Expositions Labrouste et Baltard, par Marie Karel

Par Marie Karel

Décembre 2012

Labrouste – Baltard : deux architectes qui ont su concilier forme traditionnelle de la ville et impératifs de l’ère industrielle

Le lancement presque simultané, cette rentrée 2012-2013, des expositions Labrouste à la Cité de l’Architecture et Baltard au Musée d’Orsay, nous plongent dans le 19e siècle : deux architectes qui ont façonné le visage de Paris et qui ont en commun d’être les premiers à introduire dans leurs oeuvres des structures en fer.

De son côté, l’exposition « L’impressionnisme et la Mode » (Musée d’Orsay, 25/9/2012-20/1/2013) pour le clin d’œil, vient compléter le tableau en élargissant notre champ de vision pour inclure l’aspect humain, les données du costume venant compléter celles du décor de la ville. Témoins des mutations urbaines et des habitudes des citadins, les impressionnistes s’attachent à rendre compte de la vie contemporaine, représentant l’homme moderne dans son cadre quotidien. N’est-ce-pas à cette époque que les mots « mode » et « moderne » prennent tout leur sens ?

Exposition Labrouste à la Cité de l'architecture (2012)

Exposition Labrouste à la Cité de l’architecture (2012)

Si loin, si proche, le 19e siècle… Il suffit de remonter 5 ou 6 générations pour trouver l’ère du grand chambardement de Paris et de la société européenne dans son ensemble. Si on fouille dans nos caves, on trouve encore des numéros de L’Illustration avec des photos des Halles, des réclames des grands magasins, ou des « chinoiseries » de tout genre. Époque charnière, le 19e amène son lot de transformations révolutionnaires qui font naître une ère nouvelle, marquée d’un développement urbain sans précédent (les 20 arrondissements de Paris le 1er janvier 1960…) qui va de pair avec un progrès technique inédit. Les villes ne cessent de se transformer pour s’adapter à ces évolutions. C’est bientôt la fin des hôtels d’une époque révolue… La volonté politique et la vision haussmannienne changent le rôle attribué aux édifices, les plus majestueux. Désormais, ils sont  dédiés à des fonctions publiques liées au nouveau régime, ou au commerce qui s’épanouit en allant de pair avec la montée de la bourgeoisie : mairies, palais de justice, écoles, grands magasins et marchés, hôpitaux, hospices, bibliothèques, musées, gares… La ville change de visage et se dote de nouvelles fonctions.

Exposition Baltard au Musée d'Orsay (2012)

Exposition Baltard au Musée d’Orsay (2012)

Présentés comme « les pionniers de l’architecture moderne », Victor Baltard qui se dit  architecte-peintre, et Henri Labrouste, l’iconoclaste romantique, même s’ils bousculent les certitudes et l’esthétique de leur temps, ils travaillent dans la continuité de la tradition, en dignes descendants d’un Vitruve. Leur formation classique, leur érudition, leur rapport à l’histoire et  à l’archéologie, font que leur oeuvre vient prolonger une longue série de concepts architecturaux, dans une adaptation réfléchie, aux évolutions techniques et civilisationnelles de leur temps. Autrement dit, ils ne prônent pas un urbanisme de rupture, mais tirent partie du cadre urbain et historique existant.

Pourquoi deux expositions simultanées sur cette thématique en ce moment? Doit-on y voir un signe avant-coureur d’une interrogation sur l’architecture d’aujourd’hui ? Sous-entendre: « Où va l’architecture moderne ou postmoderne » ? Donner à voir, avec insistance, l’architecture du 19e dans le contexte actuel des projets d’aménagement fortement contestés, lancés par la Mairie de Paris (dans le 17ème, le 15ème, le 13ème arrond., etc) serait-il anodin ?…

Les textes affichés dans l’exposition de Labrouste à la Cité de l’Architecture, présentent l’architecte comme un précurseur de la modernité « la plus radicale » mettant l’accent sur son rationalisme, sur l’audace et l’inventivité de l’emploi du métal et rappellent combien son œuvre enthousiasme les  critiques du 20e siècle. Cette référence persistante à l’architecture moderne ou postmoderne, est absente toutefois de l’exposition Baltard.

Le Musée d’Orsay propose une vision aussi complète que possible des différents aspects de l’oeuvre de Baltard, tout en faisant une large place à la conception et la construction des Halles, considérées comme une oeuvre majeure et symbolique. On se rend compte que les deux architectes qui sont contemporains, font face aux mêmes défis, créent tous les deux des structures de fer, mais ils ne demeurent pas moins étrangers l’un pour l’autre.

Le jour de sa présentation à la presse, en octobre dernier, l’exposition s’achevait par deux parties qui se succédaient. D’abord « Les Halles dans la création artistique » : dédiée à la fascination que les Halles avaient exercé sur leurs contemporains, artistes ou gens de lettres, cette partie « exposait des nombreux tableaux de différentes courants de peinture, des photos (Atget), des éditions originales de livres  (E. Zola).

La section suivante jouait le contraste. Des tableaux, photos, et éléments d’archives comme l’exposition « L’assassinat de Baltard » (juin 1972) constituaient un sinistre épilogue. Dans la mise en scène de l’exposition, la destruction des Halles était amenée l’air de rien, de façon à rendre évident le non-sens, sinon la bêtise, d’une telle décision. Dénuée de tout discours militant et usé, la fin des Halles était présentée avec justesse, réalisme et un certain esprit critique.

Quelle surprise de découvrir, à l’occasion d’une seconde visite au Musée d’Orsay, en décembre, que la galerie de peinture consacrée aux « Halles dans la création artistique » avait été réduite à seulement deux tableaux et que la partie « l’assassinat de Baltard » avait purement et simplement disparue ! L’épilogue de l’exposition qui invitait à réfléchir, avait été évincé sans aucune justification. De quoi réveiller des vieilles polémiques qu’on croyait depuis longtemps assoupies !

Labrouste et Baltard, décidément  toujours actuels…

M.K.

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(Article écrit initialement pour la revue « Esprit de Ville » de Thierry Paquot et retiré en raison du report de sa date de parution privant ce sujet de son actualité).

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