En dépit de l’attachement des parisiens le remplacement des kiosques haussmaniens est décidé par la Mairie

Par Marie Karel 

 

Ce dimanche 10 juillet, Anne Hidalgo, Maire de Paris, a annoncé sur iTélé que tous les kiosques anciens seront remplacés. kiosque La pétition des « Parisiens qui aiment leur ville », qui a réuni 43 242 signatures selon la dernière vue, les différentes démarches citoyennes n’ont eu donc aucun effet face à la rigidité de la décision de la Mairie… Rappelons que ces kiosques sont conçus au 19e siècle sous Napolléon III avec tout le mobilier urbain haussmannien : les lampadaires (ou candélabres), les bancs publics, les grilles des arbres, les fontaines Wallace, les colonnes Morris, etc. Depuis, ils sont reproduits fidèlement, en fonte, leur matériau d’origine, tous les 25 ans environ, par les services de la DRAC.  Avec les édicules Guimard (accès du métro) de la Belle Époque, tous ces éléments forment un ensemble cohérent et harmonieux auquel participe la Tour Eiffel, elle-même. Ensemble devenu la « marque » de Paris, son « ADN » au niveau international et son atout charme. Bien plus que l’expression esthétique d’une époque, ce décor urbain atteste du caractère intemporel de Paris traversant les âges, sa longue lignée d’événements historiques et d’expériences sociales, scientifiques, artistiques, philosophiques… bref, la quintessence de son éclat et de son pouvoir. En multipliant dans Paris les installations d’un mobilier urbain d’un autre genre, comme les nouveaux abribus très voyants par exemple, une cacophonie notoire s’introduit dans l’espace public. Il suffit de regarder dans la même perspective, dans les rues de Paris, un kiosque haussmannien  ou un candélabre et un abribus ou un nouveau banc : l’univers urbain devient chaotique. Y-aurait-il des raisons de remplacer le mobilier urbain 19e ? À part le profit généré pour les bénéficiaires des contrats de la Mairie, comme la société AJ Decaux et sa filiale Mediakiosk, quel autre motif pourrait exister pour saccager ces structures emblématiques qu’il aurait suffi d’adapter au contexte numérique et aux nouveaux besoins des parisiens d’aujourd’hui ? La question n’est ni ponctuelle, ni anodine : car si Paris est une ville patrimoniale au précieux contexte architectural à sanctuariser, le progrès ne peut l’investir que par la technologie et la science. Si à chaque nouvelle étape de l’évolution numérique, on trouve le prétexte pour saccager une partie du patrimoine, bientôt il ne restera plus rien de notre ville, métamorphosée en Petit Dubaï… On ne voit pas encore très bien par quel raisonnement l’actuelle Municipalité se donne comme défi de se mesurer à Haussman, ni si elle a vraiment les moyens de telles ambitions. M.K. 640px-Paris_Metro_Sign Revue de presse Les anciens kiosques parisiens seront bien remplacés

  • Libération 10/07/2016

« Les emblématiques kiosques à journaux de la capitale vont-ils disparaître ? La Ville de Paris souhaite en effet remplacer d’ici à juin 2019, par un modèle «innovant» (…) Ils seront éco-performants en matériaux recyclables, alimentés en énergie renouvelable, équipés de recharge de téléphones portables, de boîte aux lettres, de récupérateur de piles usagées, de boissons à emporter, de billetterie culturelle, de plans d’orientation. L’appel d’offre lancé par la mairie a été remporté par la société MédiaKiosk, filiale du groupe JCDecaux et opérateur actuel des kiosques parisiens. (…) Un groupe de travail examinera lundi le dossier alors qu’une pétition signée par plus de 41 000 personnes, demande à ce que l’aspect extérieur de ces kiosques soit préservé. »… Lire l’article… Les Parisiens se mobilisent contre les futurs kiosques à journaux

  • Le Point 10/07/2016  

« Ce design est sans âme et totalement impersonnel », il porte atteinte à la beauté et à la spécificité de Paris », s’insurgent les détracteurs du projet dans une pétition qui a recueilli plus de 40 000 signatures sur Internet. « Nous sommes pour que les kiosques à journaux parisiens aient un design qui reprenne ce qui fait tout le charme du Paris Romantique cher aux touristes de France et du monde entier », réclament ses signataires. » Lire l’article… Comment Hidalgo justifie le remplacement des kiosques à Paris Challenges 10/07/2016 « La maire PS de Paris, Anne Hidalgo, a justifié dimanche 10 juillet la suppression des emblématiques kiosques à journaux (…) au « Grand Rendez-vous » sur iTÉLÉ. « Ceux qui nous expliquent qu’on est en train d’abîmer Paris, ce sont les mêmes qui veulent qu’on garde les serres de Roland-Garros, des petites serres en plastique, en nous disant qu’on est en train d’abîmer le patrimoine », a-t-elle fustigé »… Lire l’article… Déjà 41 000 signatures contre les futurs kiosques à journaux

  • Le Parisien 10/07/2016

« La fronde contre le remplacement des kiosques à journaux de la capitale prend de l’ampleur… Invitée ce dimanche du « Grand Rendez-vous » iTélé-Europe 1-« le Monde », Anne Hidalgo, la maire (PS) de Paris, a tenu à rappeler qu’il n’y a en réalité « pas de kiosque haussmannien. Les kiosques que vous voyez sont des plagiats d’haussmanniens […] en plastique, qui ont été installés dans les années 1980″. Lire l’article… Kiosques parisiens : Lire aussi notre article…

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6 commentaires to “En dépit de l’attachement des parisiens le remplacement des kiosques haussmaniens est décidé par la Mairie”

  1. Ce qui m’interroge, c’est l’irréversibilité du projet, ce tabula rasa sur ces kiosques extravagants qui font consensus chez les parisiens comme les visiteurs. Le nouveau design proposé est inacceptable dans sa forme actuelle, inspiré par une esthétique industrielle RDA-dechetterie qui ne suscite aucune d’admiration. Il n’y a pas eu de concours de la meilleure proposition. Comment une équipe de 10 personnes peut-elle réduire à néant un mobilier urbain qui est l’un des gimmicks de Paris ?

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  2. Dans ces « nouveau kiosques » (il faut bien essayer de marquer son empreinte, n’est pas Mitterand qui veut) je suggère aussi que soient aménagées des toilettes. Je pense que les gens ne se doutent pas que le kiosquier/ère puisse rester seul/e jusqu’à 15 heures par jour dans un endroit dépourvu de « commodités ». C’est à mon sens ce qui fait le plus XIXème siècle dans un kiosque…

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  3. Modernisme ne veut pas dire anti cultures les kiosques sont une des images du patrimoine parisien et emblèmes de la liberté d’expression, et de l’émancipation du peuple !!

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  4. Bonjour,

    Je comprends votre attachement à ces kiosques, moi aussi je les aime bien. Mais il y a un détail que vous semblez ignorer : les kiosques en fonte dessinés par l’architecte Gabriel Davioud en 1857 ont disparu depuis longtemps. Ceux qui sont ici concernés sont des copies en plastique datant des années 1980…

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    • Si vous lisez notre article, le mobilier urbain est réédité au fur et à mesure de son usure. Il ne s’agit pas d’immeubles construits. Tout le mobilier urbain haussmannien (candélabres ou lampadaires, bancs publics, grilles des arbres, fontaines, colonnes Morris, etc…) est régulièrement reproduit depuis le 19e siècle. Nous estimons qu’il est important que la continuation de cette pratique perdure car tout cet ensemble est « raccord » avec le patrimoine existant et protégé par des lois : immeubles, places parisiennes, entrées du métro, lignes aériennes du métro, et même la Tour Eiffel !

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  5. Nous rêverions que la Ville de Paris, riche, soutienne et encourage ses artisans, sa spécificité, son patrimoine, mais c’est un rêve pieux, visiblement. Il est plus facile d’adopter une position « moderniste », de détruire l’ancien pour le renouveler… par du jetable ! De confier le mobilier urbain à des entreprises privées ou à des designers mondialisés.
    La beauté fuit la ville car elle n’intéresse pas ses édiles. Au mieux, ils jettent un œil sur les capitales étrangères, pour voir ce qui se fait…
    En attendant, les « sachants », les artisans d’art, meurent à petit feu…
    Dire que les kiosques précédents étaient en plastique ne fait que ridiculiser un peu plus les élus. Parler des serres en plastique d’Auteuil, c’est ignorer un lieu et son environnement, son histoire… pour un terrain de tennis ! Cela montre à quel point la pensée peut être courte…

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