Le Marché Saint-Germain: une longue histoire (6ème)

par Colette de Wiljes

Un Permis de Construire a été déposé en décembre 2013 par la société BANIMMO pour des modifications sur le Marché Saint-Germain, et lorsque cette demande a été connue, les imaginations se sont envolées … Le souvenir de la grande lutte des années 70-90 est revenu aux esprits des riverains et amoureux du quartier historique de Saint Sulpice.

Cet ancien marché se trouve sur l’emplacement, plus étendu à l’époque, de l’ancienne foire Saint-Germain, célèbre dès le Moyen-Age, et créée sur des dépendances de la puissante Abbaye de Saint Germain des Près. Après un grave incendie en 1762, les lieux étaient restés insalubres. Dans le cadre des projets d’embellissement de Paris entrepris par Napoléon, la construction d’un nouveau marché fut décidée par décret en 1811 et sa réalisation fut confiée à l’architecte Jean-Baptiste Blondel.

Celui-ci s’inspira des places publiques italiennes, et proposa la réalisation de 4 galeries entourant un rectangle de 6.900m2. Ces galeries s’ouvraient vers l’extérieur et l’intérieur par 112 arcades en pierre. Une fontaine avec une statue figurant la Paix ornait la cour intérieure. En 1860, à la demande des commerçants, Napoléon III fait couvrir la cour intérieure. Puis se sont rajoutés au fil des ans, l’édification d’une Maison du Livre (1898), et d’une Maison des Examens (1950) qui ont malmené l’unité architecturale de l’ensemble.

« L’Affaire » qui dura 20 ans, démarre en 1970 lorsque la Ville envisage de confier à un promoteur privé la démolition du marché et la construction d’un ensemble immobilier d’envergure. Celui-ci comprenait un marché, sous forme plutôt d’un supermarché, un garage avec station-service, une accumulation d’équipements dont une crèche, une maison pour enfants inadaptés, un centre sportif avec piscine, un club pour personnes âgées … Figuraient également au programme des logements et des bureaux, soit un total de 12.200m2 pour une emprise au sol de 3.900m2. L’ensemble architectural retenu ne conservait que les arcades extérieures et le bâtiment était surmonté d’une superstructure de verre et de métal de 3 étages, sorte de bulle de verre hors d’échelle avec les constructions environnantes.

En janvier 1971 s’était constituée l’Association de Défense du Marché Saint-Germain, qui s’engagea dans la sauvegarde du marché, avec un projet respectant le plan d’origine et accueillant un marché alimentaire et des équipements. Lancement par l’association de pétitions avec signatures de personnalités, avis favorable du Conseil de Paris sur le projet de la Ville et soutien prononcé de Jacques Chirac Premier Ministre, séances orageuses au Sénat sur le sujet, autorisation du Permis de Construire, demande d’annulation par l’association, accordée par le Tribunal administratif et confirmée en Conseil d’État, avis favorable de la Commission des Sites sur un second projet semblable au premier, nouveau recours par l’association, démarrage des travaux, arrêt de ceux-ci, soutien de SOS Paris à l’association … Finalement, un PC beaucoup plus respectueux du bâtiment de J.B. Blondel fut accordé en 1989, et les travaux dureront de 1991 à 1995. Entre temps, le site du marché et ses abords avaient été classés.

Ce nouveau marché Saint Germain a pourtant peu à peu vu sa fréquentation diminuer, ainsi que son chiffre d’affaires… La vaste galerie intérieure couverte et la juxtaposition d’une vingtaine de boutiques donnant sur cette galerie ne serait pas assez visible de l’extérieur, par contre, le marché alimentaire et ses 1.635 m2 ne sont pas remis en cause ….
Le permis déposé récemment prévoit une campagne de ravalement de la façade extérieure et à l’intérieur des arcades, la création d’une aire de livraison au sous-sol, et surtout une restructuration de la galerie marchande. Après éviction des occupants, une redistribution de l’espace se fera autour de 7 commerces de grande taille, ayant un accès direct sur les arcades, avec suppression de la galerie intérieure. Le PC a été accordé le 1er août dernier, avec des réserves. *

Lors d’une réunion de quartier en mai dernier, le maire du 6ème, Jean-Pierre Lecoq, a apporté des précisions sur le projet. L’idée est de faire venir une « enseigne locomotive » qui valorise les lieux. La société BANIMMO a pris des contacts depuis 2 ans avec Apple, et un Apple Store devrait occuper la moitié de la surface commerciale, avec 6 boutiques autour. Ce choix entraîne la suppression des 4 restaurants actuellement en place, et il n’y aurait plus de restauration à l’intérieur du marché. Les travaux devraient commencer en mars 2015 pour une livraison en septembre 2016.

Cette nouvelle étape dans l’aménagement du marché sera-t-elle la bonne ? On peut regretter le choix d’Apple Store comme enseigne phare de ce marché implanté dans un quartier dont la vocation culturelle et artistique est reconnue par tous, et défendue par ses élus. La suppression des restaurants pose aussi question. Ce sont des lieux de convivialité, appréciés des jeunes, qui créent de l’animation, même si les environs ne sont pas dépourvus en ce domaine.

Dans un bulletin publié dans les années 80, en pleine bataille contre la destruction du marché, l’Association de Défense du Marché Saint Germain présentait l’exemple du « Covent Garden Market » à Londres.C’est aussi un marché ancien, dépendant de l’abbaye de Westminster, qui périclite au XVIIIème, jusqu’à ce qu’en 1828, la construction d’un bâtiment en matériaux durables soit confiée à l’architecte Charles Fowler. Ses galeries et ses colonnes lui donnent un air de parenté avec la réalisation de Blondel. L’apport dans les décennies suivantes de  bureaux et d’ajouts divers finit par altérer son aspect et il fut jugé vétuste. Cependant en 1958, il avait été inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques. Après concertation, on décida de conserver le marché tel quel, sans modifier sa structure, en se contentant de le restaurer avec soin. « L’emplacement avait la même importance, la même rareté, le même attrait que celui du marché Saint-Germain : on trouva naturel de refaire d’un marché un marché. On opta seulement contre la solution facile des grandes surfaces pour l’installation de petits commerçants  … À quoi s’ajoutèrent quelques restaurants et pubs. » est-il mentionné dans la brochure. Le succès a été tout de suite au rendez-vous  et le marché est devenu un endroit animé, affairé, rempli d’activités diverses. Ayant eu personnellement l’occasion de le fréquenter en décembre dernier, je ne peux que confirmer  l’attrait de ce « Market ». Souhaitons bonne chance au marché Saint-Germain dans sa nouvelle évolution !

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