ZAC Bercy-Charenton, enquête publique. La contribution de SOS Paris.

Enquête publique Bercy Charenton – Avis défavorable de SOS Paris

Densification, construction sur les espaces de respiration, congestion, pollution, gestion eau, énergie problématiques, destruction d’emplois artisans… Qu’en est-il de l’écologie environnementale et sociale ?

 

Monsieur le Commissaire enquêteur,

Nous vous remercions d’avoir répondu à notre demande de prolongation de l’enquête publique. Nous regrettons votre refus fondé sur l’efficacité de la publicité qui aurait été faite pour ce projet.

Nous vous prions de bien vouloir noter l’avis défavorable de notre association SOS Paris dont l’objet est la protection du patrimoine architectural et du cadre de vie concernant cette enquête.

1. Des procédures d’enquêtes inefficaces et à améliorer

Notre association conteste la bonne publicité faite à ces enquêtes publiques.  La procédure réglementaire telle qu’elle est conçue actuellement ne permet pas de toucher un public significatif qui n’est lui pas éduqué à ces méthodes. De grandes décisions sont donc prises à l’insu de la majorité de la population. D’ailleurs l’espace public est encombré de publicité commerciale tandis que l’information citoyenne bénéficie tout juste de quelques affiches jaunes format A4 invisibles et qui se battent en duel.

Nombre d’associations et de particuliers n’ont été avertis ici qu’incidemment et à la dernière minute comme cela se produit à chaque enquête. Les dates choisies sont toujours des moments d’urgence avant les vacances d’été ou Noël comme ici, elles devraient dans ce cas être systématiquement rallongées de la durée de la trêve. D’autres supports d’affiches pourraient être ajoutés : les abribus et stations de métro pourraient être de bons moyens de diffusion de ce type d’information ainsi que les boulangeries etc…

D’autre part, nous estimons que des aménagements de cette envergure devraient bénéficier d’une durée d’enquête rallongée pour laisser le temps nécessaire à l’analyse de la somme des documents présentés. Une analyse technique digne de ce nom ne peut se faire dans des temps aussi courts. Ce rallongement de délai pourrait se faire à moindre frais sur la plateforme  numérique recueillant les avis, s’il s’avérait coûteux ou complexe de prolonger ce dispositif en mairie. Enfin le périmètre de cette enquête publique devrait s’étendre à tout Paris et sa banlieue Charenton le Pont et Ivry au minimum, puisque le déplafonnement de cette zone impactera la ville entière et ses frontières et abords.

Il nous semble que modifier en ce sens la procédure serait montrer un signe de respect de l’expression d’intelligence collective du public attendue par ce dispositif. Nous pensons aussi que pourrait être adjoint une méthodologie de réponse pour ceux qui ne seraient pas familiarisés avec ce processus ainsi qu’une familiarisation au niveau scolaire, universitaire sur ce type de contributions.

2. Des modifications du PLU récurrentes pour réviser Paris par petits morceaux : une procédure à la limite de la légalité pour éviter  une révision générale beaucoup plus contraignante

Nous contestons la légalité de cette procédure tout autant que celle de modification du PLU. Les enquêtes publiques s’enchaînent sur des révisions ou des modifications du PLU pour des quartiers entiers alors qu’il aurait fallu une révision générale du PLU qui au lieu de saucissonner Paris en ZAC et quartiers d’aménagements aurait permis de prendre la mesure d’ensemble, l’impact général sur la ville de Paris pour toutes ces immenses opérations : Batignolles avec la construction du TGI de 160 m et de ses logements à 50 m de hauteur, Parc des Expositions et la Tour Triangle à 180 m, les tours DUO 160 et 120 m, PRG et Bercy Charenton. La ville en sortira complètement transformée réglementée par un PLU modifié dont nous contestons la légalité car ce nouveau PLU établi sur la base de 2006 répond à des orientations contraires notamment en termes de densification.

3. Avis défavorable : Densification, construction sur les espaces de respiration, congestion, pollution, gestion de l’eau, de l’énergie problématique, destruction d’emplois artisans… Qu’en est-il de l’écologie environnementale et sociale ?

Notre avis défavorable repose sur l’idée fondamentale que les limites actuelles de Paris nuisent au bon développement de la ville qui continue à centraliser abusivement tous les atouts économiques et culturels au détriment de sa banlieue. Il y a longtemps que les questions d’urbanisme devraient être traitées  au niveau du Grand Paris ou de la Métropole du Grand Paris. L’intelligente annexion des communes limitrophes en 1860 en est le meilleur exemple.

Ainsi tout d’abord nous contestons le principe de densification de Paris intra muros développé sans mesure par la municipalité. Paris est la plus dense des métropoles occidentales et vient tout juste derrière Manille en termes de concentration d’habitants. Nous frisons la congestion des villes sous-développées : est-ce ce type de développement que nous désirons ?
Les tous récents épisodes de pollution montrent l’urgence d’agir sur le plan de la circulation, des transports mais aussi sur les concentrations humaines (20% de la pollution parisienne est due au chauffage domestique). L’avis de l’Autorité Environnementale montre une grande inquiétude à chaque paragraphe sur l’impact délétère de cet aménagement. Aussi nous vous demandons d’inclure dans votre rapport d’enquête un avis du Ministère de la Santé sur l’effet de cet aménagement Bercy Charenton sur la pollution (en prenant en compte la totalité des aménagements prévus par ailleurs pour Paris).

Ce projet aurait pourtant pu être l’occasion d’un aménagement durable et environnemental offrant une nouvelle manière d’habiter : ici il s’agit d’un retour aux années 70 avec tours de bureaux et logements dans des nœuds de circulation sans réellement implémenter l’offre de transport déjà saturée, sans même repenser le plat de nouilles des échangeurs, portant un intéressant potentiel constructible… On aurait pu rêver comme au temps d’Haussmann d’un immense jardin intra muros complété d’équipements collectifs qui font tant défaut aux Parisiens (les équipements collectifs de cet aménagement ne sont dimensionnés que pour alimenter le nouveau quartier) et de concentrer ses efforts sur une amélioration des transports collectifs et des voies douces, au lieu d’une fuite en avant vers toujours plus d’habitants, de congestion, de pollution et de menaces environnementales avec le choix d’un urbanisme de tours dont la nocivité sur les quartiers parisiens a été maintes fois démontrée (voir Thierry Paquot La folie des hauteurs).

En outre, la programmation retenue est de 50% de logements avec une proportion de 60% de logements sociaux : cette proportion ne nous paraît pas raisonnable pour la paix d’un quartier avec le risque de ghettoïsation et son cortège de difficultés (voir certains coins chauds des 13e, 14e,15e ou 18e, 19e arrondissements).

Nous pensons que les dispositifs d’aménagements actuels (autrefois en régie municipale avec blocage des loyers), par la création de tours de bureaux aussi le remplissage abusif des parcelles amènent à un renchérissement du coût du logement à Paris. Une explosion des loyers qui pousse l’artisanat et les petits commerces à s’exiler.

Enfin, nous contestons le choix de la grande hauteur pour Paris. Il s’agit tout d’abord d’un choix anti-démocratique : ce déplafonnement accordé à certains seulement est un privilège abusif qui sera dévolu à quelques heureux élus et bien souvent au détriment du contribuable parisien (on le voit bien pour le cas de la Tour Triangle du 15e arrondissement, voir le Canard Enchaîné). Mais surtout ce déplafonnement a été décidé à l’insu et contre le gré des Parisiens : tous les sondages indiquent une opposition très majoritaire à la reprise de construction de bâtiments de grande hauteur dans Paris, depuis le questionnaire aux Parisiens de B. Delanoë en 2004 jusqu’aux récentes études de 2014 à l’occasion des municipales.
Comment prétendre prendre en compte les demandes populaires si ce désir fondamental cède face à la pression des bétonneurs ? Rappelons que les tours parisiennes avaient été logées à la Défense pour protéger le ciel de Paris suite au tollé populaire du à la construction de la toue Montparnasse.
L’autorité environnementale ne s’étonne pas seulement de ce choix d’urbanisme  mais s’inquiète aussi de ses conséquences délétères. Car du point de vue environnemental et développement durable, les constructions de grande hauteur sont problématiques.

Plus localement, nous sommes contre la destruction du Tunnel des Artisans, les emplois si rares aujourd’hui doivent être protégés, pérennisés et conservés en l’état. Il est évident que si ces emplois sont déplacés, ils sont menacés malgré toutes les garanties sur le papier qui pourront être données : d’ailleurs, ils ne le veulent pas et proposent au contraire une plus grande occupation des tunnels, d’en faire un fer de lance. D’autant plus que ces tunnels et la coursive supérieure ont un intérêt patrimonial et donc un potentiel à développer.

Nous sommes aussi absolument opposés à la construction sur tout espace vert existant, soit ici entre autres le terrain du stade Léo Lagrange, nous pensons que ce terrain doit rester totalement visible et accessible de la rue, nous avions demandé sa sanctuarisation dans le cadre de la modification du PLU ou le classement en zone UV. Il semble que les mêmes questions se posent sur Laviguerie mais aussi sur l’ilôt Debergues etc… C’est une philosophie : voir les projets sur le TEP de Ménilmontant ou à la Cité Universitaire.

Lutter contre un Paris hors sol est une priorité, elle est notre seule possibilité pour lutter contre les îlots de chaleur, c’est en pleine terre que poussent les arbres. Elle devrait être une préoccupation majeure de la municipalité. De fait, les Parisiens ne supportent plus de voir leurs arbres coupés, leurs espaces de loisirs lotis, leur ciel bétonné et les transports congestionnés sans parler de cette surmortalité due à la pollution qui finira par encombrer les tribunaux. Il se lève en effet de très fortes revendications sur ces questions de pollution, densification, destruction des arbres et espaces verts et sur la modification de la silhouette de Paris. La municipalité et l’Etat lui-même auraient grand tort de les négliger.

Afin de mener à bien cette opération d’aménagement que nous souhaitons repensée en termes d’humanité, d’écologie, d’aménités et d’urbanisme à échelle humaine tout en limitant la densification, nous demandons que ce  projet bénéficie d’une extension de la concertation telle qu’elle est organisée sur Paris Rive Gauche. Celle-ci avait pu être mise en place grâce à un commissaire enquêteur soucieux de garantir un suivi par les associations et habitants et dont le modèle certes perfectible n’a jamais été reproduit ailleurs à Paris. Les concertations mises en place depuis ont été très affaiblies et sont devenues quasi inopérantes.

En vous remerciant de l’attention que vous pourrez porter à nos arguments, nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de notre profonde considération.

Christine Nedelec
Secrétaire générale de SOS Paris