Hôtel de Galliffet : une architecture de rupture prévue pour le remplacement de deux ailes

 Par Christine Fabre et Jan Wyers

L’Institut Culturel Italien proclamait fièrement : « Du 13 juin au 30 décembre 2016, l’Institut culturel italien de Paris présente une exposition expérimentale de neuf projets architecturaux qui proposent une reconstitution des deux ailes perdues de l’Hôtel de Galliffet. L’exposition souhaite valoriser l’architecture néoclassique de cet hôtel particulier, haut-lieu de la politique diplomatique européenne depuis la Révolution française et qui appartient à l’Etat italien depuis 1909. Elle tient également à présenter au public l’innovation et l’excellence de l’architecture et du design italien, qui redessinent sans cesse de nouvelles frontières. Le projet permettra de redonner vie à deux ailes de cet hôtel particulier : l’aile Est, incomplète depuis 1950 et qui héberge aujourd’hui les salles des cours de langues, et l’aile Sud, démolie en 1960. Cette dernière, dite aile de Varenne, deviendrait « l’Hôtel d’Italie » : un pôle de production et de promotion du savoir-faire italien, lieu de débats, de résidences et d’accueil pour tous les acteurs et les promoteurs de l’excellence italienne en France ».

La construction projetée dans la cour de l’hôtel de Gallifet

Mais la réalité est tout autre : l’Institut a déjà choisi le gagnant du concours, le bureau d’architectes romains « stARTT », concepteur de la « Cité des Cultures d’Italie ». Ce projet consiste en deux structures modernes, une en face de la colonnade sur la cour de 16 m de haut qui occultera la vue de certains riverains et leur ôtera même toute lumière (ils se trouveraient dans une sorte de cheminée noire !), et une autre de 26 m de haut contre la façade sur jardin de l’hôtel…

D’abord, la loi réglemente la construction des murs devant les fenêtres des gens. Mais surtout, pour ces édifices tout proches d’un monument classé, l’approbation de l’ABF est requise. Nous lui avons déjà signalé l’affaire, même si pour l’instant elle n’est qu’à l’état de projet puisque le financement par l’État italien n’est pas assuré. Mais il vaut mieux s’y prendre tôt…

Nous avons eu quelques déceptions dans nos luttes contre les ambassades (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, Japon…) qui voulaient ajouter des constructions dans les lieux qu’elles occupent, souvent prestigieux et d’une haute valeur patrimoniale, en considérant que l’Etat français n’a pas à intervenir dans leurs propriétés extraterritoriales. Espérons que cette fois-ci nous aurons plus de chance !