Mise en valeur du patrimoine à Sainte Jeanne de Chantal

Par Ghislaine Guérin

 

Cette église située à la Porte de Saint-Cloud, au sud du 16e arrondissement,  construite en béton, sobre et élégante, se démarque des autres. Sainte Jeanne de Chantal se dresse imposante, mêlant les matériaux modernes à ses formes d’architecture byzantine. Sa construction, en 1932, par l’architecte Julien Barbier, a pu démarrer grâce au don généreux d’une habitante du quartier. Plus tard, après la guerre et les destructions causés par les bombardements (les usines Renault sont toutes proches), les travaux reprenaient avec l’architecte André Blanc dans le cadre des Chantiers du Cardinal, jusqu’à leur achèvement en 1962. René Dionnet réalisait dans l’abside, en 1951, la fresque du Couronnement de la Vierge Marie.  L’édifice s’enrichissait en 1954 par les vitraux de Jacques Le Chevalier, maître verrier, avant de recevoir dans les années 70 les orgues d’Alfred Kern et la croix monumentale habillée de drapés en cuivre sculptée par l’artiste Jean Touret.

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L’abbé Arnaud Bancon, son curé actuel,  voulait rendre un peu de gaité et de luminosité à son église dont les deux chapelles latérales étaient sombres, nues et dépouillées. Cela serait aussi l’occasion de faire connaître la patronne de l’église que « 9 sur 10 de ses paroissiens » ignoraient. Sainte Jeanne de Chantal est une figure à part du XVIème siècle. Son histoire nous apprend que cette orpheline, épouse à 20 ans, veuve à 29, a été la grand-mère de Madame de Sévigné, mais aussi une religieuse et la fondatrice de 80 couvents des Filles de la Visitation.

Le projet voit le jour grâce aux talents d’un trio choisi sur concours: Nathan Crouzet, architecte, Laurent Lecomte, historien et Jean-Louis Sauvat, peintre et sculpteur. La chapelle des fonds baptismaux est animée par « Le baptême du Christ par Saint Jean-Baptiste », l’autre, par la vie de Sainte Jeanne de Chantal. Jean-Louis Sauvat réalise le dessin des deux chapelles au fusain sur un revêtement spécialement conçu et fixé pour que le tracé reste pérenne. L’ensemble est animé par des projections de lumières régies numériquement qui évoluent au gré du calendrier liturgique. Les artistes ont voulu donner l’impression de passer de Lascaux au XXIème siècle, de la lumière devenant matière. Ce pari audacieux lancé par l’abbé Arnaud Bancon porte le nom : « La puissance d’aimer »

C’est une première mondiale, aucun artiste n’avait utilisé jusqu’ici, ce procédé de vidéo-projection pour une oeuvre d’art sacré. Jean-Louis Sauvat a  réalisé aussi « Les Mystères Lumineux de la vie publique du Christ » le long du transept droit, des scènes inspirées de la vie de Sainte Jeanne de Chantal le long du transept gauche et son statue équestre sur une vasque en chêne. Autre belle création à souligner : la vasque en cuivre des fonds baptismaux unique en son genre, travaillée avec les dernières techniques du repoussage, ciselage et polissage.

 

C’est une réalisation qu’on doit à la rencontre du projet audacieux d’un prêtre avec le talent d’artistes contemporains et d’artisans. Les deux chapelles ont été inaugurées le 9 octobre 2016 devant une foule de 400 personnes.

Alors que nous déplorons souvent, dans nos colonnes et à juste titre (voir l’éditorial du n°94), le manque d’intérêt porté par nos élus aux patrimoine religieux, l’abbé Arnaud Bancon peut s’enorgueillir d’avoir réussi à rendre belle, lumineuse, prête à affronter des nouveaux siècles, son église Sainte-Jeanne-de-Chantal.

 

G.G.

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© Photo Ghislaine Guérin

Eglise Sainte-Jeanne-de-Chantal, 96 Bd Murat, 75016 Paris.

Coût total du projet: 190 000€ dont donateurs 150 000€ et participation des Chantiers du Cardinal 40 000€