Kiosques parisiens : une authenticité culturelle à protéger

Par François Loyer

 

L’élan populaire suscité par la menace de disparition des kiosques est tout à fait remarquable alors qu’il s’agit d’un élément modeste du décor parisien: plus de 55.000 signataires.

kiosque

Avec les autres édicules de l’ère haussmannienne : candélabres, bancs publics, colonnes Morris, grilles des arbres, fontaines Wallace, c’est tout un ensemble intimement lié au cadre patrimonial parisien comme les immeubles anciens, le métro aérien, les entrées du métro Guimard, les grandes places parisiennes, la tour Eiffel que les Parisiens voudraient voir protéger…  S’il y a longtemps que les bancs, candélabres, panneaux indicateurs, grilles d’arbre, colonnes Morris et kiosques du Second Empire ont été remplacés, l’usure aidant, cela n’a pas empêché la typologie de se maintenir au fur et à mesure des renouvellements.

S’il y a un modèle à mettre en avant, c’est celui de l’architecture japonaise en bois : malgré les aléas du temps (guerres, accidents, tempêtes…), on continue à les reproduire à l’identique – au point qu’on a pu reconstruire il y a quelques années des temples disparus sur le site de Nara, avec le soutien de l’Unesco.

Feu Michel Parent avait fait de cette continuité dans la reproduction d’une tradition culturelle son cheval de bataille, en soulignant que l’authenticité de ces formes n’était pas moindre, dans des matériaux non pérennes (et donc appelés à se renouveler), que celle à laquelle nous sommes attachés dans le monde occidental où la maçonnerie est reine.

C’est donc au nom de l’authenticité culturelle (et non matérielle) que nous devons mener le combat – contre la perte de la mémoire et celle de l’unité de l’héritage patrimonial qu’entraîne le changement des standards, sous prétexte de modernité.

L’essentiel est d’éviter la rupture systématique entre passé et présent, de permettre aux productions nouvelles de fusionner avec l’esprit de celles qui les ont précédées. Sinon, c’est la mort du patrimoine. Je continue à penser qu’il n’y a rien d’insultant à avoir la mémoire des choses et à la réinvestir dans les œuvres de notre époque. Demandez ce qu’ils en pensent aux grands cuisiniers, tout aussi inventeurs qu’ils sont conservateurs… »

F.L.

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One Comment to “Kiosques parisiens : une authenticité culturelle à protéger”

  1. Un des grands atouts de ce mobilier urbain que vous évoquez est qu’il a été dessiné « à la main ». C’est toujours mieux, plus instructif (pour celui qui dessine), plus plaisant (pour les autres)… que les « formes » conceptualisées sur ordinateur.
    Cela me rappelle une des très grosses agences d’architecture parisienne où j’ai fait un petit passage, et où il était INTERDIT de dessiner à la main ! Comme je n’aime pas obéir aux règles bêtes et absurdes, j’ai dessiné à la main (le seul moyen de réfléchir) une façade que j’ai laissée sur mon bureau … Finalement, ils ont voulu m’embaucher ! Mais je n’ai pas voulu… Adieu la bêtise et l’ignorance.

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