« Architecture en uniforme » à la Cité Chaillot, par Harold Hyman

Penser l’architecture dans la guerre

par Harold Hyman, journaliste

En ces temps de guerre, et de destruction de dizaines de milliers d’habitations, de Gaza à Homs à Alep à Mossoul — surtout en Syrie, quantitativement parlant — l’architecte doit se saisir de la question de l’architecture de guerre. Comment bâtir des infrastructures de guerre, et comment demain reconstruire. Dans quel style, pour quelle population — l’ancienne ou une nouvelle?

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©Photo Harold Hyman. Cité de l’Architecture et du Patrimoine (avec permission)

L’on a déjà eu de telles expériences après la Première Guerre mondiale, et encore plus après la Deuxième Guerre mondiale (je n’exclus pas une troisième). Le lien entre guerre longue et construction est ancien, et l’esthétique spartiate des logements militarisés,  avec leur petit goût de simplisme à la Bauhaus, nous est familière. La Cité de l’Architecture et du Patrimoine, au Palais de Chaillot, conclut une exposition, «Architecture en Uniforme: projeter et construire pour la Seconde Guerre Mondiale», de Jean-Louis Cohen, qui documente pleinement comment la destruction et la reconstruction est source d’innovations et d’audaces. Fait curieux, c’est le livre qui précède l’exposition, qui a commencé au Centre canadien d’architecture de Montréal, et continue vers Rome.

Pas d’apologie de la guerre

Sans être une apologie de la guerre, cette exposition montre qu’à quelque chose malheur est bon: les habitations préfabriquées, les immeubles résistants aux bombardements, le camouflage de quartiers entiers, la refonte de quartiers mal famés, l’esthétique des usines technologiquement en pointe, l’aéronautique, le portuaire, jusqu’à la cafetière sans métal — tout ce que la guerre impose comme nouveauté architecturale est ici étalé.
« Les exigences de la guerre accélèrent les progrès dans la conception », pouvait-on lire dans The Architectural Recor, numéro de janvier 1942.

Bâtir,  c’est participer à la victoire de son camp

La responsabilité morale de l’architecte est également évoquée: faut-il bâtir pour Hitler, pour Mussolini, pour le régime impérial militariste japonais?  Une école, un abri anti-aérien, ne sont pas de même nature qu’un camp de concentration ou une ville de colonisation allemande en Europe de l’est. Le logement social pour les ouvriers de l’armement, voilà qui est noble côté allié, moins envoûtant lorsqu’on regarde côté nazi et fasciste.

Enfin, après la  guerre, qui faut-il réhabiliter? Le Corbusier, prompt à proposer ses idées au régime de Vichy, s’est bien redressé, et en définitive rarissimes sont les carrières brisées. Jean Prouvé, Français spécialisé dans les applications du métal, construisit des édifices pour l’armée avant la guerre, devint résistant et ne fit plus d’éléments militarisables le restant du conflit. Albert Speer, architecte du Reich, fut jugé à Nuremberg pour son rôle de ministre de l’armement et non pour son architecture. En somme, la guerre a été une occasion technique pour l’architecture, et un dilemme constant pour les architectes.

Harold HYMAN

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Mise à jour  25/10/2014

Harold Hyman vient de publier son livre « Géopolitiquement correct et incorrect » chez Tallandier

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