Posts tagged ‘conseil d’état’

29/03/2017

Feuilleton des Serres d’Auteuil : de rebondissement en rebondissement

Par Lise Bloch-Morhange

Porte-parole du Comité de soutien des Serres d’Auteuil

Décidément, le feuilleton des Serres d’Auteuil ne cesse de connaitre rebondissement sur rebondissement.
Rappelons que le jugement au fond du Tribunal de Grand Instance du 10 novembre dernier, basé sur le droit moral, a débouté les héritiers de l’architecte Jean Camille Formigé de tout recours, allant jusqu’à refuser de reconnaitre que le « Fleuriste municipal », inauguré en 1898, était une création originale de leur ancêtre. Le plus étrange étant que, dans leur mémoire, les avocats de la FFT ((Fédération Française de Tennis) ne cessaient de dire que le projet de la FFT préservait l’originalité et la beauté de l’œuvre de Formigé ! La position des juges du TGI s’est donc révélée d’une mauvaise foi telle que les défenseurs du jardin botanique ont reporté tous leurs espoirs sur l’audience au fond devant le tribunal administratif (TA) du 19 janvier dernier.

Le trou déjà creusé pour le futur court semi-enterré. ©Photo Lise Bloch-Morhange

Depuis la veille, ils savaient par leurs avocats que la rapporteure publique (Madame Baratin, cela ne s’invente pas !) allait recommander aux juges d’annuler le permis de construire sur le jardin botanique. Il s’agissait d’un argument ajouté au dossier dans un deuxième temps, faisant valoir que lorsque le préfet d’Ile-de-France avait signé les permis de construire en décembre 2013, il se trouvait dans l’illégalité pour ne pas avoir demandé préalablement le déclassement partiel du jardin dont la totalité du sol est inscrite monument historique depuis l’arrêté du 1er septembre 1998 (année du centenaire).
C’est donc par cet argument que la rapporteure publique a débuté sa plaidoirie. Elle n’a pas manqué de souligner qu’en la suivant sur ce point, les juges du TA se trouveraient en contradiction avec le Conseil d’Etat : saisi en appel par la FFT  à la suite du référé du 24 mars ordonnant l’arrêt des travaux, dans un avis daté du 3 octobre dernier il avait estimé que la fédération de tennis n’avait pas besoin de demander le déclassement partiel du site au titre des sites (monument naturel), puisque les travaux de la FFT ne concernaient qu’un hectare du jardin, ce qui représentait peu de choses par rapport à la totalité du Bois de Boulogne (sic !) ! Il déclarait en outre qu’au titre des compensations, un hectare de pelouse supplémentaire à Roland- Garros valait bien un hectare du jardin botanique! Encore plus ahurissant, le Conseil d’Etat, outrepassant clairement ses fonctions, ajoutait que l’architecture des constructions projetées s’apparenterait à celle des serres historiques d’Auteuil conçues par Jean-Camille Formigé ! Autrement dit : du fer blanc s’harmoniserait avec les grandes serres aériennes « bleu Formigé » !

Quant au fait que le jardin était inscrit monument historique, ajoutait la rapporteure, le Conseil d’Etat l’avait tout simplement écarté sans argumenter. Et ce alors que l’arrêté d’inscription spécifiait bien qu’il concernait « la totalité du sol dans ses limites actuelles ». D’ailleurs, disait-telle, les travaux prévus par la FFT porteraient atteinte au « caractère d’art ou d’histoire » du site qu’implique l’inscription aux monuments historiques.
Bien qu’elle ait ensuite écarté tous les autres arguments d’urbanisme soulevés par les avocats des associations, sachant que l’avis du rapporteur public est généralement suivi par les juges, nous étions relativement confiants.

On imagine donc notre déception lorsque le jugement du TA est tombé dans l’après-midi du 3 février, validant le permis de construire de la FFT dans le jardin, soit la construction d’un stade de tennis de 5 000 places, et la transformation des bâtiments inscrits de l’Orangerie et du Fleuriste en locaux commerciaux Roland-Garros.
Le jugement affirme que les travaux de la FFT sont « compatibles avec l’intérêt d’art ou d’histoire ayant justifié l’inscription  d’une partie du Jardin  des serres d’Auteuil au titre des monuments historiques et ne compromettent pas sa préservation ».
Cette assertion semble tout à fait contestable, puisque l’inscription aux MH (Monuments Historiques) concerne la totalité du sol du jardin et non pas « une partie », et que l’on voit mal comment un stade de tennis serait compatible avec un chef d’œuvre architectural et paysager de la fin du XIXème siècle, sur un site choisi dès le siècle précédent par Louis XV pour y assouvir sa passion de la botanique.

*****************

Sauvons les Serres d’Auteuil sur Facebook

Pétiition Sauvons les Serres d’Auteuil sur Facebook

 

Articles de SOS Paris :

Serres d’Auteuil : une réponse à Paul Chemetov par François Loyer 26/10/2016

Serres d’Auteuil, rebondissement : le TGI suspend les travaux au nom du droit d’auteur de leur architecte 23/12/2015

11/03/2017

Une critique sévère du choix de Dominique Perrault pour le réaménagement de l’île de la Cité

Leon Krier, architecte et urbaniste luxembourgeois, critique sévèrement le choix de Dominique Perrault pour diriger le réaménagement de la Cité au cœur historique de Paris, le jugeant inadapté pour ce type de projets. Il estime que son expérience en matière  de tissu architectural traditionnel, est nulle et rappelle son intervention à la Cour de Justice européenne au Luxemburg :

Leon Krier

« À en juger par l’opération chirurgicale qu’il a réalisée au Luxembourg sur le bâtiment de la Cour de Justice de 1973, seul édifice public moderniste important réalisé au cours des 60 années d’activité de la construction de l’Union européenne à Bruxelles, au Luxembourg et à Strasbourg, il n’est nullement porté à travailler en bonne entente dans un cadre urbain ou architectural donné, que ceci soit traditionnel ou moderniste. Le palais emblématique d’acier et de verre sur le plateau de Kirchberg est maintenant dépouillé de son corps et de son âme, et enfoui dans un fatras illisible de verre teinté et de métal. » 

Il rappelle aussi : « Depuis que l’énergique Commission du Vieux Paris a été affaiblie par le maire Bertrand Delanoe, les concertations citoyennes et les recours sont devenues, sinon une farce, une vaine affaire, leurs petites victoires étant régulièrement annulées par le Conseil d’Etat. Même un ministre d’Etat est impuissant face à la vogue désastreuse : en 2012, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, a tenté en vain d’arrêter la construction du nouveau Palais de Justice, un mammouth de 160m de haut, sur le péripherique. » Lire l’article 

 

10/10/2016

Serres d’Auteuil : les derniers rebondissements

Au lendemain de la décision du Conseil d’État, la FFT (Fédération Française du Tennis) a démarré ses trivaux de destruction des Serres d’Auteuil, avant que le TGI, saisi par l’avocat de la famille de l’architecte Formigé, n’en ordonne  la suspension.

le-parisien

Le message de Lise Bloch-Morhange, porte-parole du Comité de soutien des Serres d’Auteuil, publié sur le site de la pétition qui a réuni plus de 81.000 signatures, rend compte de ces derniers rebondissements et exprime le sentiment d’injustice et la tristesse que les parisiens partagent face à cet acte de vandalisme écologique et de destruction de cadre de vie :

Bien chers défenseurs des Serres d’Auteuil, Comme je vous le laissais entendre dans mon courriel du 25 septembre dernier, l’avis du Conseil d’Etat promulgué le 3 octobre dernier s’avère stupéfiant, voire même scandaleux. Il proclame tout simplement qu’un stade de sport a sa place dans un jardin botanique classé au titre des sites et dont la totalité du sol est inscrite MH, puisqu’il n’occuperait qu’un hectare du jardin, ce qui représenterait peu de chose par rapport à la totalité du Bois de Boulogne (sic). plan_des_serres_dauteui Comme si le jardin botanique ne constituait pas une entité architecturale et paysagère, avec ses clôtures, ses gardiens et ses heures d’ouverture. Autrement dit, on peut donc amputer, bétonner et dénaturer un des plus beaux jardins de Paris, doublement protégé, à condition de le faire par petits bouts ! Autrement dit, aucun site protégé n’est désormais à l’abri d’un démantèlement progressif !

Le Conseil d’Etat estime également, au titre de ce qu’on appelle les « compensations », qu’un hectare de pelouse aménagé à Roland-Garros équivaut à un hectare de jardin botanique inscrit MH et classé au titre des sites. Enfin, outrepassant ses fonctions, il considère que l’architecture des « constructions projetées », à savoir un stade de tennis de 5000 places entourées de pseudo serres modernes en fer blanc, « s’apparentera à celle des serres historiques d’Auteuil conçues par l’architecte Jean-Camille Formigé[….]».

Ainsi reprend-il la propagande de la FFT (Fédération Française de Tennis) et de la Mairie de Paris osant dire que ce stade « embellirait » le jardin botanique !  

En se basant sur cet avis scandaleux, qui n’honore pas le Conseil d’Etat, et sans attendre les jugements au fond déposés auprès du TA (Tribunal administratif) et du TGI (Tribunal de grande instance), la FFT a entrepris de nouveaux travaux au jardin botanique dès le lendemain, mardi 4 octobre, abattant une centaine de végétaux en 48 heures et commençant la destruction des 9 serres chaudes d’origine modernisées qui contenaient un trésor mondial de quelque 10 000 plantes tropicales.  

serres_dauteuil

Face à un massacre de cette ampleur, l’avocat des héritiers Formigé, maitre Philippe Zagury, a pu déposer dès jeudi une requête auprès du TGI demandant la suspension immédiate des travaux.

Cette requête ayant été acceptée par les juges, la FFT a dû interrompre les travaux, puis elle a émis un communiqué dans lequel elle va jusqu’à dire que la décision du TGI aurait été prise « dans des conditions douteuses », et s’interroge « sur une possible manipulation des faits de la part des opposants » (sic).  

Une réaction typique de la FFT, soutenue depuis le premier jour par la mairie de Paris : insinuations et attitude de casseurs ! De notre côté, nous pensons que cet abattage d’une centaine d’arbres et de serres botaniques constitue un premier acte détestable de la candidature de Paris aux JO 2024, dans le pays même qui a présidé à la COP21, et que cet acte de vandalisme écologique nuira à cette candidature.  

Enfin je vous demande de noter que l’exposition MERVEILLEUSES SERRES D’AUTEUIL, exposition des photos illustrant le livre édité par les éditions Gallimard « Pour le jardin des Serres d’Auteuil », se déroulera à partir du 8 novembre à la ravissante bibliothèque Marmottan de Boulogne-Billancourt. VERNISSAGE LE 15 NOVEMBRE, détails à venir.   Bien chaleureusement à toutes et tous,      Lise Bloch-Morhange, porte-parole du Comité de soutien des Serres d’Auteuil

06/10/2016

Comment… abîmer Paris ? Par Mary Campbell Gallagher

Article publié sur le blog Architecture here and there de David Brussat 

Traduit par Harold Hyman 

Les consciences du monde entier ont hurlé lorsque les sicaires de Daech ont frappé de leurs marteaux les musées d’Irak et ont dynamité Palmyre. Et pourtant, ce n’est pas uniquement au Moyen-Orient que tout va mal pour le patrimoine : que penser lorsque le vandale est une femme parisienne habillée tendance et qui parle un langage visionnaire ? Que penser si cette même dame à pour cible le patrimoine de la ville la plus adulée et visitée au monde ? Les consciences vont-elles alors se réveiller, ou sont-elles indifférentes aux visions inconcevables de cette dame ?

IMG_0573Rue de Rivoli, la Samaritaine, au fond le Louvre, mai 2016. Photo MK.

“Nous aurons toujours Paris”, dit Rick à Elsa dans le film Casablanca. Or dernièrement, la maire de Paris, Anne Hidalgo, se vante de “réinventer” Paris. Sans en référer à l’électorat parisien, sa vision remplacerait cette ville incomparablement harmonieuse par quelque chose de plus “moderne” et “contemporain”. Elle irait percer l’horizon historiquement bas en douze points au moyen de  gratte-ciel, elle remplacerait les façades en pierre de  taille par des parois en verre, et enfouirait les célèbres toitures de zinc et d’ardoise sous de nouvelles surélévations. My God! Ne voit-on pas ce que Paris s’inflige à lui-même?

Réveillez-vous, consciences du monde ! Madame Hidalgo va ravager Paris comme l’armée d’Attila le Hun a ravagé l’Europe. S’exprimant dans le langage codé du capital mondial, elle va parsemer la silhouette urbaine de gratte-ciel dernier cri, aux formes bizarres, l’un en triangle, l’autre en boîtes de verre superposées, un autre encore en forme de deux tours penchées. Voilà qui s’appelle “réinventer”. Pour l’heure, Paris reste une ville de pierre. La maire va y introduire une morphologie de béton-verre-métal qui transforme déjà tant de villes du monde en clones. “Réinventer”, c’est ça.

Les consciences sont-elles si intoxiquées, si hypnotisées, par les mots “moderne” et “contemporain”, si intimidées par les stars internationales de l’architecture et du commerce, si fascinées par la toilette élégante de la maire, qu’elles puissent regretter Palmyre tout en oubliant Paris?

Quelqu’un peut-il sincèrement croire aux assurances de la maire ? Quels panneaux-solaires magiques peuvent-ils rendent ces édifices de verre écologiques ? Les géants corporate vont-ils vraiment se réimplanter à Paris une fois  que s’érigera une nouvelle tour — comme la Tour Montparnasse honnie —   au-dessus des immeubles de six à huit étages ?

En tant que correspondante américaine de SOS Paris, l’association française de conservation du patrimoine parisien, et en tant que fondatrice de la Coalition Internationale pour la Préservation de Paris, je sais que ces luttes ne sont que des escarmouches dans la guerre plus vaste pour Paris. Nous partageons la profonde satisfaction de toute l’humanité devant toutes les villes vénérées et exceptionnelles, Paris en  tête. Nous nous battons, surclassés par la trésorerie et les relations publiques de nos adversaires, pour défendre les traditions urbaines forgées par la longue et tumultueuse histoire de Paris, face à une architecture mondialisée et standardisée.

Si nous sommes les David de la Bible, alors les Goliath de cette affaire sont sûrement les grandes multinationales, les architectes vedettes, et les politiciens à l’Hôtel de Ville. Eux tous sont les artisans déchaînés d’un nouveau Paris bling-bling. Pour eux, c’est un Paris plus “innovant” qu’il nous faudrait à tous. Leur vœu nous rapprocherait Paris de New York, de Tokyo, et de tout autre capitale économique.

Le 19 juin, la maire a remporté un franc succès lorsque le Conseil d’Etat a permis à la Mairie de dévier du plan d’urbanisme pour délivrer un permis de construire qui entacherait la beauté du centre historique de Paris. Le géant de la distribution de biens de luxe LVMH a reçu l’aval de la cour pour planter, incroyablement, un énorme mur de verre ondulant au beau milieu des rangées de façades de pierre alignées sur cette rue emblématique de Paris, la rue de Rivoli. Haut de sept étages, sans portes ni fenêtres, et à 73 mètres presque aussi long qu’un stade de football, cet immeuble sera un genre de vaisseau spatial posé dans le centre de Paris.

Le Conseil d’Etat a souligné que cette structure extraterrestre est bien “contemporaine”. Or la cour d’appel administrative avait bien qualifié le projet de “dissonant”. Mettez l’immeuble dans un centre commercial à côté d’une autoroute, et il pourrait avoir sa place. Dans le Paris central, cet idéal d’urbanité, cette façade fait l’effet d’un ivrogne qui s’impose dans un salon. Désormais, la rue de Rivoli commencera à perdre de son élégance par mille plaies, les nouvelles façades rivalisant de “dissonance”.

Les promoteurs prétendent que sans ces nouveautés Paris deviendra un musée, comme Venise. En fait, Paris est l’une des villes les plus animées du monde. Une façade de verre incongrue sur la rue de Rivoli ajouterait-elle à l’animation ? On demande à voir ! Nous autres défenseurs du patrimoine ne sommes pas opposés aux projets immobiliers. Olivier de Monicault, président de SOS Paris, convient que la construction dans Paris intramuros étant inévitable, “les démolitions sont inévitables”. Nous voulons que Paris garde sa vitalité et se développe — mais en harmonie avec ses traditions.

L’Hôtel de Ville de Paris a  troqué l’élégance française pour une rupture mondialisante. Que l’opinion internationale s’émeuve autant pour Paris que pour Palmyre ! Qu’elle soutienne le peuple de Paris. Il est infiniment triste de penser à ce que nous sommes en train de perdre.

Par Mary Campbell Gallagher _________________________ Version originale en anglais sur le blog de David Brussat