Poste du Louvre: un édifice exceptionnel… Par François Loyer

Par François Loyerhistorien d’art et d’architecture, membre de SOS Paris.

La sauvegarde de l’édifice de la Poste du Louvre présente un enjeu majeur pour le patrimoine architectural et historique parisien.

La poste du Louvre

La poste du Louvre

Les façades sévères du bâtiment sont l’emblème d’un rationalisme architectural propre à la France.

Le concepteur en fut Julien Guadet, grand prix de Rome, élève de Labrouste. Chef d’atelier à l’École des Beaux-Arts pendant plus de trente ans, Guadet a été l’auteur des « Eléments et théorie de l’architecture » qui furent la bible des architectes pendant plus d’un demi-siècle. Ses deux élèves les plus illustres, se revendiquant comme ses plus fidèles disciples, sont le lyonnais Tony Garnier et le parisien Auguste Perret – ce qui n’est pas rien dans l’histoire de l’architecture française !

Derrière ses façades plutôt neutres, l’édifice réserve une surprise de taille : l’intérieur est constitué de deux grandes nefs parallèles en structure métallique, longues de 130 m et larges de 12 et 16 mètres – une portée spectaculaire pour l’époque. Longeant toute la périphérie du bâtiment, elles enveloppent la cour intérieure de cet immeuble-îlot dont le principe évoque un célèbre projet utopique d’Hector Horeau.

On pense immédiatement aux grandes halles des expositions universelles, mais aussi aux premiers grands magasins – notamment, le Bon Marché, qui date des dernières années du Second Empire. Du point de vue technique, le parti de la Poste Centrale est beaucoup plus impressionnant. Il précède d’ailleurs de plus de dix ans la construction du grand magasin du Printemps, qui s’en inspirera directement (mais dont l’ossature intérieure en a disparu de nos jours, alors que la poste centrale a survécu).

Il s’agit donc de ce que les spécialistes du patrimoine appellent un « unicum » : la tête de file d’une série de réalisations qui en vulgariseront le principe, jusqu’à ce que le métal cède la place au béton armé dans le cours du XXe siècle.

Le programme n’est pas moins emblématique que le parti architectural. Construit au lendemain de la défaite de 1870, l’édifice exprime l’ambition française de relever la tête et de s’imposer au plan international après l’humiliation de Sedan, la perte de l’Alsace-Lorraine et le drame de la Commune. Il répond à la « fête impériale » et à ses excès par l’affirmation doctrinaire d’une croyance dans la modernité qui passe par l’austérité du langage décoratif et la recherche de l’audace technologique.

Bref, c’est un bâtiment qui se veut éminemment moderne et sera considéré comme tel, au même titre que la Bibliothèque Nationale de Labrouste et, plus tard, le Grand Palais.

Sa réalisation fut l’une des premières décisions de la IIIe République naissante : le percement de la rue du Louvre s’accompagne en effet de la construction de la Poste Centrale et de celle de la Bourse du Commerce (fort intéressante, elle aussi). Elle est l’affiche du nouveau régime, le porte-drapeau de son idéologie qui propose au pays le dépassement de ses conflits politiques au profit du développement industriel face aux grandes rivales que sont l’Allemagne et l’Angleterre. L’aboutissement de cette entreprise sera la non moins spectaculaire Exposition Universelle de 1878, triomphe de l’architecture du fer.

D’un aspect moins flatteur, mais d’une importance historique et artistique non moins essentielle que l’Opéra de Paris ou la Basilique de Montmartre, la Poste Centrale n’a pas été bien comprise jusqu’ici par les spécialistes – sans doute, parce qu’elle faisait le sacrifice du décor au profit de la structure, encore que le détail des ossatures métalliques, d’un dessin raffiné, prouvent le contraire à tout observateur attentif.

Il faut exiger maintenant son classement au titre des monuments historiques, en tant que monument majeur de l’histoire de l’art français sous la IIIe République, et il faut imposer le respect de ses dispositions dans les projets de transformation à l’étude.

Le propriétaire ne voit dans le site de la rue du Louvre qu’une opportunité foncière, dans une logique purement spéculative. Il est temps de lui faire comprendre que l’enjeu patrimonial est tel qu’il doit modérer ses ambitions, en conservant à l’édifice son intégrité et en veillant à ce que les transformations nécessaires le mettent en valeur au lieu de la dénaturer.

Si chacun d’entre nous signe la pétition et la fait signer autour de lui, nous pouvons espérer d’être entendus !

F.L.

Pour signer la pétition en ligne lancée par l’association Sauvegarde de Paris Historique pour la défense du bâtiment de la Poste du Louvre, cliquez ici