Boutiques et restaurants dans le 6ème : la lente banalisation de Paris

Par Colette de Wiljes
Quelle tristesse de voir que les rues pleines de charme du Paris historique perdent leur âme et les traces de leur passé pour se banaliser à coups de rénovations, mises aux normes et rajeunissement … Deux exemples désolants :

Au 30 de la rue Dauphine, face au superbe hôtel d’Aubusson, à côté d’une librairie, comme une verrue, s’est ouverte il y a déjà plus d’un an, une boutique de « Souvenirs de Paris » digne d’un Center Park de la Périphérie … Pour attirer plus facilement le client, la devanture a été détruite, et l’on accède directement de la rue dans un monde de gadgets et pacotilles, tout est clinquant, brillant, clignotant… S’il paraît difficile – mais ce serait bien utile – de contrôler l’affectation des boutiques, le responsable d’un magasin, gérant ou propriétaire, peut-il vraiment faire tout ce qu’il veut à l’occasion d’un changement de bail ? N’y a-t-il pas un contrôle à prévoir avant travaux, avec des règles à respecter pour les devantures dans des secteurs de grande qualité architecturale ? Une 2ème boutique de même allure s’est installée récemment dans la rue, près de la Seine …

– Au 10 de la rue Mabillon, disparition annoncée du restaurant « historique » Aux Charpentiers… Restaurant qui remonte à 1856, dernier souvenir encore présent du quartier populaire qu’était à l’époque cette partie du 6ème, où se retrouvaient artisans et ouvriers, aux abords du Marché Saint Germain… Il côtoie le Musée du Compagnonnage, où sont exposés des chefs d’oeuvre d’ouvriers charpentiers devenus Compagnons du Tour de France. Au début du XXème siècle, une amitié entre le gérant du restaurant et le responsable du Musée est à l’origine de la décoration du restaurant où sont exposées photos et maquettes, des réalisations des Compagnons, avec un mobilier en bois clair typique des restaurants de cette époque, dont un magnifique bar avec couverture en zinc. Mentionné dans les guides des restaurants de la capitale, il a reçu une clientèle variée, dont intellectuels et politiques, Chirac et Jospin l’ont fréquenté…

 

 

Tous ces souvenirs, tout ce passé va disparaître … Le repreneur compte installer une crêperie, et a fait savoir qu’il n’était pas intéressé par une reprise du décor et du mobilier … Là encore, le pire est à craindre … Néon, plastique, mobilier accrocheur aux couleurs bien vives, et façade dans l’air du temps …

Le maire du 6ème, Jean-Pierre Lecoq, contacté, indique qu’il n’y a pas de possibilité d’intervention, sauf émettre des observations – mais seront-elles de caractère contraignant ? – sur l’aspect de la façade …

Paris perd ses racines, son passé, et il perdra en même temps ses visiteurs …

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