Posts tagged ‘conseil d’état’

11/03/2017

Une critique sévère du choix de Dominique Perrault pour le réaménagement de l’île de la Cité

Leon Krier, architecte et urbaniste luxembourgeois, critique sévèrement le choix de Dominique Perrault pour diriger le réaménagement de la Cité au cœur historique de Paris, le jugeant inadapté pour ce type de projets. Il estime que son expérience en matière  de tissu architectural traditionnel, est nulle et rappelle son intervention à la Cour de Justice européenne au Luxemburg :

Leon Krier

« À en juger par l’opération chirurgicale qu’il a réalisée au Luxembourg sur le bâtiment de la Cour de Justice de 1973, seul édifice public moderniste important réalisé au cours des 60 années d’activité de la construction de l’Union européenne à Bruxelles, au Luxembourg et à Strasbourg, il n’est nullement porté à travailler en bonne entente dans un cadre urbain ou architectural donné, que ceci soit traditionnel ou moderniste. Le palais emblématique d’acier et de verre sur le plateau de Kirchberg est maintenant dépouillé de son corps et de son âme, et enfoui dans un fatras illisible de verre teinté et de métal. » 

Il rappelle aussi : « Depuis que l’énergique Commission du Vieux Paris a été affaiblie par le maire Bertrand Delanoe, les concertations citoyennes et les recours sont devenues, sinon une farce, une vaine affaire, leurs petites victoires étant régulièrement annulées par le Conseil d’Etat. Même un ministre d’Etat est impuissant face à la vogue désastreuse : en 2012, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, a tenté en vain d’arrêter la construction du nouveau Palais de Justice, un mammouth de 160m de haut, sur le péripherique. » Lire l’article 

 

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06/10/2016

Comment… abîmer Paris ? Par Mary Campbell Gallagher

Article publié sur le blog Architecture here and there de David Brussat 

Traduit par Harold Hyman 

Les consciences du monde entier ont hurlé lorsque les sicaires de Daech ont frappé de leurs marteaux les musées d’Irak et ont dynamité Palmyre. Et pourtant, ce n’est pas uniquement au Moyen-Orient que tout va mal pour le patrimoine : que penser lorsque le vandale est une femme parisienne habillée tendance et qui parle un langage visionnaire ? Que penser si cette même dame à pour cible le patrimoine de la ville la plus adulée et visitée au monde ? Les consciences vont-elles alors se réveiller, ou sont-elles indifférentes aux visions inconcevables de cette dame ?

IMG_0573Rue de Rivoli, la Samaritaine, au fond le Louvre, mai 2016. Photo MK.

“Nous aurons toujours Paris”, dit Rick à Elsa dans le film Casablanca. Or dernièrement, la maire de Paris, Anne Hidalgo, se vante de “réinventer” Paris. Sans en référer à l’électorat parisien, sa vision remplacerait cette ville incomparablement harmonieuse par quelque chose de plus “moderne” et “contemporain”. Elle irait percer l’horizon historiquement bas en douze points au moyen de  gratte-ciel, elle remplacerait les façades en pierre de  taille par des parois en verre, et enfouirait les célèbres toitures de zinc et d’ardoise sous de nouvelles surélévations. My God! Ne voit-on pas ce que Paris s’inflige à lui-même?

Réveillez-vous, consciences du monde ! Madame Hidalgo va ravager Paris comme l’armée d’Attila le Hun a ravagé l’Europe. S’exprimant dans le langage codé du capital mondial, elle va parsemer la silhouette urbaine de gratte-ciel dernier cri, aux formes bizarres, l’un en triangle, l’autre en boîtes de verre superposées, un autre encore en forme de deux tours penchées. Voilà qui s’appelle “réinventer”. Pour l’heure, Paris reste une ville de pierre. La maire va y introduire une morphologie de béton-verre-métal qui transforme déjà tant de villes du monde en clones. “Réinventer”, c’est ça.

Les consciences sont-elles si intoxiquées, si hypnotisées, par les mots “moderne” et “contemporain”, si intimidées par les stars internationales de l’architecture et du commerce, si fascinées par la toilette élégante de la maire, qu’elles puissent regretter Palmyre tout en oubliant Paris?

Quelqu’un peut-il sincèrement croire aux assurances de la maire ? Quels panneaux-solaires magiques peuvent-ils rendent ces édifices de verre écologiques ? Les géants corporate vont-ils vraiment se réimplanter à Paris une fois  que s’érigera une nouvelle tour — comme la Tour Montparnasse honnie —   au-dessus des immeubles de six à huit étages ?

En tant que correspondante américaine de SOS Paris, l’association française de conservation du patrimoine parisien, et en tant que fondatrice de la Coalition Internationale pour la Préservation de Paris, je sais que ces luttes ne sont que des escarmouches dans la guerre plus vaste pour Paris. Nous partageons la profonde satisfaction de toute l’humanité devant toutes les villes vénérées et exceptionnelles, Paris en  tête. Nous nous battons, surclassés par la trésorerie et les relations publiques de nos adversaires, pour défendre les traditions urbaines forgées par la longue et tumultueuse histoire de Paris, face à une architecture mondialisée et standardisée.

Si nous sommes les David de la Bible, alors les Goliath de cette affaire sont sûrement les grandes multinationales, les architectes vedettes, et les politiciens à l’Hôtel de Ville. Eux tous sont les artisans déchaînés d’un nouveau Paris bling-bling. Pour eux, c’est un Paris plus “innovant” qu’il nous faudrait à tous. Leur vœu nous rapprocherait Paris de New York, de Tokyo, et de tout autre capitale économique.

Le 19 juin, la maire a remporté un franc succès lorsque le Conseil d’Etat a permis à la Mairie de dévier du plan d’urbanisme pour délivrer un permis de construire qui entacherait la beauté du centre historique de Paris. Le géant de la distribution de biens de luxe LVMH a reçu l’aval de la cour pour planter, incroyablement, un énorme mur de verre ondulant au beau milieu des rangées de façades de pierre alignées sur cette rue emblématique de Paris, la rue de Rivoli. Haut de sept étages, sans portes ni fenêtres, et à 73 mètres presque aussi long qu’un stade de football, cet immeuble sera un genre de vaisseau spatial posé dans le centre de Paris.

Le Conseil d’Etat a souligné que cette structure extraterrestre est bien “contemporaine”. Or la cour d’appel administrative avait bien qualifié le projet de “dissonant”. Mettez l’immeuble dans un centre commercial à côté d’une autoroute, et il pourrait avoir sa place. Dans le Paris central, cet idéal d’urbanité, cette façade fait l’effet d’un ivrogne qui s’impose dans un salon. Désormais, la rue de Rivoli commencera à perdre de son élégance par mille plaies, les nouvelles façades rivalisant de “dissonance”.

Les promoteurs prétendent que sans ces nouveautés Paris deviendra un musée, comme Venise. En fait, Paris est l’une des villes les plus animées du monde. Une façade de verre incongrue sur la rue de Rivoli ajouterait-elle à l’animation ? On demande à voir ! Nous autres défenseurs du patrimoine ne sommes pas opposés aux projets immobiliers. Olivier de Monicault, président de SOS Paris, convient que la construction dans Paris intramuros étant inévitable, “les démolitions sont inévitables”. Nous voulons que Paris garde sa vitalité et se développe — mais en harmonie avec ses traditions.

L’Hôtel de Ville de Paris a  troqué l’élégance française pour une rupture mondialisante. Que l’opinion internationale s’émeuve autant pour Paris que pour Palmyre ! Qu’elle soutienne le peuple de Paris. Il est infiniment triste de penser à ce que nous sommes en train de perdre.

Par Mary Campbell Gallagher _________________________ Version originale en anglais sur le blog de David Brussat

03/11/2015

Le nouveau bulletin vient de sortir ! Voici son sommaire…

Les adhérents de SOS Paris auront le privilège de recevoir le dernier numéro du bulletin de l’association, imprimé, dans leurs boîtes à lettres, dans les jours qui viennent. Mais tous ceux qui le souhaitent peuvent déjà le télécharger au format PDF sur le lien signalé plus bas.

Extrait de la page consacrée à la Place Denfert Rochereau

Extrait de la page consacrée à la Place Denfert Rochereau

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Errata :

Une erreur de signature s’est glissée dans la page 9 de notre bulltin : l’article intitulé « LES TOURS DUO DE JEAN NOUVEL APPROUVÉES PAR LE CONSEIL DE PARIS » n’a pas été rédigé par Marie Karel, mais par Olivier de Monicault. _______________________________________________________ Il convient de rappeler que ce n’est pas la même équipe qui rédige le traditionnel bulletin de SOS Paris envoyé aux abonnés (et lu dans les administrations, les mairies, les ministères), et celle qui rédige les articles du présent site internet. Mais il arrive qu’un article fasse l’objet de reprise, dans un sens ou dans l’autre.

Au sommaire de ce numéro de la rentrée 2015-16, l’éditorial d’Olivier de Monicault, président de SOS Paris, un tour d’horizon de Paris, arrondissement par arrondissement, qui permet de se tenir informé sur les derniers enjeux patrimoniaux, en plus de petites nouvelles et des annonces… Voici un bref aperçu non exhaustif des sujets traités dans ce dernier numéro :

  • Un dernier hommage à Christian Méric, fidèle militant de longue date, qui nous a quittés en septembre.
  • Les réflexions que nous inspire la décision du Conseil d’État d’annuler le verdict en appel de la Cour d’Appel Administrative, concernant le projet LVMH pour la Samaritaine.
  • Le « façadisme » mis en oeuvre à l’Hôtel Lebrun (5e).
  • Les menaces qui pèsent sur l’atelier Picasso, rue des Grands Augustins (6e), par un projet de réaménagement en résidence hôtelière.
  • Le pont des Arts débarrassé de ses cadenas et désormais recouvert de… tags !
  • Le projet d’extension du Fouquets (8e) d’une vaste baie vitrée englobant balcons et combles et comment la Commission du Vieux Paris a « catégoriquement refusé cette monstrueuse verrue ».
  • La réhabilitation inespérée d’un immeuble de la rue Rochefoucauld (9e).
  • Alerte sur les menaces qui pèsent sur la Gare du Nord, auxquelles nous allons nous intéressés encore plus longuement sur notre site.
  • Le combat des associations et riverains pour sauver le stade de Père Lachaise, boulevard du Ménilmontant (11e).
  • Le complexe sportif Léo Lagrange menacé par le projet de la ZAC Bercy : combat de ses supporters et pétition.
  • Le projet de la Sorbonne Nouvelle confié à Christian de Portzamparc et situé rue de Picpus (12e) près de la Nation.
  • La place Denfert-Rochereau avec ses deux bâtiments de l’architecte Claude-Nicolas Ledoux (1785) vouée à un « réaménagement » assez osé !
  • Tour Triangle : vote au Conseil de Paris, recours en justice de SOS Paris.
  • Le modeste édifice, sans prétention et sans protection patrimoniale, de la Sainte Rita, « l’église des animaux », échappe « miraculeusement » à la destruction. Pour l’heure ?…
  • Les petits propriétaires de la rue Chauvelot (15e) face au droit de préemption, menacés de confiscation.
  • Les travaux sur le gratte-ciel TGI (17e) signé Rienzo Piano.
  • ZAC Paris Nord-Est (19e) : la reconversion du dépôt de la Chapelle.
  • Enfin, un grand dossier consacré aux Serres d’Auteuil écrit par François Loyer, historien d’Art et d’Architecture, auteur de nombreux ouvrages dont « Paris XIXe siècle : l’immeuble et la rue« , Paris, Hazan 1987 et « Le siècle de l’industrie 1789-1914″, Genève Albert Skira 1983, publiés aussi en anglais aux États-Unis.

Téléchagement Pour télécharger le bulletin dans sa totalité, cliquez sur ce lien : SOS PARIS-N°95

Extrait du dossier Serres d'Auteui écrit par François Loyer

Extrait du dossier Serres d’Auteuil écrit par François Loyer