Les tours… texte intégral

photomontage JW

 

LES TOURS, UNE MENACE POUR PARIS

 Recueil de textes

 

Une publication de SOS Paris

édition 2014

 

Recueil de textes  (en français et en anglais)

Skyscrapers, a danger to the Paris skyline and heritage.

Collection of writings  (french and english)

Recueil de textes disponible aussi en PDF

 

 SOMMAIRE

Textes par ordre alphabétique (nom de l’auteur)

  • Cyril Bourayne:  L’affaire est empoisonnée !
  • Mary Campbell Gallagher : Can Parisians defeat the towers ?
  •  Jean-Claude Cellier : Pas besoin de tours à Paris, il y a de la place à la Défense !
  • Yves Contassot: Construire des tours à Paris
  • Olga Dobryanskaya : Gagner un combat inégal  contre la tour Gazprom à St-Pétersbourg
  • David Downie : Folly Towering («la tour de l’immonde»)
  • Fabienne Gambiez : Paris inspire sa proche banlieue
  • Harold Hyman : Oser la cristallisation de Paris ?
  • Marie Karel : Projet de tours à Paris, quelle concertation avec les parisiens ?
  • Remi Koltirine : La Tour Triangle, conquérante de l’inutile
  • Corinne LaBalme : And it’s One, Two, Three – what are we building them for ?
  • Bruce Liedstrand : Le point de vue d’un résident
  • Michael W. Mehaffy : The height of Folly?
  • Abdeslam Mernissi : La tour s’inscrit-elle dans une démarche de développement durable ?
  • Olivier de Monicault  : Les tours, fausse solution pour l’avenir de Paris (extrait bulletin 85)
  • Christine Nedelec : Les tours de l’illusion
  • Thierry Paquot : Paris mérite mieux que des tours !
  • Paris.Tower.Free.Fr : Petite histoire de la tour Triangle
  • Leonard Pitt : Paris in Peril
  • Olivier Rigaud : Tours à Paris / Grand Paris : avis «fluctuant» des Partis politiques
  • Nikos Salingaros : Les tours tuent la ville
  • Bertrand Sauzay : La forêt vierge et les tours
  • Steven W. Semes : Save Paris!
  • Danielle Simonnet  : Contre les tours…
  • Gabriele Tagliaventi : La fin de l’âge des gratte-ciel
  • Jan Wyers : La malédiction des tours

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Contre le déménagement du Tribunal dans la tour de la Cité Judiciaire (17ème arrondissement) et pour son maintien dans l’île de la Cité. 

L’affaire est empoisonnée !

Par Cyril Bourayne, avocat au barreau de Paris, président de l’association « La Justice dans la Cité ».

La tour du nouveau Palais de Justice, un gigantesque vaisseau de 160 mètres de hauteur, planté dans la ZAC Clichy-Batignolles, est un immeuble de grande hauteur destiné à engloutir le Tribunal de Grande Instance et les 20 tribunaux d’instance parisiens.

Le ministre de la Justice Monsieur Mercier s’enorgueillissait en 2012 de lancer le chantier le plus coûteux de toute l’histoire du ministère depuis sa naissance, et d’en confier la réalisation à Bouygues en partenariat-public-privé ; mais où est l’exploit à l’heure de la décentralisation, de la mise en réseau des activités judiciaires, de la justice de proximité, du Grenelle de l’environnement et du Plan Paris Climat ? Où sera l’exploit à l’heure de rendre des comptes aux générations qui s’annoncent?

Depuis les années 70 l’architecte Renzo Piano essaime dans le monde des bâtiments et des tours avec un bonheur inégal, ce qui lui vaudra sans doute une place dans l’Histoire. Comme Le Corbusier qui rêvait de bâtir 4 tours de 2 000 mètres au centre de Paris, il voit dans ces grands empilements humains des villes verticales, ouvertes et lumineuses, là où leurs habitants, leurs occupants, souffrent en réalité du confinement de ces espaces clos, aseptisés, ultra-sécurisés, si loin de la Terre. Si l’on veut placer « l’humain » au cœur des préoccupations, si le changement c’est maintenant, prouvons-le autrement qu’en imitant Dubaï.

La communication verticale fonctionne mal, AXA l’a compris en quittant sa tour de la défense. Les grand espaces minéraux et stériles sont peut-être tantôt beaux, parfois séduisants, source de joie pour leur auteurs – généralement des hommes – pouvant contempler leurs œuvres de tous points de la ville.

Mais Paris n’est pas soluble dans l’hyperurbanisation mondiale, la France peut et doit promouvoir d’autres modèles: la croissance doit rimer avec mieux, pas avec plus. Une autre économie est à inventer.

Cette tour, que l’on nous promet de « haute qualité environnementale », sera simplement moins polluante que ses vieilles sœurs de la Défense, mais toujours bien plus énergivore que ce qu’autorisent le Grenelle de l’environnement et le Plan Paris Climat, 50kw/m²/an. Les tours dites « vertes » consomment au moins 5 fois plus, 5 fois trop si l’on veut avoir une chance de se montrer exemplaire… et celle-ci ne fera pas exception à la règle, ce d’autant moins que la fabrication de ses matériaux de construction laissera une lourde empreinte écologique.

Le message de l’Etat ne devrait-il pas être autre chose que « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » ? Il ne sert à rien d’avoir conscience des périls qui menacent notre avenir commun et des blessures infligées à notre biosphère, peut-être déjà mortelles, si nous ne joignons pas les actes à la parole !

Le feu a également gagné nos finances, qui sont le levier du mieux auquel nous aspirons : alors même que plus de 60 millions d’euros de travaux ont été consacrés depuis 7 ans pour la mise aux normes, l’accueil du public, la dématérialisation des procédures, la rénovation de salles d’audience, au sein de l’actuel Palais de justiceîle de la Cité, la dépense qui s’annonce est de près de 3 milliards d’eurosvia un loyer à verser au constructeur pendant 27 années : ce choix est-il envisageable au cœur d’une crise financière sans aucun précédent historique, alors que les possibilités de rénovation, de modernisation et d’extension du Palais historique existent, et que la révolution numérique est en marche ? 

La Cour des Comptes a répondu par avance en 2008, en dénonçant le projet de déménagement et en demandant un nouvel examen: c’est non.

La Justice doit n’engager que les dépenses qui permettront d’améliorer effectivement son fonctionnement, un meilleur accès au juge, des décisions rapides et bien motivées, la promotion des modes alternatifs des litiges, un rapprochement des professions d’avocats et de magistrats, des conditions de travail dignes.

C’est le sens du recours en nullité qu’a initié devant le Tribunal administratif de Paris l’association « La Justice dans la Cité« , composée essentiellement d’avocats, à l’encontre de la décision de déménagement induite par le partenariat public/privé. L’affaire sera plaidée le 16 avril 2013 et fera l’objet d’un jugement dans les semaines qui suivent…

Le transfert aux Batignolles, loin des rives de la Seine où l’on a toujours rendu la justice depuis 20 siècles à Paris est culturellement une aberration et fonctionnellement une coûteuse erreur. Cela n’a pas empêché le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault, de décider au mois de janvier 2013 la poursuite du projet malgré les réserves de la Ministre de la Justice Christiane Taubira qui juge ses conditions financières « irresponsables »… Robert Badinter l’a dit: ce projet est une « absurdité ». Alors pourquoi ne pas suivre avec lui, une fois de plus, la voie de la sagesse?

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Can Parisians defeat the towers?

By Mary Campbell Gallagher (SOS Paris). J.D., Ph. D., American member of SOS Paris, writer and speaker, expert on the bar exam, founder of BarWrite® and BarWrite Press.

Parisians on a rampage have burned down more than one monument in their 2,000-year history, and Napoleon III and his Prefect Baron Haussmann wiped out whole neighborhoods. Yet through divine blessing or sheer luck and skill, by 1870, Haussmann had turned a city of cramped medieval villages into the modern Paris we love, with boulevards stretching to the beautiful Paris sky.

When Edith Piaf sang of that ciel de Paris sky 80 years later, could she have dreamed that politicians might someday want to pierce that low skyline with towers? On July 9, 2008, in fact, the Socialist-dominated Paris City Council created a Parisian’s nightmare when it overturned longstanding height limits and voted to raise them for housing from roughly 10 stories in the center of the city and roughly 12 stories on the periphery, to roughly 15 to 20 stories (50 meters) on the periphery. It approved building tower projects at six of the gates of Paris. Commercial high-rises may now go up to about 55 stories (200 meters), an enormous height in a city of six- and eight-story buildings.

The City Council’s first tower project is as in-your-face as a tower can be. Called Project Triangle, it is the creation of Swiss architects Herzog & de Meuron. This 50-story (180-meter) hotel-and-office building will poke up at the Porte de Versailles in the 15th arrondissement, smack in the line of sight of the 81-story (325 meter) Eiffel Tower.

Next, the City Council wants a 44-story (160 meters) tower for the law courts, in a giant mixed-use development at Clichy-Batignolles in the 17th arrondissement. In his time, president Sarkozy announced a huge multi-faceted plan called “Grand Paris” that he said also required building towers in Paris.

Always full of sensible questions, Edith Piaf might ask: Paris has been a low-rise city for millennia. Why this sudden passion for towers? The answer is money. Developers seek massive profits, and architects seek multi-million-dollar architectural fees. Governments, facing unbalanced budgets in the Great Recession, seek to sell their land to developers and then tax the towers and their corporate tenants, or even to invest in the projects.

We lovers of Paris from overseas may wish to ask a few questions of our own:

Do Parisians want these towers?

No. Polls regularly show that Parisians oppose towers by from 55 to 60 percent. Paris-based preservationist organization SOS Paris has campaigned against the towers. The Paris Green Party EELV, too, has vocally opposed towers, on ecological grounds.

Does Paris need towers to provide more housing, not just offices?

No. Paris may need housing, but high-rises will not solve the housing crisis. Towers mean grassy lawns, and long walks between buildings. But in fact, traditional Parisian blocks with their boxy six- and eight-story buildings, shops, and cafes already make Paris one of the densest capitals in the world. City Hall has revealed that its true interest is not housing, in any event, by capping lodgings at under 20 stories but allowing a corporate building, Project Triangle, to be 50 stories tall.

Has Paris ever built successful towers in the past?

Yes, once. The Eiffel Tower, built in 1889, is successful. But since then, all Parisian high-rises have been aesthetic failures. The Tour Montparnasse, at 51 stories (689 feet, or 210 meters), is visible from everywhere, and everyone hates it. When Paris-based writer Corinne LaBalme listed the ugliest buildings of Paris in Paris Magazine, they were all towers.

If Paris carefully restricts all these towers to the gates of the city, could they be so far from the center of Paris that we won’t even notice them?

No. Stand in central Paris and look west towards the towers of La Défense. They are plainly visible and loom over the Arc de Triomphe. Moreover, La Défense is the same distance from central Paris as the Porte de Versailles, and the average height of the tall buildings at La Défense is under 180 meters, the height of Project Triangle.

Is it true that without towers, Paris will become a museum city like Venice?

No. Paris is hopping with life inside its height limits. Today’s arguments about attracting corporations, needing modernity, and preventing Paris from becoming a museum—realistically the last possible danger—are the same arguments Le Corbusier used to support his notorious 1922-25 Voisin Plan for razing much of the Right Bank and erecting 16 high-rise towers. They are still bad arguments.

So should we just give up on Paris?

No! Never give up! Whether blessed or lucky, Paris has a history not only of wanton destruction, but of heroic rescue. Victor Hugo saved the Cathedral of Notre Dame when the wreckers almost got it. General Dietrich von Choltitz saved Paris against Hitler’s orders to destroy it. André Malraux saved the Marais. Indeed, legend says that in the late winter of A.D. 451, Saint Geneviève, the patron saint of Paris, saved Paris from Attila and the Huns.

What can we do?

The preservationist organization SOS Paris seeks international support for its vigorous campaign against towers. You can join SOS Paris, or make a donation, in euros or dollars, on the web site. Join SOS Paris and help save Paris now!

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Pourquoi de tours de bureaux à Paris puisque le parc immobilier de tours  à La Défense  est sur le point de s’agrandir ?

Par Jean-Claude Cellier, riverain du projet Tour Triangle

Les coûts de construction, d’entretien, de rénovation et de déconstruction des gratte-ciel sont très élevés, tout comme leur location, pour les entreprises et pour les particuliers, sauf peut-être pour les plus aisés. Dans cette période de crise, il n’est pas responsable de continuer à dilapider de l’argent que nous n’avons pas. Paris doit garder son architecture actuelle. La Défense, visible à partir de nombreux points de Paris (ex: la tour Montparnasse) montre ce type d’architecture aux amoureux des tours et aux touristes tout en gardant le caractère spécifique de Paris.

De plus, l’EPADESA, qui a fusionné avec l’EPAD en 2010, va développer les 564 hectares autour de la Défense, pour y mettre quoi ? Des tours. Le maire de Paris et sa première adjointe veulent laisser une trace de leur passage, c’est évident, car enfin, la tour Triangle dans le XV° voudrait accueillir des bureaux afin de libérer des immeubles Haussmanniens pour y construire des logements. Paris a accueilli 110 000 habitants de plus sur un parc immobilier en progression de 24 000 appartements et qu’il y a encore 110 000 logements vacants. La tour Olivier de Serres dans le XV°, mise aux normes de bureaux, est toujours vide, alors que la mairie nous dit depuis de nombreuses années qu’elle va être occupée. Après ce constat, pensez-vous qu’il faille construire maintenant des tours de bureaux sur la commune de Paris ? ma réponse est NON, la preuve, 12 tours en projet dont la livraison s’étale de 2012 à 2016 et sur les années suivantes: Les projets de la Défense.

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Construire des tours à Paris a-t-il un sens ?

Par Yves Contassot, Conseiller de Paris Europe Écologie Les Verts

Si l’on veut sortir d’une position de principe pour ou contre l’architecture verticale symbolisée par la reprise de la construction de tours à Paris, il faut évaluer le plus objectivement possible les conséquences d’un tel choix.

A cet égard il convient de prendre en considération les questions d’emplois, de déplacements, d’impacts environnementaux.

Paris dispose d’un taux d’emploi particulièrement élevé, très supérieur à la population active du territoire parisien. Les tours n’étant prévues que pour des bureaux et jamais pour des logements, le déséquilibre entre Paris et sa banlieue ne ferait que s’accentuer.

Dans le même temps, la pénurie de logements à Paris et dans la première couronne se traduit par un éloignement de plus en plus grand de Paris des familles, avec un étalement urbain qui s’accroit.

Cela génère donc des déplacements « domicile travail » importants se traduisant par des émissions de gaz à effet de serre conséquents. Au plan de la pollution les conséquences sont également très négatives.

Ainsi en quelques années c’est plus de 100 000 personnes supplémentaires qui sont venues travailler à Paris sans pouvoir s’y loger. Tous les jours, un million de salariés traversent le périphérique pour participer à l’enrichissement de Paris à travers leur emploi.

Par ailleurs aucune tour n’a pu être construite à ce jour en respectant les objectifs du plan climat de Paris, objectifs repris dorénavant par la réglementation thermique. Quant à l’énergie nécessaire à la construction d’une tour, elle est très supérieure à celle consommée pour les bâtiments conventionnels,

Enfin au plan urbain, force est de constater que la densité des quartiers de tours est très inférieure à celle des quartiers traditionnels.

En conclusion, les immeubles de grande hauteur favorisent l’étalement urbain, limitent la densité, génèrent des déplacements contraints et sont en contradiction avec les objectifs du plan climat.

Les tours restent le symbole d’un passé révolu, celui de la course au gigantisme, du gâchis énergétique, du délire des élus voulant laisser une trace de leur passage.

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Gagner un combat inégal: étude d’une mobilisation contre la tour Gazprom à Saint-Pétersbourg

Par Olga Dobryanskaya, sociologue, auteur d’une thèse sur la tour Gazprom

En novembre 2005, la compagnie gazière Gazprom et l’Administration de Saint-Pétersbourg ont présenté un projet conjoint pour la construction d’un gratte-ciel de 300 mètres de haut hébergeant le siège de Gazprom à Saint-Pétersbourg, près du centre historique. Et cela en dépit du fait que la hauteur maximale dans cette zone est fixée par la loi à 40 mètres. L’UNESCO a menacé de rayer le centre historique de Saint-Pétersbourg de la Liste du Patrimoine mondial au cas où le gratte-ciel serait construit. Néanmoins, en septembre 2009, la gouverneure de Saint-Pétersbourg a signé un permis de dépassement de la hauteur maximale autorisée pour construire un gratte-ciel de 403 mètres de haut. Le projet Gazprom a provoqué une forte résistance de la part des citoyens. Concrètement, en 2006, un mouvement social pour la conservation du patrimoine, nommé « Ville vivante », a été fondé suite à la décision de construire la tour Gazprom et à la démolition des bâtiments historiques dans le centre-ville. En 2009, un groupe d’initiative, nommé « Non à la tour », est né et s’est joint à « Ville vivante » dans la lutte contre le projet Gazprom.

Plusieurs autres organisations, déjà existantes, se sont pareillement mobilisées contre le projet, y compris la Société panrusse de protection des monuments d’histoire et de culture (VOOPIK), un parti politique, un centre d’expertise, les anciens membres du mouvement pour la conservation du patrimoine des années 1980 et les autres. Les militants ont mené plusieurs centaines d’actions protestataires différentes et initié plusieurs actions en justice afin de forcer les autorités à renoncer au projet de construire la tour à cet endroit. En mai 2010, le Président russe, Dimitri Medvedev, s’est prononcé publiquement pour la première fois sur le projet, en disant qu’il était inadmissible de causer du tort à la réputation de la Russie. En novembre 2010, la gouverneure de la ville, Mme Matvienko, a invité les militants à la table de négociations pour la première fois. Puis, en décembre 2010, elle a annoncé la décision de délocaliser le projet Gazprom, afin d’éviter la tension sociale.

La construction de la tour Gazprom était un projet d’une compagnie gazière géante et extrêmement puissante, contrôlée par l’État. En d’autres termes, les partisans du projet jouissaient de ressources financières énormes, mais aussi de ressources politiques. Ainsi, émerge la question suivante : Alors que les ressources des militants et celles de Gazprom étaient inégales, comment se fait-il que les militants ont réussi à délocaliser le projet de la tour Gazprom ?

La recherche menée pendant plusieurs mois, l’observation participante et les entretiens semi-directifs avec les représentants de différentes associations, ont permis de vérifier les hypothèses suivantes:

• Les actions organisées par les militants visent à attirer l’attention des médias, ce qui leur permet de créer une résonance médiatique.

En effet, les actions protestataires tenues par les militants visaient à créer une résonance médiatique et atteignaient souvent ce but. Par exemple, une des premières actions de « Ville vivante » contre la tour Gazprom a été une action costumée tenue à l’Académie des Beaux-Arts, où l’exposition des projets de la future tour avait lieu. Toutefois, ce n’était pas uniquement grâce à ce type d’actions que la résonance médiatique avait été créée, mais aussi aux actions numériquement importantes que les médias ne pouvaient pas ignorer, telles que les meetings pour la sauvegarde de Saint-Pétersbourg qui réunissaient plusieurs milliers de personnes. Ces deux types d’action ont permis aux militants de percer en partie le blocus informationnel, malgré le fait que les ressources médiatiques de Gazprom et de l’Administration de Saint-Pétersbourg étaient supérieures à celles des militants. Les autres facteurs importants de la médiatisation étaient les nouveaux médias qui sont devenus un espace de parole privilégié pour les militants, les médias internationaux et les procès juridiques qui ont contribué à la publicisation du conflit.

• Le recours au droit oblige l’État à reconnaître les militants.

Malgré le fait que la plupart des procès juridiques ont été perdus par les militants, le recours à cette stratégie a permis d’exercer une pression sur les autorités et de recueillir les documents nécessaires pour le recours aux instances supérieures, y compris la Cour européenne des droits de l’homme. En plus, le recours au droit, notamment l’utilisation du langage du droit et le respect rigoureux de la loi par les militants a obligé les autorités à les reconnaître puis à les convier à la table de négociations. Le fait que les militants exercent leur activité conformément à la loi et ne recourent pas aux actions violentes a également pu augmenter le nombre de participants à leurs actions et contribuer à la couverture bienveillante de leurs actions par les médias.

• La création d’un réseau assure la survie et la continuation de l’activité des militants.

Les associations qui se sont engagées dans le combat contre le projet Gazprom étaient étroitement liées entre elles et certains militants appartenaient en même temps à plusieurs associations, c’est pourquoi on peut considérer que toutes ces associations forment un réseau qui nous permet d’analyser leur activité concertée en faveur d’une cause commune. La création du réseau a fournit les ressources nécessaires pour que les militants puissent exercer leur activité avec succès : les ressources militantes, matérielles, politiques, informationnelles et les ressources d’expertise. En plus, grâce à sa souplesse, une telle forme d’organisation a permis à plusieurs autres personnes d’être mobilisées à un moment donné sans s’engager durablement dans la controverse. Le réseau a également fourni une ressource spécifique qui est l’invulnérabilité relative des militants à la persécution de la part des autorités, dûe au caractère décentralisé du mouvement. À son tour, la capacité de mobiliser toutes ces ressources a rendu possible l’utilisation de différents modes d’action par les militants, tels que l’action juridique, les actions symboliques, mais aussi le lobbying (par les liens avec les députés) et finalement la négociation. Ainsi, la création d’un réseau non seulement assure la continuation de l’activité des militants, mais aussi fournit presque toutes les ressources nécessaires pour son succès.

En plus de ces trois hypothèses, un quatrième facteur a pu jouer un rôle dans la mobilisation. C’est la valeur du patrimoine pour les Pétersbourgeois qui est historiquement liée à l’identité des habitants de la ville. Dans les entretiens, les militants utilisent souvent les métaphores de la guerre quand ils parlent de leur engagement contre le projet Gazprom. Même la notion du blocus (blocus de Leningrad, blocus informationnel) a été empruntée. Ce quatrième facteur peut, en partie, expliquer le nombre plus important de participants aux meetings pour la sauvegarde de la ville qu’aux autres actions protestataires à Saint-Pétersbourg.

Alors, grâce à cette forme, spécifique, de mouvement contestataire, au réseau développé, et aux ressources ainsi mobilisées, les différents modes d’action sont devenus accessibles aux militants et ils ont réussi à porter le problème sur la scène publique et à obliger les autorités à réagir en conséquence.

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La Tour de l’Immonde

Par David Downie, journaliste, auteur du livre: « Paris, Paris: voyage dans la Ville-Lumière » (Paris, Paris : Journey into the City of Light) et plus récemment de « The Other Way: Skeptics Walk the Way of Saint James from Paris to the Pyrenees »

Il y a dix ans, j’ai écrit un roman policier publié à Paris et intitulé « La Tour de l’immonde » (Folly Towering). Son anti-héros est un architecte populaire mais largement détesté, qui veut absolument construire le gratte-ciel le plus haut et le plus ridicule du monde.

Parlons de la vérité qui suit la fiction: il est déprimant pour moi de voir que le Paris d’aujourd’hui surpasse le Paris du roi Mitterrand et sa folie des grandeurs architecturales (dont la quasi-totalité est en-dessous des normes). En fait, nous semblons revenir à la désastreuse ère Pompidou, avec son architecture-objet hideuse qui n’a aucun sens et n’a rien à voir avec Paris. Si ces tours étaient construites dans un désert, ils seraient simplement médiocres ; le fait qu’elles pourraient être érigées à Paris est un crime contre une ville qui n’appartient pas à une clique de politiciens et de constructeurs, mais à l’humanité !

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Tours : Paris inspire sa proche banlieue

Par Fabienne Gambiez, conseillère municipale d’Issy-les-Moulineaux, Mouvement Démocrate

La Ville de Paris n’a malheureusement pas l’exclusivité des projets de construction des « immeubles de grande hauteur». Les communes de la proche banlieue sont aussi inspirées par cette démarche. C’est pourquoi je m’intéresse aux projets de tours portés par la commune d’Issy-les-Moulineaux.

En ce printemps 2013, sur une superficie de 4,25 Km², la municipalité actuelle d’Issy-les-Moulineaux a dans les cartons trois projets de tours : d’abord trois tours de 130 à 190 m de haut au niveau de la ZAC du Pont d’Issy, ensuite un « immeuble de grande hauteur » sur la Zone Guynemer et enfin une autre tour au centre-ville. Et si cela débouchait sur des initiatives originales et novatrices, conçues pour assurer une meilleure qualité de vie à la population… mais aucune garantie de ce type n’est apportée.

En fait, comment sont présentés ces projets de tours à la population ? On lui indique qu’il s’agit de « constituer des gestes architecturaux forts pour l’identité urbaine » et de créer « un point stratégique pour le développement d’activités économiques ». Mais dans la présentation des enjeux et objectifs de ces projets, où est-il fait référence aux riverains, à la qualité de vie de la population, au bien-être dans la cité ?

Et le modèle de tours sur Issy-les-Moulineaux est essentiellement destiné à accueillir des bureaux. Alors que le nombre de Franciliens sans logement ou mal logés est grandissant, ce sont les schémas du siècle dernier qui sont retenus.

D’autre part, compte tenu de la continuité de territoire entre Paris et la petite couronne, on pourrait s’attendre à ce que dans l’intérêt des riverains, dans l’intérêt général, une phase de réelle concertation soit mise en place entre la capitale et les villes de la proche banlieue, pour assurer une vision globale de l’ensemble des projets en matière d’urbanisme. Aujourd’hui ce n’est pas de cas. Pourtant, il est temps que les élus appréhendent globalement les conséquences de l’ensemble de ces aménagements, à la fois sur le plan de l’harmonie urbaine, des déplacements et de la qualité de vie des riverains.

Je pense qu’il est urgent que la priorité soit mise sur une vision globale de la ville. Ces projets de tours ne doivent plus être conçus dans un esprit de concurrence et de surenchères entre élus locaux, comme cela a trop souvent été le cas par le passé. Les citoyens doivent retrouver leur place au centre des projets urbains. C’est leur qualité de vie dans la cité qui doit primer.

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Oser la cristallisation de Paris ?

Par Harold Hyman  (SOS Paris)

« Paris, la plus belle ville du monde » : les parisiens sont habitués à l’entendre. Les étrangers le disent… Les maires successifs le rappelent à toute circonstance… Mais à quoi donc font-ils référence ? Ils vous désigneront tous : les quais de la Seine, le Marais, le Jardin du Luxembourg, les  avenues et boulevards haussmaniens, la Butte Chaumont, l’architecture des édifices, les monuments, les ruelles du Quartier Latin. Ils vont parler de « charme ». Chacun dira sa détestation de la Tour Montparnasse, du front de Beaugrenelle, du quartier des Olympiades, et les exclura tout naturellement du périmètre de ce « Paris, la plus belle ville du monde ». Ces mêmes passeront en silence la Place des Fêtes, la tour Saint-Blaise dans le 20e, la tour Croulebarbe dans le 13e, d’autres masses de grande hauteur — ils n’iront pas dire que ces masses « embellissent » Paris ! Quant à notre « skyline« , elle ne suscite que deux avis : « on aime la Tour Eiffel » et « on est rebutés par la Tour Montparnasse ».

La Skyline de Paris, un paysage unique. Quel effet les gratte-ciel auraient sur lui ?

La Skyline de Paris, un paysage unique. Quel effet les gratte-ciel auraient sur lui ?

Aujourd’hui, la « skyline » (ligne d’horizon) de Paris est menacée par une bonne douzaine de projets de gratte-ciel (ou tours, peu importe le terme choisi) le long du périphérique, comme le souhaitent une partie de nos élus, encouragés par nos architectes et par nos promoteurs. Il est donc temps de se poser la question : doit-on planter ces géants géométriques sur le pourtour de notre ville ? Doit-on sans cesse envahir les espaces aériens dégagés pour y mettre des tours ? Et sans fonction bien définie en plus ? Le besoin est-il vital, ou même, existe-t-il vraiment ?

Une Tour Triangle à la Porte de Versailles, dans l’emprise du Parc des Expositions, gâcherait totalement la vue depuis la plaine de Vanves et depuis les boulevards Victor et Lefèbvre. Certes, on ne s’y pâmait pas d’admiration jusqu’à présent, mais un mastodonte de 180 mètres nous ferait penser chaque jour à la perte de cette vue qui était jusque-là dégagée en partie, grâce aux efforts d’une génération de militants du patrimoine qui s’opposaient déjà à des hauteurs plus modestes proposées à l’époque.

Si une nouvelle tour aussi choquante que la Tour Montparnasse était construite, précurseur d’une bonne douzaine d’autres, une partie de la beauté du « Paris la plus belle ville du monde » serait perdue. Naîtrait alors un nouveau visage pour la ville, sans lien avec Paris que tout le monde aime. Un visage brouillon et pesant.

La notion de la CRISTALLISATION de cette beauté parisienne doit désormais être posée. Lui inventer un contenu, même sommaire, serait  déjà un immense progrès. Il faut oser décider que l’allure générale de Paris ne doit plus changer, que Paris soit cristallisé.

Cela ne signifie pas que  la ville deviendrait un « musée » totalement figé… On pourrait changer l’affectation des édifices, réaménager la circulation, requalifier des HLM, remplir harmonieusement quelques dents creuses, utiliser éventuellement des espaces vides dans la région pour faire de l’architecture expérimentale… Mais on ne devrait plus bâtir tours ou gratte-ciel, monolithes nés d’un logiciel 3D, qui maculeraient le ciel et écraseraient par leurs proportions les quartiers encore charmants.

Il faut oser cristalliser l’image de Paris pour stopper la fuite vers le gigantisme médiocre et irréversible.


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Projets de tours à Paris : quelle concertation avec les parisiens ? 

Par Marie Karel (SOS Paris)

Dans Paris intra-muros, trois projets de tours menacent d’altérer inexorablement sa ‘skyline’ et son paysage urbain : la tour Judiciaire (17e), le Duo (13e) et la Tour Triangle (15e).  À ces projets, il faudra ajouter ceux qui se situent dans des villes de banlieue limitrophes et qui marqueraient la ligne d’horizon de Paris.

Le concept même de la skyline est très récent en France, aussi bien dans la planification urbaine, qu’en matière de protection du patrimoine. À l’heure où plusieurs villes européennes voient monter la contestation et se multiplier les conflits autour de l’impact paysager des tours, cette absence de conceptualisation de la skyline justifie pour l’Agence Nationale de Recherche la mise en place, depuis janvier, d’un programme pour étudier ses enjeux.

 

©Photo Marie Karel

 

Que pensent les parisiens de ces projets ? À part une enquête réalisée par la Mairie de Paris au début du second mandat de Bertrand Delanoë, qui a mis en évidence l’opposition des habitants aux immeubles de grande hauteur, il n’y a jamais eu de véritable sondage. Il reste la voix des associations quand elles s’expriment dans différents contextes et notamment dans le cadre des concertations.

Concernant les ZAC (zones d’aménagement concerté), la mise en place d’une concertation réunissant la municipalité, les associations et d’autres acteurs institutionnels, a été prévue par une charte élaborée par le Ministère de l’environnement en 1996. Cette charte prévoit que l’aménageur doit financer la concertation en prenant en charge un bureau, du personnel, les réunions, les documents, etc, au même titre qu’il finance des études ou des plans d’architectes. Plus tard, la Mairie de Paris a produit de son côté sa propre « charte parisienne de la participation » appelée aussi charte Bouakkaz (du nom de l’adjoint au maire qui en a eu la charge). Ces deux textes n’ont pas valeur de loi.

Le cas de la concertation de la ZAC Paris Rive Gauche dans le 13e est assez exemplaire : lors d’une enquête publique en 1997, grâce à l’intervention de l’architecte Remi Koltirine, inspecteur du projet à l’époque (et plus tard membre de SOS Paris), les associations ont obtenu que la charte de 1996 soit imposée à l’aménageur de façon obligatoire. C’est ainsi que le Comité Permanent de la Concertation réunit depuis, des élus, l’aménageur, des partenaires comme la SNCF, l’Université Paris Diderot, les associations concernées, et les conseils de quartier organisés par la Mairie du 13e. SOS Paris y participe depuis le début et affiche une attitude critique et combative, notamment à l’encontre du projet des tours Duo.

Si dans le secteur de Paris Rive Gauche, l’association a pu compter des combats perdus et d’autres gagnés, concernant le projet de tours elle n’a rien pu obtenir. Au cours des 12 derniers mois, les associations n’ont rien pu faire de plus que de participer au jury du concours pour le choix de l’architecte. SOS Paris n’y a pas pris part. À l’heure actuelle, le permis de construire des tours Duo n’a toujours pas été demandé et une étude supplémentaire de l’aménagement des abords est en cours.

Dans le 17e, la ZAC Clichy Batignolles, créée en 2007, n’a pas suivi l’exemple de la ZAC du 13e. En se basant sur la charte Bouakkaz et en mettant en œuvre la « participation citoyenne » (nuance significative), l’aménageur et la ville ne consultent pas les associations, mais uniquement des individus habitant le secteur. Auxquels se sont ajoutés – fait éloquent – les élèves du primaire dans le cadre de l’opération Villes amies des enfants ! Ici, l’aménageur ne finance que des actions à la gloire du projet : films, expositions, etc, autrement dit des opérations de communication.

Compte tenu du fait que la ZAC inclut sur son territoire un terrain réservé à l’État qui, via l’Établissement Public du Palais de Justice de Paris, réalise le projet très contesté de la tour de la Cité Judiciaire, on peut mesurer l’impact de ce type de concertation qui est loin d’être à la hauteur des enjeux. Aucune voix discordante ne pouvant se faire entendre, la contestation n’a aucune chance. Dans ce contexte, le projet de la tour de la Cité Judiciaire qui contribue à vider le centre de Paris de ses fonctions essentielles, visé d’ailleurs par un recours en nullité intenté par les avocats de La Justice dans la Cité, finit par passer comme un rouleau compresseur. Qui peut sérieusement parler de concertation dans le cas de la ZAC Clichy Batignolles ?

Quant au projet de la Tour Triangle dans le 15e, les données sont bien différentes : s’agissant d’un projet privé, la mise en oeuvre d’une concertation « institutionnalisée » comme dans le cas des ZAC, est impossible. D’où l’intérêt pour les associations d’agir de concert, via le Collectif contre la tour Triangle, étape par étape : le PLU, le permis de construire, etc, tout en organisant des événements et en alertant la presse. Un bras de fer s’est engagé, depuis des années, entre l’entrepreneur et la Mairie qui bénit le projet d’un côté, et les associations de l’autre, rejointes par certains élus (EELV et Modem essentiellement). Pour un résultat qui tiendrait du miracle ? Ou bien, plus certainement, de la conjoncture financière.

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La tour Triangle, conquérante de l’inutile

Par Remi Koltirine, (1958-2012) architecte, éditeur de « Paris Village, ancien inspecteur de la ZAC Paris Rive Gauche, ancien membre de SOS Paris.

Construire en hauteur n’est pas un rêve du XIXe siècle né avec la construction des premiers immeubles de grande hauteur à New-York. Les Egyptiens furent parmi les premiers à vouloir créer des tombeaux facilitant l’accès au ciel pour les défunts qui y reposent. L’aventure se poursuivit avec les Ziggurats qui avaient une réelle dimension religieuse. C’est dans cette lignée que vient la tour de Babel. Dès lors, le pouvoir religieux n’a de cesse de se faire voir de loin en montant le plus haut possible. Les minarets et les clochers d’églises en sont de parfaits exemples. Le pouvoir temporel s’inscrit sur ce même principe pour affirmer sa supériorité et l’on voit monter les tours défensives, les donjons et les beffrois.

C’est dans cette volonté d’affirmation que s’inscrit la construction de Manhattan. Mais le symbole a changé. A l’époque, les États-Unis ne sont pas encore une grande puissance politique et c’est donc la grande puissance économique qui veut se montrer. N’importe quel étranger arrivant par un transatlantique se trouve écrasé par la puissance de cette suprématie. Dans cette même lignée, le très libéral et grand amateur d’architecture moderne, Georges Pompidou, lance le programme de la Défense, la tour Montparnasse et le «renouvellement» de Paris avec Beaugrenelle, la place des Fêtes et les Olympiades. Sauf que nous sommes dans la déification de l’argent où le muezzin et les cloches sont remplacés par les enseignes à l’effigie des banques ou des compagnies d’assurances.

Comment une mairie de gauche peut-elle s’inscrire dans cette volonté d’élever la finance au rang d’un dieu devant être vénéré et pour lequel l’offrande de la hauteur est le signe du plus profond respect ? Le propos est détourné par nos édiles qui se risquent à prétendre que cette tour Triangle n’est pas là pour flatter leur égo mais pour de simples raisons techniques. Les architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron, qui n’ont pas non plus leurs égos dans leur poche, viennent affirmer qu’élever la construction jusqu’à 180 mètres est la seule solution pour placer le programme riche proposé par la ville (5 000 emplois prévus) et le promoteur de l’opération Unibail-Rodamco.

L’argument avancé de la densification pour «vendre» le programme ne résiste pas à l’épreuve des chiffres : L’emprise de la tour est de 35x200m, soit 5 250 m², avec une surface construite de 88 000 m², la densité est effectivement proche de 17. Mais le terrain d’assise nécessaire à cette tour étant de 7 000 m², la densité descend à 12,5. De plus si l’on y ajoute les 8 000 m² de jardin induits, la densité passe sous le seuil de 6, ce qui est bien inférieur à un quartier haussmannien ou à la densité moyenne parisienne de 21, comprenant pourtant nos grands bois de Boulogne et Vincennes (25 sans eux) !

Il serait donc en réalité possible de construire un quartier véritablement urbain avec une surface exploitée supérieure et donc un nombre d’emplois plus important avec un projet sans tour !

Ces architectes osent prétendre que cette tour de «nouvelle génération» sera écologique ! Alors que le concept même de tour est anti écologique.

Pourtant pour des raisons écologiques, l’hôtel et le centre de conférence, trop énergivores, ont été supprimés afin d’atteindre les objectifs fixés par la ville de rester sous la barre des 50 kWh d’énergie primaire par m² par an. Si l’on sait que pour une construction traditionnelle, l’objectif est de s’approcher de 0 voire de passer en énergie positive, force est de constater que cette tour reste, par rapport aux autres solutions possibles et malgré des concessions programmatiques qui n’ont sans doute rien à voir avec l’écologie, extrêmement énergivore.

La tour Triangle est donc en réalité un projet peu dense, extrêmement coûteux pour la collectivité comme le sont toutes les tours, gros consommateurs d’énergie. En tant que simple programme de quartier de ville avec bureaux et commerces, il n’a pas de valeur symbolique. Immeuble de bureaux privé promu par un investisseur privé, il ne répond certainement pas à l’intérêt général.

La tour Triangle est donc purement un objet architectural inutile. Nous n’en voulons pas !

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And it’s One, Two, Three… What are we building ‘em for? 

By Corinne LaBalme, Paris-based journalist, author and screen-writer

Paris – a world-class architectural vamp – has already experimented with intra-muros skyscrapers. The Tour Montparnasse, not the ugliest skyscraper on the planet, blots the landscape  because it’s out of proportion with the city as a whole. However, at the time it was built, even André Malraux figured Paris needed more office space.

Now Paris has two more high-rise office complexes on the drawing board: the Tour Triangle (Swiss architects Hertzog and De Meuron) in the 15th and the Duo Towers (Jean Nouvel) in the 13th.   The twisty façades of the Duo are touted as “fun” and the Triangle architects laud their building’s “classicism” on their website. (No argument:  It’s hard to get more classical than Giza.)

But do “Cute” and “Cheops” factors sell office real estate… especially when fewer people work in offices? In London, business clients are flocking to Renzo Piano’s gigantic Shard like a herd of turtles, and a December 28, 2012 exposé in the Wall Street Journal reported 1.6 million square yards of empty office space in Amsterdam, more than 17% of the city’s total supply. Paris does have a severe housing shortage and there’s so much unused office space in the city that Minister of Housing Cécile Duflot floated plans about requisitioning it for the homeless last October.

La tour Shard à Londres

La tour Shard à Londres

A third tower, the TGI in the 17th, is due to be delivered in 2017. It’s the only project that’s purpose-built to house law courts and magistrates relocated from the Ile de la Cité. Planned in the Sarkozy era, it got the Socialist green-light in January 2013. The current Minister of Justice, Christiane Taubira, appears to be the only official worried about the 2.7 billion euro price-tag.

But many outside the government are worried.  Especially the sizeable group of lawyers (lejusticedanslacité.fr) who don’t think they need a new glass complex and would be content to annex existing office space, a much cheaper solution. The shiny brochure put out in part by Bouygues Batiment (the winner of the construction contract) pushes aesthetic arguments: Just imagine!  6,000 square meters of panoramic views from the courthouse’s three wooded rooftop terraces!

Slight problem: Only Parisians who get arrested will enjoy them.

Can we ask if expensive glass towers with private gardens make the best possible venue for law courts? Why not? Remember that the Bibliothèque François Mitterrand? It was approved, paid for, and built before any one realized that storing literature in glass towers will cook the books. The windows had to be boarded up and the operating costs (AC etc.) are so high that the Senate debated tearing it down four years after the inauguration.

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Le point de vue d’un résident parisien sur les projets des tours à Paris

Par Bruce Liedstrand, urbaniste, membre du CEU (Conseil Européen d’Urbanisme) et de SOS Paris, ancien directeur de planification de villes de Californie.

En tant que résidant d’un quartier haussmannien à proximité du Sacré-Cœur, je demande instamment aux autorités de protéger l’essence même du Paris traditionnel en rejetant les projets de tours proposés au bord du périphérique et dans Paris intra-muros.
J’ai choisi de vivre à Paris parce que cette ville est belle et agréable et me donne un immense plaisir chaque jour, juste à parcourir ses quartiers ordinaires. L’urbanisme haussmannien qui utilise des bâtiments de hauteur moyenne pour  façonner l’espace public en rues étroites et larges boulevards, aboutit à des merveilleuses rues, trottoirs et places… Il permet également une densité de quartier suffisante pour faire vivre de bons cafés, commerces et services au sein d’un périmètre à taille humaine.
La forme haussmannienne permet également la communautarité et la solidarité au sein d’un quartier. Lorsque je referme ma porte cochère sur le trottoir, je suis immédiatement immergé dans la communauté locale de mon quartier. Ce n’est pas seulement vrai pour les habitants de mon immeuble, mais pour tout les gens du quartier.

Je vous en prie, ne laissez pas les tours menacer la solidarité des quartiers parisiens. 
Les trois projets de tours dans le Paris historique sont une erreur majeure qui pourrait endommager gravement la ville historique sans qu’elle en tire profit.  La richesse du patrimoine de Paris est fondée en grande partie sur sa forme haussmannienne.

S’il faut innover, l’innovation doit se faire selon l’urbanisme haussmannien, mais surtout sans l’endommager.  Le Centre Pompidou moderniste trouve sa place lui-même au sein de la forme haussmannienne.

La Bibliothèque Nationale de France par contre est en rupture avec le paysage haussmannien et endommage le quartier et la ville. Une promenade sur l’avenue de France ne donne qu’une envie : tourner au coin de la rue et chercher refuge dans un petit recoin du Paris historique. Je vous en prie, ne répétez pas cette erreur moderniste dans d’autres endroits de la ville.

Au 21ème siècle, nous pouvons enfin nous permettre de comprendre que la forme urbaine moderne, telle que proposée par Le Corbusier et incarnée par ces projets de tours, était une expérimentation ratée, un échec du 20ème siècle qui ne doit pas être répété.

En dépit de leurs nobles objectifs, les théories modernistes n’ont pas réussi à aboutir à une habitabilité humaine dans le monde réel. Cela peut être vérifié en comparant les prix des appartements dans un bâtiment moderne à Paris et dans un immeuble haussmannien. L’haussmannien triomphe parce que le quartier est agréable à vivre, aimable et beau.
Il est compréhensible que les architectes revendiquent le privilège de concevoir un projet sans se sentir limités par le contexte du quartier existant, mais ce serait un sacrilège de permettre que cela se produise dans la belle ville du Paris historique. Si de tels projets devaient être autorisés, ils devraient être situés dans des endroits comme La Défense, en dehors du Paris historique.

Ces projets de tours devraient être évalués principalement pour leur impact sur les gens. Vivre dans une tour de grande hauteur est moins bien, et certainement loin d’être mieux que de vivre dans un quartier haussmannien.

Le concept de la « Tour dans son Parc » abîme le quartier autour de lui et met les commerces de proximité, cafés et services à distance. Il isole les personnes de leurs voisins et nuit à la communauté et à la solidarité. Les projets de tours ne vont pas améliorer la vie des vrais Parisiens qui vivent dans des tours ou ceux qui vivent dans les quartiers avoisinants.
Paris est la ville la plus belle et la plus vivable au monde ! Pour le bénéfice de tous les Parisiens et les gens de partout dans le monde qui viendront la visiter à l’avenir, je vous supplie de préserver le Paris historique et de rejeter les projets de tours proposés. 

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The Height of Folly?

Disturbing evidence of the destruction of Parisian urban heritage

By Michael West Mehaffy, Architect, consultant, researcher, educator and author in resilient urban development – membre du CEUConseil Européen d’Urbanistes)

Modern planning, said the great urbanist Jane Jacobs“seems almost neurotic in its determination to imitate empiric failure and ignore empiric success.”  Perhaps no more egregious example is likely to be found than the current proposals of the City of Paris for a series of tall building projects within the Peripherique – the first that have been allowed since the widely condemned Tour Montparnasse.

The city and the other project boosters have made a series of claims to justify these projects, including the goal of economic development, the need for affordable housing, and the promotion of urban sustainability. To evaluate these claims, the Council for European Urbanism conducted a fact-finding tour, visited the sites of the first three of these towers, interviewed participants, and researched other project issues.  This author was a member of that delegation, and a co-author of the final report (available at http://www.ceunet.org).

We found no evidence for the claims that the projects are needed to add housing in the center, only modest evidence that they will support economic development, and reason to conclude that they may do long-term damage to the economic vitality of the city, given the potential degradation of the historic skyline and the resulting negative impact on the city’s aesthetic coherence and appeal.  We found very little credible evidence that the projects would promote “urban sustainability” – and a number of serious arguments to the contrary.

We also found evidence that the projects might be in violation of Article 6 of the Venice Charter, and risk the city’s status of UNESCO World Heritage Listing (as happened with another canceled tall building project, the Gazprom Tower in St. Petersburg, Russia).

We concluded that these projects likely represent another of a series of disastrous short-term actions to pocket quick economic returns and build status and ego, at the expense of the city’s – and the world’s – most treasured urban heritage.  This damage is no less severe because it is wrapped in the cloak of modernity and advancement – as we pointed out, in light of actual scientific research, it is in fact a retrograde approach to cities.

In particular, the core proposition that such tall buildings are necessary to promote sustainability and avoid urban sprawl is “impossible to sustain,” according to a UK House of Commons fact-finding committee’s conclusions after reviewing the research literature on the subject.  According to the report:  “[Tall buildings] do not necessarily achieve higher densities than mid or low-rise development and in some cases are a less-efficient use of space than alternatives. »

As we have written elsewhere, there is a growing body of research on the troubling drawbacks of tall buildings. Indeed there are significant negative ecological impacts of tall buildings, as well as other negative factors, and the ecological benefits are not as great as is often assumed.  The research shows that negative effects of tall buildings include:

– Increasingly high embodied energy of steel and concrete per floor area, with increasing height

– Relatively inefficient floorplates due to additional egress requirements

– Less efficient ratios of common walls and ceilings to exposed walls/ceilings (compared to a more low-rise, « boxier » multi-family form — as in, say, central Paris)

– Significantly higher exterior exposure to wind and sun, with higher resulting heat gain/loss

– Challenges of operable windows and ventilation effects above about 30 stories

– Diseconomies of vertical construction systems, resulting in higher cost per usable area (not necessarily offset by other economies — these must be examined carefully)

– Limitations of typical lightweight curtain wall assemblies (there are efforts to address this, but many are unproven)

– Challenge of maintenance and repair (in some cases these require high energy and cost)

– Psychological effects on residents — evidence shows there is reason for concern, especially for families with children.

Effects on adjoining properties include:

– Ground wind effects

– Shading issues (especially for other buildings)

-Heat island effects — trapping air and heating it, placing increased demand on cooling equipment

– « Canyon effects » — trapping pollutants, reducing air quality at the street

– Social effects — « vertical gated community » syndrome, social exclusion, lack of activation of the street

-Psychological effects for pedestrians and nearby residents. This depends greatly on the aesthetics of the building, but there is cautionary research.

– Durability of value, and resistance to fashion.  There is research to show that a novel design that falls out of fashion (which history shows is difficult to predict, bot occurs frequently) can significantly degrade the experience of the public realm and the quality of place.  This in turn has a major effect on sustainability, since unfashionable buildings are generally the first to be abandoned and torn down.

Surely one of the saddest forms of marketing fraud is the promise of something that is radically new and better, which in reality is merely shiny and cheap.  The problem comes when what is lost in this ‘con act’ is a priceless and irreplaceable heritage. The history of modern Europe is full of tales of once-beloved landscapes that have been replaced by shiny and admired icons of modernity, which all too quickly have become sterile, tawdry eyesores. It matters not that the promoters have believed their own claims – only that they have proven untrue.

As the citizens of Paris consider their sustainable future, they, like other citizens around the world, should examine these claims very carefully indeed before they trade away an irreplaceable heritage offering immeasurably greater sustainability.

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La tour s’inscrit-elle dans une démarche de développement durable?

Par Abdeslam Mernissi, architecte, vice-président de l’Association des Etudiants Marocains en Architecture

La prise de conscience de l’urgence écologique et la raréfaction des ressources ont touché toutes les sociétés. Ce sursaut de conscience aura sans doute un impact sur notre mode de vie équivalent, voir supérieur, à celui qu’a eu la révolution industrielle au début du XXème siècle. Les architectes figurent parmi les premiers acteurs concernés par la recherche d’une nouvelle relation entre les hommes et la planète. A la diffusion de modèles identiques, d’une architecture universelle ou d’un design international, se substituent le partage d’expériences et de méthodes et une éthique commune. Les objectifs sont identiques, mais les voies sont différentes. Au coeur des problématiques, figurent les villes.

La durabilité dans les villes est donc le nouveau défi, concrétisé depuis le Sommet de la Terre en 1992 à Rio qui a promu l’Agenda 21, et depuis le Sommet des Villes en 1996 à Istanbul qui a promu l’Agenda Habitat. Une urbanisation durable consiste à traiter le développement économique, la justice sociale et la diversité culturelle comme les parties d’un même processus politique, qui vise à satisfaire les besoins des générations actuelles et futures. Elle se doit encore de concilier les actions contre les dégradations environnementales urbaines et les changements d’attitudes dans l’utilisation et la réutilisation des ressources de la terre.

Aujourd’hui, afin de tenter de répondre à ce problème, de nombreux architectes présentent la tour comme la solution miracle. Mais quand est-il réellement ?

Tout d’abord d’un point de vue économique, le coût au mètre carré d’une tour est multiplié par deux ou trois par rapport à un immeuble classique. Les réglementations très strictes en France, au niveau de la sécurité incendie ainsi qu’au niveau des exigences de performance énergétique, favorisent aussi l’augmentation du coût.

Ces coûts de construction élevés ont des conséquences sociales. En effet, au moment où l’immobilier est déjà trop cher, les tours ne seront accessibles qu’à une classe sociale élevée. Les logements sociaux que prônent les entrepreneurs pour favoriser leur construction ne sont alors plus justifiés. L’objectif de vie sociale que réclame la ville durable n’a alors pas lieu d’exister.

D’un point de vue énergétique, les tours sont de vrais gouffres. Par leur grande hauteur, les tours ont une surface de contact avec l’air démultipliée par rapport à des immeubles de 5 à 7 étages, ce qui entraîne une déperdition de chaleur considérable et donc une dépense d’énergie pour chauffer en conséquence. De plus, l’énergie nécessaire au transport de fluides, à la ventilation ou encore les matériaux nécessaires à de tels ouvrages excluent la possibilité d’un bâtiment à consommation d’énergie réduite.

Pour finir, on peut également parler de ces lumières superflues qui restent allumées sans arrêt dans les tours consomment beaucoup d’énergie et nuisent à l’environnement. La pollution lumineuse a notamment des effets néfastes aussi bien sur la faune que sur la flore : les animaux et insectes nocturnes (papillons, chauves-souris, chouettes…) sont perturbés par ces sources de lumière qui les détournent de leur chemin et leurs font perdre leurs repères, conduisant à l’épuisement ou les rendant plus facilement repérables pour leurs prédateurs.

La construction de tours répond-elle à une démarche durable ? Tant que cela n’est pas justifié par un manque d’espace au sol, la réponse parait évidente.

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Les tours, fausse solution pour l’avenir de Paris

Par Olivier de Monicault, président de SOS Paris

Partout dans le monde le développement des grandes villes se heurte à la difficulté  de concilier la conservation du patrimoine ancien et le respect du paysage urbain avec les exigences de la vie moderne. Paris n’échappe pas à ce problème : enfermé dans les limites administratives fixées en 1860, comptant parmi les grandes villes les plus denses du monde et souffrant d’une superficie d’espaces verts par habitant particulièrement faible, Paris manque de terrains constructibles pour édifier logements et équipements collectifs.

Plutôt que de chercher à résoudre ce problème dans le cadre du Grand Paris, la Municipalité a cru trouver une solution en relançant l’idée de la construction de tours. C’est tout d’abord oublier que les parisiens n’en veulent pas : en 2004 Monsieur Delanoe avait adressé aux parisiens un questionnaire à ce sujet. A une question très orientée sur la reprise de la construction d’immeubles de grande hauteur « de haute qualité architecturale » et « bien implantée » 62% des parisiens avaient répondu non ! Ce refus manifestait le désir que le développement de Paris se fasse à l’échelle humaine et dans le respect du Paris qui nous a été légué.

Le retour des tours n’est ni une fatalité, ni une nécessité de la modernité. La capitale des Etats- Unis, Washington, est limitée en hauteur dans sa totalité tout comme le sont Rome et, dans une moindre mesure, New- Delhi. Ces villes seraient sans doute taxées de « non compétitivité » par les tenants de la grande hauteur.

Le débat n’est pas seulement d’ordre esthétique, d’autant plus qu’en la matière il s’agit souvent seulement de question de mode. Mais, si des millions de touristes viennent chaque année visiter Paris  ce n’est pas pour y chercher un succédané de Manhattan.

Depuis quelques décennies, la population parisienne a tendance à diminuer, en raison notamment du coût des logements et de  l’insuffisance de constructions nouvelles accessibles. Les activités artisanales et industrielles ainsi que le petit commerce ont été chassés par les bureaux. Paris se transforme progressivement en ville- dortoir de luxe, en ville administrative de prestige et en site à vocation touristique.

Mais les tours d’habitation n’apportent aucune solution à cette évolution, le coût de construction et les charges d’entretien les condamnant à devenir, sauf subvention massive, des immeubles de luxe. Par ailleurs l’expérience en banlieue d’immeubles de grande hauteur à caractère social est, c’et le moins qu’on puisse dire, un cuisant échec. Mais les tours dont il est aujourd’hui question à Paris (Duo à Masséna, Cité Judiciaire à Batignolles et Tout Triangle) sont pour l’essentiel des tours de bureaux ou d’hôtels et non pas des logements. Leur desserte pas les transports en commun est tout à fait insuffisante.

Ce n’est pas en plantant quelque végétation sur les tours ou sur leurs abords qu’on les rend écologiques. Les tours sont  de grandes consommatrices d’énergie par leur principe même. D’autre part  l’expérience a prouvé que les tours sont un héritage empoisonné pour les générations futures car elles nécessitent une remise aux normes ou une destruction au bout de quarante ans.

La modernité ne passe pas par la destruction du bâti ancien dont les qualités de construction, d’isolation, d’habitabilité, d’humanité ne sont plus à démontrer. Etre moderne à Paris, ce n’est pas promouvoir une architecture de rupture (dans le cas présent des tours aux formes « audacieuses ») , ce n’est pas  construire n’importe quoi n’importe où, même si l’on se retranche derrière la notoriété de grands architectes.

Il n’est, bien sûr, pas question de défendre le « pastiche » mais toute architecture contemporaine –et ce n’est pas le cas des tours- doit s’intégrer harmonieusement dans le bâti existant et dans le paysage parisien et avoir pour premier souci la qualité de vie et la dimension humaine.

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Les tours de l’illusion

Par Christine Nedelec, Secrétaire Générale Adjointe de SOS Paris

Illusion d’espace, de modernité, de grandeur

Tours de passe-passe, Passe-droit de permis, de terrain, de hauteur

Les tours et pieds de tours : éternel retour à terre

Au pied des tours, les vents tourbillonnent, les espaces s’enroulent et désarçonnent le passant qui s’attarde et s’étonne du vide qui l’environne.

Au pied des tours le béton gangrène, la grisaille se déploie et déchaine sa désolante modernité fracassée, le temps est passé et n’a pas su l’épargner

Tour Montparnasse si chèrement rénovée, tours du 13e vilainement délaissées, tours d’ici et d’ailleurs pérennisées, on ne peut plus vous détruire, exorbitants sont les coûts et ils n’ont pas été comptés, ils reviennent à la collectivité qui n’a demandé qu’un peu d’humanité.

Les tours ne sont pas aimées, elles sont même rejetées, mais à la Mairie on en fait des égéries, comment lutter ?

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Paris mérite mieux que des tours!

Par Thierry Paquot, philosophe, auteur de « La Folie des Hauteurs », professeur à l’Institut d’Urbanisme de Paris et à l’UPEC (Université Paris-Est Créteil)

La tour est un symbole des pouvoirs économique et médiatique depuis sa naissance aux États-Unis à la fin du XIX siècle. Elle vient écraser ses voisins de son gigantisme coûteux et de son ombre agressive. Elle hiérarchise verticalement les statuts et les activités, plaçant au sommet les vastes bureaux des super-décideurs ou les suites luxueuses des palaces pour les maîtres du monde !

Dès son apparition elle participe à « l’américanisation » du monde comme on l’écrivait déjà en 1900 et Paris, qui ne possédait qu’une tour inutile édifiée pour commémorer une révolution aux idéaux oubliés depuis, va les voir se multiplier au cours des « Trente Glorieuses », période justement de modernisation du pays à la sauce américaine : banlieues pavillonnaires, autoroutes, centres commerciaux et tours, car le gratte-ciel, icône du « centre d’affaires », va avec « l’étalement urbain », ces deux formes d’urbanisation appartiennent à la même logique, c’est dire si le prétexte de restreindre l’extension de la ville en construisant des tours, soudainement dotées de la vertu de favoriser la densité, s’avère bien dérisoire…

Il faut bien avouer que les tours parisiennes ne sont pas des réussites (Front de Seine, Olympiades, Flandre, Bagnolet, tour Montparnasse, tour Pleyel, La Défense, Issy-Boulogne, etc.) aussi les partisans actuels affirment que cette fois-ci, les tours seront « mixtes », « belles », « écologiques » ! Ils nous prennent pour des imbéciles. Depuis très longtemps l’objet architectural « tour » adopte un programme d’activités diverses (bureaux, magasins, restaurants, hôtels, services publics, équipements sportifs, appartements, etc.), en cela la prétendue innovation que serait la « mixité » n’est qu’un vieux truc n’ayant en rien démontré ses qualités urbaines. Car c’est là que le bât blesse : une tour ne « fait pas ville », elle est au mieux une mini-ville homogène en hauteur, desservie par une batterie d’ascenseurs, refermée sur elle-même, vidéosurveillée, ségréguée. N’importe quelle tour peut se transformer rapidement en une gated community verticale, c’est même son destin dans de nombreuses mégalopoles (Sao Paulo, Mumbaï, Jakarta, Dubaï,…). Au sol, la tour ne s’intègre pas au réseau viaire, elle représente une rupture avec la continuité urbaine, et comme heureusement la règle du prospect interdit la mitoyenneté entre les tours, un « vide » sans qualité s’impose. L’urbanité d’une ville repose sur le jeu raffiné entre le bâti, les parcs et jardins et les voies de circulation, qu’on appelle depuis quelques décennies « les espaces publics », même si certains sont « collectifs » et d’autres « privés »…

À Paris, les projets de tours (Palais de Justice, Triangle, Seine-Rive Gauche, etc.) ne dialoguent aucunement avec leur environnement, elles soliloquent. Je ne parle pas ici de leur esthétique (les « goûts et les couleurs »…), même si imposer aux passants et aux habitants ces masses sans grâce me paraît relevé du sado-masochisme. Je laisse de côté également le montage public/privé à l’avantage du privé. Et l’écologie direz-vous ? Une tour modifie les conditions de nidification des oiseaux dans les arbres des avenues et des parcs voisins, elle provoque des tourbillons lorsque le vent se manifeste, elle met dans l’ombre les bâtiments plus petits et désorganise les divers écosystèmes que sa seule présence perturbe. La consommation énergétique nécessaire à la production des matériaux indispensables à sa construction (aciers et vitrages spéciaux) est beaucoup plus élevée que celle réclamée pour des briques, du bois, des pierres… Aussi un mètre carré d’une tour coûte plus cher qu’un mètre de carré d’un immeuble de quelques étages (on parle de 20%). Une fois mise en service la tour s’affirme énergivore (ventilation, chauffage, éclairage, circulation,…) et en l’état actuel des savoir-faire il est inconcevable qu’elle puisse se conformer à la norme de 50kWh/m2/an évoquée lors du Grenelle de l’environnement, la consommation d’énergie primaire d’une tour expérimentale exige dix fois plus, alors pour une tour lambda ! Et puis, lorsqu’elle sera usée, comment la recycler ? Le pourra-t-on ? À quel prix ? Ces structures insensées seront comme ces inutiles blockhaus qui encombrent certaines plages, traces violentes d’une guerre menée par es humains contre d’autres humains…

Si Paris est encore une des premières destinations touristiques mondiales, c’est pour son passé pittoresque, son présent créatif et récréatif, la diversité de ses ambiances, la spécificité de ses architectures, la présence de la Seine, l’enchantement de situations imprévues qui surgissent sans qu’on sache pourquoi. On ne viendra pas à Paris pour photographier le même skyline que dans les mégalopoles sans âme ! On ne viendra pas à Paris pour admirer des tours élevées à la gloire d’un capitalisme qui casse des emplois, rend précaire le salariat et la mobilité professionnelle, s’octroie des profits indécents, rêve de transformer chacun en un consommateur obéissant aux publicités qu’il projette sr les façades-écrans de ses gratte-ciel !

Comme l’écrivait Gaston Bachelard, l’être humain est vertical, car il se lève dès le réveil, mais il n’est pas obnubilé par la hauteur, il réclame de l’attention, du ménagement, de la reconnaissance. Pour cela, il lui faut des paysages variés qui lui offrent une climatique à sa taille, celle propice à la rêverie d’une part, et favorable aux quatre éléments et aux six sens d’autre part. La tour n’a ni cave ni grenier, elle ignore nous dit le philosophe de la Poétique de l’espace « les drames d’univers », elle s’avère impersonnelle, rigide et insensible. Paris mérite mieux !

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Le Projet Tour Triangle (petite histoire de la tour Triangle)

Pour libérer Paris des tours inutiles, 

par l’équipe de Paris.tower.free.fr

La construction d’une Tour résulte d’une volonté et d’un désir. Volonté affirmée de l’équipe municipale et celle plus discrète d’un grand groupe financier, désir de monumentalité, gage de modernisme, et de réélection d’une part, désir de retour sur investissement d’autre part.

Il faut aussi une justification, un but, une mission, le développement économique, les emplois, la création d’espace public, de centre de congrès et d’hôtel, pour les édiles, des bureaux à louer pour l’opérateur. Il faut aussi que ce projet ne coûte rien, ce qui montre sa valeur, c’est-à-dire : pas de coût de foncier, pas d’investissement. Pour la Ville, trouver ou créer du foncier disponible là où il n’y en a pas, et ne pas financer l’ouvrage ; pour l’opérateur privé, ne pas acheter le terrain mais se voir attribuer une option d’achat transférable, d’un bout de terrain au plus près des transports appartenant à la Ville, assurance d’une éventuelle plus-value à la revente et d’un financement bancaire plus aisé.

Pour le panache, un attelage d’architectes de renom international qui vont faire de leur mieux, dans un programme contraint de toutes parts. Concevoir l’objet sur une surface réduite, l’aplatir pour éviter sa vue depuis le centre de Paris, le tailler en triangle pour s’inspirer des règles de prospect et d’ensoleillement, tout en crevant le plafond du PLU, narguer la Tour Montparnasse à 210m pour être présentée, moins arrogante, étêtée à 180 m et transparente dans des vidéos qui se veulent époustouflantes.

Volonté de modeler la ville au mépris d’une gestion patrimoniale des espaces restants consacrés à une fonction vitale de foires et expositions au milieu de la ville, intégration verticale, d’opérateur de parc d’exposition et d’organisateur de salons, intégration horizontale de multiples parcs d’expositions et centres de congrès en Île de France au point de monopoliser l’offre, gage de rentabilité financière pour les actionnaires… mais où est l’intérêt général pour les habitants, les sous- traitants, les utilisateurs, exposants et visiteurs de salons ?

Finalement le projet ne peut plus accueillir ni le centre de congrès ni l’hôtel que la CCI fait encore aujourd’hui semblant de croire intégré au projet. Le projet de bureaux dans l’Ouest de Paris où leur accroissement n’est pas encouragé est maintenu, la Ville se portant garante du non accroissement global, ne créant ainsi aucun emploi.

Le découpage du terrain exigé pour les raisons vues ci-dessus nécessite une négociation avec l’exploitant de la concession actuelle du Parc des expositions.

Faute d’accord peut-être, et faute de pouvoir investir sûrement, la Ville espère par une dénonciation anticipée et remplacement par un contrat de type différent à très long terme, créer des ressources supplémentaires pour une modernisation du Parc des expositions.

Le Centre de Congrès International et l’hôtel refont surface dans un projet séparé non défini, sans plan d’ensemble, et sans possibilité de connaître les interlocuteurs concernés et leurs intentions!

Pourquoi ne procède-t-on pas à un concours international d’architectes pour un projet global d’architecture adaptée à la fonction, qui si elle permet des formes originales comme le CNIT où le Grand Palais, analogues à l’Opéra de Sydney, ne nécessite pas la construction de tours.

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We’ll always have Paris. Or will we?

By Leonard Pitt, author of “Promenades dans le Paris Disparu” (Walks Through Lost Paris) and “Paris, un Voyage dans le Temps” (Paris, A Journey Through Time).

The future of Paris is in peril. For as long as people can remember the skyline of the city has been of human scale: low, soft, welcoming. But Mayor Delanoë has plans. He wants to build skyscrapers.

This was tried once before in 1973 when the 59 story Maine-Montparnasse tower was completed. Parisians recoiled in shock at this blight on the skyline and new height limits for building in Paris were established to prevent the violation from happening again. But Mayor Delanoë overturned those height limits in 2008. One of his arguments was to resolve the housing crisis but that was only a ruse. None of these skyscrapers or future skyscrapers will ever house anybody. They are too expensive to build and are only for offices.

What then is the real reason beyond this epochal change? French insecurity about their place in the world. This is an old story. Walter Benjamin wrote that Paris was the capitol of the 19th century. And he was right. The French invented Modern art, the motion picture and still photography. Paris fashion represented the apex of “La Mode” and dictated what clothing designs women wore around the world. The French Colonial Empire was in expansion and the French language was supreme in the world, the language of love and diplomacy.

But by the 1960s French dominance was on the wane. In an attempt to restore their standing in the world, President Pompidou razed the central market, Les Halles, and wanted to fill the site with gleaming towers of steel and glass to create a financial center, not just for France but for all of Europe in order to make the Paris one more link in a chain of financial centers around the world along with Hong Kong, London and New York.

Pompidou died in 1974 and his successor, Giscard d’Estaing, more mindful of the unique nature of his capital, made sure that no new construction would rise above the buildings around it. While this was a move for the better the rebuilding of Les Halles into a glass and steel shopping complex was universally recognized as a disaster of urban planning. If anything, this should have made it clear how difficult it is to insert modernity into an urban fabric as richly historic and beautiful as Paris.

This same insecurity drives the present move to build skyscrapers. Paris’s 2006 loss in its bid for the World Olympics was crucial. That was a devastating blow to Paris prestige. It is no accident that Delanoë managed to overturn height limits two years later in 2008.

While a majority of Parisians are against skyscrapers, many like the idea. An editorial in Le Monde from April, 2012 entitled, Let the Skyscrapers Grow in Paris argued that Paris risks becoming frozen, a Ville-Musée (City-Museum), and needs to show that it can reinvent itself in the 21st century in order to remain competitive with other world capitals.

It is the fate of Paris that it carries the burden of its beauty. And it is that beauty that poses a challenge to architects and urbanists that is rarely if ever addressed.

Paris offers an urban environment that is supremely satisfying. Walking its wide boulevards and narrow streets we experience a sense of well-being. We pass building after building, most that we never enter, yet we feel good in their presence. We never walk Paris streets and ask, “Couldn’t they do better?” This is as good as it gets. The question then stands: is it possible within the idiom of modern architectural design to create an urban environment that is as compelling, that provides the same feeling of satisfaction and elicits an irrepressible desire to return? It is questionable.

Paris has many examples of modernity that do not live up to the Paris we know and love. Maine-Montparnasse and Les Halles aside, lesser known failures are the Front de Seine quarter in the 15th arrondissement and Les Olympiades in the 13th. Both of these have been cited by the Mayor as errors of the past that will not be repeated in his new skyscrapers because now they will use “good architects who will do beautiful buildings.”

There is actually much more modern in Paris than most people realize.

Fortunately this modern is not so high as to intrude on the skyline. But the projects the Mayor is promoting today will change all that. They are much taller. And they are just the beginning. Vice-Mayor Anne Hidalgo has promised that more will follow.

Some who favor the Mayor’s projects say that because they are at the city’s edge they pose no threat to the city as a whole. But look at the bigger picture. With height limits gone, the burning question becomes what will Paris look like 50 or 100 years from now? Central Paris is protected and will remain picture perfect, but beyond this anything is possible. The likelihood to fear is that one day people driving into Paris will pass signs with arrows pointing towards “Centre Historique” and central Paris will sit at the bottom of a bucket surrounded by very tall buildings.

If the Mayor wants to restore a luster that he thinks Paris has lost, skyscrapers are not the way. They are outmoded symbols of power and wealth and will do nothing to promote the ambiance of creativity and innovation the Mayor desires. Look at Silicon Valley, one of the most creative spots in the world today. There is not a single skyscraper. Very tall buildings, rather than promoting creativity through an interaction and connection between people instead promote isolation and in fact stifle creativity. It is no accident that the new headquarters for Apple will be a low structure.

Architecture as a symbol is an old story. The earliest skyscrapers built in America stood as potent symbols of the country’s emerging power. But the country was a dynamic economy exploding with growth and those skyscrapers made sense for their time. Not only that, but they were beautiful and stand today as architectural gems of their age.

Mayor Delanoë wants to build skyscrapers hoping that their symbolic value will signify Paris as a center of innovation and magically draw people. Build and they will come. This is risky business. Firstly, the dynamic growth that propelled the earliest skyscrapers in the US is absent in Paris. Secondly, skyscrapers at the edge of Paris, no matter how modern, will have little draw. Thirdly, there is an innate problem with modern. New gets old while old gets better. Paris illustrates this perfectly well. Skyscrapers in Paris will be the construction of future obsolescence, and rather than creating an exuberance they will cast a pall over the whole city.

In the end, the only thing that matters with any addition to a city is whether the addition enhances our experience of being there or subtracts from it? Does anyone think that skyscrapers are going to enrich our experience of Paris?

Paris, Ville-Musée is in reality Paris, Ville-Bijou, Paris the city-jewel. The present skyline is an inherent part of that jewel and must remain so.

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Projets de tours à Paris / Grand Paris : avis «fluctuant» des partis politiques

Par Olivier Rigaud, vice-président de l’association  « Jeunes parisiens de Paris »

Les Tours dans les villes… il suffit parfois de quelques kilomètres de distance, pour qu’un même parti politique change radicalement de position. Un exemple ? Celui du Parti Socialiste (PS) d’Issy-les-Moulineaux (92130) dont l’avis diverge, c’est le moins que l’on puisse dire, avec celui de la Municipalité PS de Paris.

A propos des 3 tours en projet à Issy-les-Moulineaux, que disent les Socialistes de cette ville qui jouxte la Capitale ?  (extraits de l’article publié le 06/12/2011 par le Parti Socialiste d’Issy-les-Moulineaux) :

« … Le projet de tours au Pont d’Issy est démesuré, déséquilibré, inutilement provocateur en temps de crise et irréalisable. Qu’on en juge trois tours de 170, 178 et 188 mètres sont prévues, regroupant 230 000 m2 de bureaux et 13 500 m2 de logements. D’où vient cette mégalomanie, cette ivresse des cîmes (sic) qui laisse la bride sur le cou aux promoteurs ? …

… En 2007, le premier projet prévoyait 120 000 m2 de bureaux et 40 000 m2 de logements. Quatre ans plus tard, les bureaux ont doublé et les logements ont fondu alors qu’il faudra bien construire plus de logement. Tout ça sans l’ombre d’une concertation ! 10 700 emplois y sont prévus, 2 500 voitures supplémentaires. C’est thrombose garantie dans les transports et sur les routes.

Une tour, on le sait, n’est pas écolo, elle coûte et pollue plus en construction comme en fonctionnement, se rentabilisant avec des bureaux et des logements de luxe. Elle est rapidement obsolète.

Il faut retrouver la raison et le sens urbain que nous voulons donner à notre ville. Proposer un vrai projet pour tous, largement débattu dans une réflexion sereine et une concertation permanente… »

Cette prise de position est en totale contradiction avec celle de la Municipalité PS de Paris qui est favorable à la construction d’Immeubles de Grandes Hauteurs (IGH < à 180 mètres de haut) dans la Capitale.

Des exemples pour les plus septiques ? :

Le projet Tour Triangle à Paris 15e (une tour de bureaux de 180 mètres de haut ), le projet des Tours Duo à Paris 13e

Pourquoi de telles divergences d’un même Parti politique dans deux villes limitrophes ?

Ces contradictions des plus surprenantes laissent à penser que la « tour » est avant tout un symbole politique… un moyen de communication… pour les Elus en place.

NB :

– à Issy-les-Moulineaux, le PS fait partie de l’opposition municipale

– à Paris, le PS détient la majorité municipale et par conséquent, le pouvoir exécutif en matière d’Urbanisme.

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Les tours tuent la ville

Par Nikos A. Salingaros

Professeur de mathématiques à l’Université du Texas à San Antonio (Texas) et éminent urbaniste et théoricien de l’architecture.

En 2004, j’ai déclaré à la revue française « Sciences et Avenir » au sujet des nouveaux immeubles de grande hauteur à Paris : « Ce serait comme si on avait jeté une bombe à Paris. Le tissu urbain de cette ville splendide a gardé une dimension humaine et elle a atteint son maximum en termes de capacité d’accueil, de circulation de véhicules, et de lignes de métro. Si l’on encourage une concentration excessive au-delà de cette limite avec la construction de tours, ce sera catastrophique. » Une décennie plus tard, le lobby de tours a persévéré et l’a finalement remporté. Les parisiens n’ont pas pu comprendre que la construction d’immeubles de grande hauteur est une expérience ratée. Les mégapoles congestionnées de pays en développement ont vu leur situation s’empirer par la construction de tours. Ces villes sont passées, sans réfléchir, d’un état d’agglomération congestionnée supportable, à celui d’un cauchemardesque dysfonctionnement, insoutenable.

La raison d’être essentielle des tours dans la planification d’une ville est absolument négative. Il faut couper court à la propagande qui les présente comme l’image culte d’une vraie adoration, à savoir des totems de verre géants que les gens ont appris à substituer à des symboles religieux. Si c’était la seule raison pour laquelle les tours sont encouragées, nous pouvions les ignorer tout comme nous ignorons d’autres cultes religieux, assez limites et souvent dangereux, en marge de la société. Mais malheureusement, le culte des tours est soutenu par d’énormes intérêts d’argent et par la folie des grandeurs de politiques.

Aussi, ils sont les principaux responsables de la hausse vertigineuse des prix des terrains. Si vous pouvez remplacer un vieil immeuble à six étages de Paris haussmannien par une tour de cent étages, vous allez multiplier plusieurs fois le prix de l’immobilier. C’est un arrêt de mort pour le tissu urbain à échelle humaine.

Une tour a un effet destructeur parce qu’elle a besoin d’être «alimentée» d’une grande quantité d’énergie, et réclame une concentration excessive de services et des transports dans son voisinage. Partout où les gratte-ciel sont implantés, ils étouffent la ville en absorbant les ressources en provenance d’une zone énorme aux alentours.

En outre, les immeubles de grande hauteur ne sont pas sécurisés contre les incendies, les tremblements de terre, et les attaques terroristes. J’ai lu des explications fantaisistes rédigées par des entreprises de construction et des cabinets d’architectes sur la sécurité concernant des projets de nouvelles tours, mais cela ne change rien au fait que les risques augmentent avec le nombre d’étages de façon exponentielle. En cas d’incendie, l’évacuation devient difficile dès que le bâtiment a plus de dix étages. Malgré les systèmes sophistiqués de contrôle de feu, nous n’améliorerons jamais la capacité des hommes à descendre un escalier. En ce qui concerne les tremblements de terre, plus haute est la tour, plus elle a besoin de systèmes antisismiques poussés et très onéreux.

Un autre faux argument avancé pour la construction de tours, c’est qu’il serait essentiel pour les grandes entreprises de réunir tous leurs employés sur le même site. Cependant, dans la majorité des cas, les personnes qui travaillent ou vivent dans une tour n’ont aucune raison d’être regroupées. Ils appartiennent à des sociétés différentes et sans lien, ou il n’y a nul besoin de contact direct entre les salariés d’une même entreprise. Les gens dans un gratte-ciel communiquent principalement avec des personnes extérieures à ce bâtiment.

L’empilement vertical des étages est l’antithèse même d’un système complexe dans lequel tous les éléments interagissent entre eux. Il ne s’agit que de l’ego d’architectes et de politiques au détriment de la ville historique et vivante, construite à l’échelle humaine.

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La foret vierge et les tours

Par Bertrand Sauzay, ngénieur civil des Ponts et Chaussée, ancien directeur des affaires immobilières mondiales du groupe Alcatel Président de l’association ADAHPE*, membre du Collectif contre la Tour Triangle.*Association pour le Développement et l’Aménagement Harmonieux du Parc des Expositions et de ses environs

Le XXe siècle a été celui du progrès scientifique et technique qui a permis un développement économique des sociétés occidentales sans précédent. Ce fut aussi celui de la toute-puissance du « marché » qui a poussé à la globalisation de l’économie et à ce qu’on appelle aujourd’hui « la mondialisation ».

Celle-ci a permis la création rapide de richesses en diverses régions du monde, mais a entraîné des modifications rapides et non contrôlées des conditions de vie de centaines de milliers d’hommes.

Au XXe siècle, l’Homme, tout puissant, a conquis la planète.

Le XXIe siècle s’avère être celui où l’Homme commence à douter de sa capacité à prendre les bonnes décisions pour son propre avenir et celui de ses enfants. La « Technoscience » lui a offert des moyens fantastiques de modification de son environnement naturel et même de lui-même : la maîtrise de l’atome et les cellules souches en sont deux exemples.

Il ne s’agit plus d’adapter la nature à nos besoins et nos envies.

Il ne faut plus être un « conquistador » défrichant la forêt pour construire une route, il faut devenir un « indien d’Amazonie à l’écoute de la forêt vierge » et de ses occupants !

Quelles conséquences pour l’urbanisme et l’architecture:

Il faut densifier les Villes afin de rentabiliser les infrastructures et ne pas consommer trop d’espace en périphérie.

Il faut prévoir de nouveaux lieux de vie pour les populations à venir, car nous continuerons à faire des enfants.

Il faut construire à moindre coût.

Il faut construire des bâtiments à énergie positive.

Il faut s’habituer à diminuer nos consommations de tout type, eau, énergie, emballage….

La tentation la plus immédiate qui vient à l’esprit est de construire des tours de logements ou de bureaux.

Pourtant la preuve a été faite qu’un urbanisme de tour n’est pas plus dense qu’un urbanisme de blocs.

De plus, la Tour est un bâtiment qui présente un bilan « carbone » à la construction, à l’exploitation et à la démolition qui est l’un des pires qui soient.
Exemple de ce qu’il ne faut plus jamais faire, la tour TRIANGLE, prévue à la Porte de Versailles :

Le gros avantage des tours, c’est d’avoir une petite surface de toiture par rapport aux surfaces abritées : exemple la tour Montparnasse. C’est un avantage, car l’apport solaire, le jour, étant  maximal quand le soleil est proche du zénith, il y a moins d’énergie à évacuer.

Pour la tour Triangle, la toiture est la même que celle d’un immeuble de la longueur de sa base ! Cet avantage n’existe donc pas.

Pour la stabilité au vent et aux secousses sismiques il est important que la structure même de la tour soit un rectangle ou un carré, un ovale à la rigueur. Les efforts de renversement entraînent un arrachement des fondations du côté du vent et une compression forte sur les fondations du côté opposé.
La tour TRIANGLE, de par sa forme, est une voile de bateau posée par terre. Sa structure, à l’intérieur du noyau central, devra être calculée comme un mât de bateau qui devra se prolonger comme une quille très profonde pour résister aux efforts qu’elle devra encaisser.

Cela nécessitera des tonnes de béton, bien plus qu’avec une forme classique de tour carrée ou rectangulaire. La construction aura une empreinte Carbone importante.

La tour TRIANGLE sera transparente, promet le promoteur. Les verres modernes de façade présentent un facteur solaire intéressant. (Une partie des photons solaires sont réfléchis par le verre.) Mais cela n’est pas suffisant pour protéger les façades Ouest et Sud, il fait trop chaud dans la tour. Il faut mettre de la climatisation ; ou mettre une 2ème paroi ; ou mettre des brise-soleil. Elle ne sera pas transparente. Le promoteur ment.

De même il ment quand il affirme que la tour TRIANGLE respectera le Plan Climat de la Ville de Paris : moins de 50 kwh (énergie primaire)/m²/an.

Ou alors elle sera aveugle, il y aura des petites éoliennes à chaque fenêtre, les occupants monteront à pied par les escaliers de secours, il y aura des panneaux solaires orientables automatiquement qui coûteront si cher qu’ils ne seront pas réparés en cas d’avarie. (Exemple : la fameuse façade de l’Institut du Monde Arabe dont l’architecte était si fier. Plus rien ne fonctionne aujourd’hui), etc….

La tour TRIANGLE, jamais, jamais plus !

Que vive Paris sans ces futures friches que seront les tours !

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Save Paris!

By Steven W. Semes, Associate Professor in the School of Architecture at the University of Notre Dame (USA) and the author of The Future of the Past: A Conservation Ethic for Architecture, Urbanism, and Historic Preservation (2009).

The arguments advanced by the champions of tall buildings are always the same, whether in Paris, London, New York, or Rome: The city needs skyscrapers because it needs to increase densities, business corporations will move elsewhere if the office space isn’t provided, there is an urgent need for new housing in the city, the new buildings are going to be “green,” and skyscrapers represent progress and modernity. None of these arguments makes any sense.

The best way to increase densities is to infill already-developed areas with new fabric that respects the historical patterns of the traditional city. Skyscrapers do not always increase density and some of the densest neighborhoods in the world, like the center of Paris or Amsterdam, are just several stories tall. If new towers are needed for some other reason, build them well outside historic districts.

It is unlikely that business corporations interested in being in Paris will move away because there are no skyscrapers to occupy; and if they need more space, new buildings as tall as you like could be built outside the center in developments like La Défense and Paris Rive Gauche—those architectural zoos of aberrant towers utterly incapable of composing a city—where they will be in good company.

Tall buildings like London’s recently-completed “Shard” are sometimes justified as addressing the need for new housing, but the expense of such buildings makes them out of reach for all but corporate executives and financiers. Not one skyscraper has been built anywhere to house people not able to pay millions of dollars for an apartment, so the housing issue is moot.

The supposedly “green” skyscraper has proved largely unsubstantiated by the actual performance of glass towers over a longer term.  Most tall buildings have failed to sustain the energy consumption claims made for them by their designers. Given the new energy standards, it will soon be very difficult to build new buildings with glass skins — however “hi-tech” they may be — that can compete with old-fashioned masonry. Moreover, those who tout the sustainability of skyscrapers never seem to include in their calculations the effects of these buildings on the cities where they are built, the impacts on transportation, land use, and other resources beyond the building’s footprint.

Finally, skyscrapers are not signs of progress but emblems of failure — environmental, imaginative, social, economic, and cultural. Paris rightly sees itself as a center of innovative and creative new architecture, but it must not then approve projects that have no relation with the city for which they are proposed. A true emblem of modernity is real city life, the kind of urbanity and freedom that can only come from a city that a pedestrian can comprehend and where strangers meet and interact in public space — in other words, in cities like the historic center of Paris.

The most innovative and revolutionary thing the architects could do now would be to make more of Paris, not less.

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Contre les Tours…

Par Danielle Simonnet, Conseillère de Paris, élue du Parti de Gauche

La défense de projets architecturaux de tours dépassant non seulement les 37m mais également les 50 mètres de hauteur, sont actuellement défendus par les socialistes parisiens comme une réponse audacieuse à l’enjeu de la ville dense… Sortons des faux débats. Refuser les Tours de grande hauteur parce qu’elles sont anti écologiques et souvent étroitement liées à la spéculation immobilière de bureaux, ne signifie pas défendre l’étalement urbain. D’ailleurs, les tenants des Tours sont les mêmes qui défendent le projet du Grand Paris de Sarkozy, où la mise en concurrence des territoires au nom de l’ « attractivité » va aboutir si on s’y oppose pas, à une remise en cause des terres agricoles au profit de grand centres commerciaux. C’est ainsi ce qui est prévu dans l’urbanisation du triangle de Gonesse au profit du projet Europa City, le futur « plus grand centre commercial européen », la plus belle surenchère et démesure consumériste au service de l’uniformisation culturelle.

L’exemple de la tour Triangle du Parc des expositions de Versailles est un bon concentré de libéralisme anti social et anti écologique au service de la spéculation immobilière :

Une Tour « cadeau » aux spéculateurs : La société Viparis va abandonner une partie de son emprise foncière au bénéfice de la SCI Triangle. Mais les 2 sociétés sont contrôlées directement ou indirectement par UNIBAL-RODAMCO. Résultat, Unibail-Rodamco joue sur deux tableaux : d’une part elle exploite le Parc des Expositions de la Porte de Versailles et d’autre part elle porte le projet de Tour Triangle, qui prévoit la destruction d’une partie du parc. M. Guillaume Poitrinal du groupe Unibail a bien précisé dans un journal les finalités de son groupe : « Notre métier est de distribuer du dividende, donc nous choisissons d’investir sur des actifs qui recèlent un fort potentiel de croissance du cash-flow ». Le « Canard enchaîné » nous a par ailleurs informé sur les conditions financières ahurissantes accordées par la Mairie de Paris à Unibail Rodamco pour la Tour Triangle… On y apprend que comme deux expertises avaient estimé un montant trop élevé du loyer du terrain prévu pour la tour pour 80 ans, la ville a sorti d’un chapeau une 3ème expertise bien plus basse…. Et cadeau ! C’est sur cette dernière estimation, que la ville a signé l’accord à Unibail. Après le Forum des Halles, Baugrenelle, on aimerait comprendre les raisons de ces liens si sympathiques avec ce groupe qui ne l’est pas.

Une tour forcément anti écologique. Cette tour, d’une hauteur de 180 mètres, ne sera pas une tour verte car, pour l’heure, il n’existe pas de tour verte, tout comme le capitalisme vert est un mensonge. Les bâtiments neufs doivent consommer moins de 50 kilowatts/heure par mètre carré et par an d’énergie primaire, tout compris. Mais pour les tours de grande hauteur les spécialistes considèrent qu’on ne peut difficilement descendre en dessous de 180. La Tour Triangle sera non efficace d’un point de vue énergétique. Nous sommes ici complètement en contradiction avec les objectifs du Plan Climat votés en décembre dernier.

Une tour qui ne répond pas aux besoins sociaux et économiques : Le projet de Tour Triangle réduit de fait l’espace dédié au parc des expositions. C’est 7000 m2 de surface en moins auxquels s’ajoutent 1700 m2 environ pour la création de la voierie arrière ; autant de difficultés supplémentaires pour l’exploitation du site. Et au profit de quoi ? D’une tour de bureaux ! C’est financièrement plus rentable pour Unibail d’exploiter la location et la vente de bureaux et de spéculer dessus, que de se consacrer à la location d’espaces de congrès. Mais des  bureaux vides à Paris, nous n’en manquons pas. De nouveaux espaces de bureaux ne créent pas mécaniquement des emplois.  Et par ailleurs, ce n’est pas dans cette localisation de la région Ile de France qu’il faut les concentrer mais bien repenser l’aménagement du territoire afin de relocaliser de l’emploi dans les zones où il en manque. Afin de garantir une mixité d’activité entre emplois, logements et services publics et cesser les concentrations de zones, absurdes du point de vue écologique en ce sens qu’elles contribuent à l’augmentation des distances domicile-travail. Ce dont nous avons besoin dans cette partie du 15ème, c’est d’un parc des expositions adapté aux besoins et de logements sociaux.

Une tour Imposée de façon anti démocratique : Derrière l’opération de spéculation immobilière pure, sous couvert d’un projet architectural novateur, la Tour Triangle constitue un Grand Projet Inutile et Imposé, (GP2I) anti social et anti écologique, tout comme l’aéroport Notre-Dame -des-Landes, le Plateau de Saclay, ou encore le Triangle de Gonesse. Le pouvoir municipal socialiste parisien entend l’imposer de façon antidémocratique. Les derniers sondages indiquent pourtant que 63% des Parisiens sont hostiles à la construction de tours dans la capitale, y compris sur des sites proches du périphérique. Des associations de riverains se sont organisées en « Collectif contre la Tour Triangle ». Ils ont fédérés d’autres associations franciliennes confrontées à des projets de tours de bureaux. Mais pour imposer ce projet mégalomane, qui va à l’encontre des écosystèmes, de l’intérêt général et des véritables besoins des populations présentes sur le territoire, les consultations comme d’habitudes virent à la mascarade.

Plus que jamais, pour défendre une conception éco-socialiste de la ville, la mobilisation citoyenne contre ces tours est nécessaire.

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La fin de l’âge des gratte-ciel

Par Gabriele Tagliaventi, architecte, auteur de « A vision of Europe », professeur d’architecture à l’Université de Bologne, lauréat de nombreux prix européens.

Vers une ville démocratique eco-compacte

Une image parmi les plus frappantes de la crise économique actuelle est celle de la photo d’un gratte-ciel inachevé avec son chantier tristement abandonné.

En fait, quand la crise a éclaté aux États-Unis, en 2007, avec les “subprimes”, elle a eu comme conséquence l’arrêt de centaines de chantiers de gratte-ciel partout dans le monde : à Moscou, à Dubaï, à Las Vegas, à Tokyo.

C’est pourquoi la volonté affichée par plusieurs municipalités européennes de construire aujourd’hui des gratte-ciel, paraît grotesque et, comme certains l’ont déjà affirmé, cette volonté incongrue constitue peut-être une preuve de plus de la crise politique et culturelle dans laquelle notre vieux continent est en train de sombrer.

En fait, cette tendance à construire des gratte-ciel est souvent fondée sur des malentendus récurrents qu’il faut percer au clair :

1.  LES GRATTE-CIEL, CE N’EST PAS NOUVEAU

Ils sont même très vieux. Les gratte-ciel sont apparus aux États-Unis dans la seconde moitié du XIXe siècle à Chicago et à New York pour abriter des nouveaux grands magasins et des bureaux de l’économie américaine émergeante.

2.  VILLES DEMOCRATIQUES ET VILLES ANTI-DEMOCRATIQUES

Dès que les gratte-ciel ont été introduits aux USA, les américains ont vite compris qu’il fallait établir une règle claire, une loi simple et efficace pour régler le droit des citoyens de construire ou pas, un gratte-ciel. Et la règle est simple : soit tous les citoyens ont le droit de bâtir un gratte-ciel, soit aucun d’entre eux. C’est pourquoi il existe des villes qui possèdent des gratte-ciel, comme New York City, Chicago, Boston, Dallas, et des villes qui n’en ont pas.

La capitale des États-Unis, Washington D.C. n’a pas de gratte-ciel. À Washington, tous les bâtiments doivent se limiter en hauteur, en dessous de la première corniche du Capitole. Aucun édifice ne peut donc dépasser le niveau de la corniche du Parlement. C’est une règle très claire et très efficace. Ni Bill Gates, ni Warren Buffet ne peuvent bâtir un gratte-ciel à Washington.

Mais il y aussi une belle série de villes américaines sans gratte-ciel : Madison, la capitale de l’État du Wisconsin, Annapolis, la capitale du Maryland, Olympia, la capitale de Washington, Harrisburg, la capitale de la Pennsylvanie, Jefferson City, la capitale du Missouri, Santa-Fe la capitale du Nouveau Mexique, et encore Charleston, Savannah, Santa Barbara, etc.

Une ville qui ne dispose pas d’une loi claire et équitable concernant la hauteur des immeubles, est une ville qui cache un déficit démocratique. Une ville qui présente des gratte-ciel dispersés, est une ville où  il est clair que seuls les citoyens liés au pouvoir ont certains droits relatifs à la construction, et pas tous les citoyens. Autrement dit, quand on voit la silhouette d’une ville avec des gratte-ciel dispersés, on sait tout de suite qu’il y a un problème de droit.

3.  LES VILLES AVEC GRATTE-CIEL NE SONT PAS LES PLUS DENSES

On utilise souvent l’argument de la densité pour justifier la construction d’un gratte-ciel, mais on oublie que Paris a déjà une densité beaucoup plus élevée que New York City : 230 habitants par hectare contre 150 à NYC. En fait, on oublie souvent aussi de remarquer qu’à NYC, les gratte-ciel n’existent que dans deux zones de Manhattan qui n’est qu’une partie de NYC: Up-Town et Mid-Town. Il n’y a aucun gratte-ciel dans le Greenwich Village.

4.    UN « GRATTE-CIEL » N’EST PAS UNE « TOUR »

Pour remettre les termes linguistiques dans leur contexte historique, il ne faut plus confondre « tour » et « gratte-ciel ». Une tour est un bâtiment public monumental, symbolique, l’expression de la communauté : un clocher, un campanile, un beffroi, un minaret, une pagode, etc. Une tour est un édifice qui peut avoir un nombre d’étages très limité. Un campanile ou un minaret sont des bâtiments à un seul étage. La tour Eiffel est un bâtiment à 3 étages !

Un gratte-ciel est un bâtiment spéculatif fonctionnel, projeté pour maximiser le nombre d’étages et de surface construite. C’est la raison pour laquelle il doit être réglementé dans une société démocratique.

Une tour est légitime par définition dans une ville démocratique, un gratte-ciel, non.

5.  LES GRATTE-CIEL SONT FRAGILES… 

… Et grands consommateurs d’énergie ! La survie d’un gratte-ciel est liée à son système de circulation verticale et à son système de traitement de l’air et du réchauffement. L’idée de construire des gratte-ciel est en contradiction frappante avec la volonté d’avoir une ville écologique – une ville durable. Aussi, la fragilité des gratte-ciel a été démontrée de manière écrasante le 11 Septembre 2001…

Enfin, le défi d’aujourd’hui est de construire une ville fondée sur un rapport équilibré entre densité et qualité de vie, une ville éco-compacte avec une limite de hauteur clairement définie. Une ville authentiquement démocratique.

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La « malédiction des gratte-ciel » va-t-elle encore frapper?

Par Jan Wyers, secrétaire général de SOS Paris

A trop vouloir tutoyer le ciel on se brûle les ailes. Telle pourrait être le titre d’une étude de la banque Barclays. Selon elle, la construction de gratte-ciel peut mener à une crise économique car ils sont le symbole d’un emballement immobilier.

Les gratte-ciel, indice de la bulle immobilière?

La banque d’affaires Barclays a mis au point un « Skyscraper index », un indice des gratte-ciel, qui part du principe que la mise en chantier de gratte-ciel dans un pays peut être l’élément annonciateur d’une crise économique à venir. L’étude ne fait évidemment aucune relation de cause à effet directe : la construction d’un building n’a jamais mené d’elle-même à une crise économique. Mais ce que cherche à démontrer Barclays c’est que ces deux types d’évènements ont souvent eu une « corrélation malsaine ». La construction de gratte-ciel peut être le symptôme d’une bulle immobilière plus large qui germe dans un pays, et qui dans beaucoup de cas a précédé une correction économique.

Des exemples frappants

Barclays cite plusieurs exemples frappants. Ainsi en est-il de la tour Chrysler et de l’Empire State Building, mis en chantier dans la période faste des années folles mais achevés en 1930 et 1931, en pleine dépression américaine. Idem pour les tours jumelles du World Trade Center, construites au début des années 1970 juste avant le choc pétrolier de 1973. La tour Petronas en Malaisie confirme aussi cette triste corrélation. Elle devait montrer la vitalité de la capitale Kuala Lumpur et a été inaugurée quelques mois avant la grave crise financière asiatique de 1997. La plus haute tour du monde (828 mètres), la tour « Burj Khalifa » de Dubaï, conclut la démonstration. Achevée en 2010, elle est devenue le symbole de la crise immobilière et financière qui a frappé cette région à la même époque.

La Chine et l’Inde, prochaines victimes ?

Forte de cette « corrélation malsaine », Barclays passe donc le monde en revue à la recherche d’une forte activité de construction de tours géantes. Ce qui l’amène à arrêter son regard sur deux géants asiatiques. D’ici cinq ans, l’Inde prévoit en effet de terminer la construction de 14 nouveaux gratte-ciel, dont la Tower of India à Bombay, qui deviendra la seconde tour la plus haute du monde en 2016, grâce à ses 700 mètres de hauteur.

La construction de gratte-ciel en Chine est aussi en pleine expansion. Sur les six prochaines années, Pékin va achever 124 immeubles de grande hauteur, soit 53% des gratte-ciel actuellement en construction dans le monde… Ces grands projets se développent alors que le marché immobilier est en pleine surchauffe, le prix des logements ayant atteint des montants astronomiques. En décembre 2011, le gouvernement chinois annonçait la poursuite de sa politique de régulation des prix pour 2012. Le « skyscraper index » va-t-il montrer une fois de plus sa pertinence ?

Lisez aussi la contribution dans ce recueil de textes de Thierry Paquot, qui a analysé l’échec des gratte-ciel dans son livre paru en 2008, « La folie des hauteurs » (Editions Bourin), sous-titré : « Pourquoi s’obstiner à construire des tours ? » C’est à se demander si nos politiques s’informent…. tout y est dit : il suffit de ne pas céder aux affairistes du bâtiment et aux délires mégalomaniaques de quelques stars de l’architecture.

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