’il aurait suffi d’adapter au contexte numérique et aux nouveaux besoins des parisiens d’aujourd’hui ? La question n’est ni ponctuelle, ni anodine : car si Paris est une ville patrimoniale au précieux contexte architectural à sanctuariser, le progrès ne peut l’investir que par la technologie et la science. Si à chaque nouvelle étape de l’évolution numérique, on trouve le prétexte pour saccager une partie du patrimoine, bientôt il ne restera plus rien de notre ville, métamorphosée en Petit Dubaï… On ne voit pas encore très bien par quel raisonnement l’actuelle Municipalité se donne comme défi de se mesurer à Haussman, ni si elle a vraiment les moyens de telles ambitions. M.K. 640px-Paris_Metro_Sign Revue de presse Les anciens kiosques parisiens seront bien remplacés

  • Libération 10/07/2016

« Les emblématiques kiosques à journaux de la capitale vont-ils disparaître ? La Ville de Paris souhaite en effet remplacer d’ici à juin 2019, par un modèle «innovant» (…) Ils seront éco-performants en matériaux recyclables, alimentés en énergie renouvelable, équipés de recharge de téléphones portables, de boîte aux lettres, de récupérateur de piles usagées, de boissons à emporter, de billetterie culturelle, de plans d’orientation. L’appel d’offre lancé par la mairie a été remporté par la société MédiaKiosk, filiale du groupe JCDecaux et opérateur actuel des kiosques parisiens. (…) Un groupe de travail examinera lundi le dossier alors qu’une pétition signée par plus de 41 000 personnes, demande à ce que l’aspect extérieur de ces kiosques soit préservé. »… Lire l’article… Les Parisiens se mobilisent contre les futurs kiosques à journaux

  • Le Point 10/07/2016  

« Ce design est sans âme et totalement impersonnel », il porte atteinte à la beauté et à la spécificité de Paris », s’insurgent les détracteurs du projet dans une pétition qui a recueilli plus de 40 000 signatures sur Internet. « Nous sommes pour que les kiosques à journaux parisiens aient un design qui reprenne ce qui fait tout le charme du Paris Romantique cher aux touristes de France et du monde entier », réclament ses signataires. » Lire l’article… Comment Hidalgo justifie le remplacement des kiosques à Paris Challenges 10/07/2016 « La maire PS de Paris, Anne Hidalgo, a justifié dimanche 10 juillet la suppression des emblématiques kiosques à journaux (…) au « Grand Rendez-vous » sur iTÉLÉ. « Ceux qui nous expliquent qu’on est en train d’abîmer Paris, ce sont les mêmes qui veulent qu’on garde les serres de Roland-Garros, des petites serres en plastique, en nous disant qu’on est en train d’abîmer le patrimoine », a-t-elle fustigé »… Lire l’article… Déjà 41 000 signatures contre les futurs kiosques à journaux

  • Le Parisien 10/07/2016

« La fronde contre le remplacement des kiosques à journaux de la capitale prend de l’ampleur… Invitée ce dimanche du « Grand Rendez-vous » iTélé-Europe 1-« le Monde », Anne Hidalgo, la maire (PS) de Paris, a tenu à rappeler qu’il n’y a en réalité « pas de kiosque haussmannien. Les kiosques que vous voyez sont des plagiats d’haussmanniens […] en plastique, qui ont été installés dans les années 1980″. Lire l’article… Kiosques parisiens : Lire aussi notre article…

10/07/2016

La Halle Freyssinet inscrite aux monuments historiques et déjà… enterrée !

Par Christine Nedelec  

 

Le Comité de Pilotage de la Concertation de la ZAC Paris Rive Gauche du 19 mai dernier présentait le projet de construction de l’îlot « T10 », situé devant la Halle Freyssinet (elle-même en travaux dans le cadre du projet « 1000 start-ups »), côté boulevard Vincent Auriol. L’opération « T10 » porte sur trois programmes : deux bâtiments de logements locatifs sociaux et intermédiaires de plus de 10 étages, un de logements- étudiants, des commerces, 5 niveaux de parking souterrain, des activités ferroviaires et un ascenseur urbain. 

T10  

L’architecture retenue est, il fallait s’y attendre, heurtée et chahutée ; une déstructuration voulue car la Municipalité actuelle comme le Ministère de la Culture rejettent vigoureusement l’idée d’harmonie.

 

En tout cas, le dialogue avec l’environnement, qu’il s’agisse de bâtiments ou de nature n’est pas prévu au programme. Et la recherche de la beauté qui caractérisait les temps précédents n’est plus à l’ordre du jour… Aujourd’hui, pour être lauréat d’un concours, un architecte se doit de proposer un élégant dessin bousculé, avec fenêtres aléatoires, boîtes emboîtées, excroissances dissymétriques, désordre de cubes incarcérés, le tout agrémenté d’un semblant de végétalisation souvent inaccessible aux habitants, et ceci quelle que soit l’architecture existante ou l’espace urbain environnant qui, du reste, n’apparaissent jamais dans les « vues d’artistes » des architectes (avec oeillères…)  

 

On peut se demander : où vont nous conduire tous ces désordres urbains et architecturaux ? Cette question est aussi posée par le grand architecte Patrick Bouchain, qui pointe les méfaits du brutalisme architectural et de la laideur sur les humains, avec tous les dégâts psychiques et sociétaux qui en peuvent en résulter.  

Ici, dans le 13ème arrondissement, c’est le manque de considération du périmètre des abords des  constructions classées qui nous préoccupe. Vous vous souvenez certainement des aventures rocambolesques de la Halle Freyssinet, premier ouvrage d’art en béton précontraint (entre 1927 et 1929, 310 mètres de long) mis au point par Eugène Freyssinet architecte inventeur de la précontrainte, et gloire des pages d’histoire de l’architecture dans le monde entier. D’abord promise à la destruction, puis à la découpe, son sauvetage in extremis par inscription à l’ISMH grâce aux combats de SOS Paris et de la Sauvegarde de Paris Historique, puis sa réaffectation au projet des 1 000 start-ups de Xavier Niel, permettaient tous les espoirs.  

 

Mais cette inscription au titre des monuments historiques n’a pas suffi à protéger ses abords pourtant imposé par la réglementation et prévu même dans le projet de loi CAP ! La Halle Freyssinet, déjà inaccessible côté boulevard, cachée derrière un triste hôtel industriel de béton, se trouve maintenant encaquée à 10 mètres par un mur aveugle de 9 mètres de hauteur et écrasée à 25 mètres de l’autre côté par des constructions culminant à 10 étages…   Est-il trop tard pour repenser ces absurdités ? Avec un peu d’intelligence et d’anticipation, la SEMAPA aurait pu imposer pour ces projets un gabarit-enveloppe soucieux des éléments patrimoniaux et éviter ce désastre annoncé. Les architectes auraient pu mettre leur talent au service d’habitations amènes. À quand le PIB du bonheur ?