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14/11/2016

Serres d’Auteuil : la Justice déboute les Formigé

 

Le communiqué de l’AFP

    10 novembre 2016

Après des années de conflit, la justice a tranché en faveur du projet d’agrandissement du stade de Roland-Garros, porté par la Fédération française de tennis (FFT), en déboutant jeudi les héritiers de l’architecte du jardin classé des Serres d’Auteuil.

Une extension « indispensable » pour la fédération qui veut doter Paris d’un grand stade à la hauteur du tournoi international du Grand Chelem. Un projet qui va « défigurer » l’oeuvre de l’architecte-paysager Jean-Camille Formigé (1845-1926) selon ses héritiers.

La FFT s’est réjouie d’une « nouvelle victoire » et a affiché son « objectif de jouer l’édition 2019 du tournoi dans le nouveau court », dans un communiqué.

L’avocat des descendantes de Formigé, Philippe Zagury, a quant à lui annoncé à l’AFP qu’il allait « faire appel de cette décision extrêmement décevante ». « Nous allons apporter des éléments supplémentaires, a-t-il promis, et montrer mètre carré par mètre carré ce qui est remarquable dans cette oeuvre. »

 

Le Comité de soutien des Serres d’Auteuil a aussi déploré « une très mauvaise nouvelle concernant la protection des espaces verts comme des sites patrimoniaux ».

 

Le tribunal a déclaré Laurence et Virginie Formigé, arrière-petites filles de l’architecte, et l’association Jean-Camille Formigé « irrecevables en leurs demandes fondées sur l’atteinte au droit moral » de l’architecte, « faute de qualité à agir ».

De même, il a débouté une autre héritière, bien reconnue comme « légataire universelle » mais jugée elle aussi irrecevable, « faute de décrire les caractéristiques du jardin et des serres d’Auteuil qui porteraient l’empreinte de la personnalité de Jean-Camille Formigé et donc d’établir que la partie noble du jardin est susceptible d’être considérée comme un œuvre protégeable au titre du droit d’auteur ».

Les plaignants ont en outre été condamnés solidairement à verser 40.000 euros au titre des frais de justice à la FFT, laquelle a en revanche été déboutée de sa demande de dommages et intérêts pour procédure abusive.

 « Sans ambiguïté »

Cette décision du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris, la première sur le fond du dossier, clôt un chapitre important de la bataille juridique entre les défenseurs du patrimoine d’une part, la fédération de tennis et la mairie de Paris d’autre part.

Même si ce dossier est loin d’être refermé, avec un nouveau rendez-vous judiciaire déjà prévu début 2017, cette fois devant le tribunal administratif devant lequel des associations contestent le permis de construire.

Sur le terrain, les pelleteuses sont en action depuis plus de quinze jours, après l’autorisation de reprise des travaux par la 3e chambre civile du TGI le 18 octobre.

Le projet de la fédération, présenté en 2011 et qui a obtenu un permis de construire en 2015, prévoit un court semi-enterré de 5.000 places aux abords immédiats des serres historiques, entraînant la destruction de serres « modernes », bâties après 1980 et jugées sans valeur architecturale.

Le directeur général de la FFT Jérémy Botton a salué une décision « sans ambiguïté », expliquant à l’AFP attendre désormais « plus que serein » la « décision au fond du tribunal administratif qui devrait intervenir début janvier ». Sur le terrain, a-t-il ajouté, « les travaux avaient repris leur cours et ne devraient plus jamais s’arrêter ».

Lors de l’audience du 3 novembre, l’avocat des héritiers Formigé avait affirmé que le nouveau court allait, par sa taille, « devenir l’élément central du jardin », « écraser les perspectives » et « dénaturer un jardin original à l’ordonnancement rythmé ».

Au contraire, ceux de la FFT avaient vanté un nouveau court « jamais visible », « entièrement bordé de serres, pour s’intégrer dans la plus grande harmonie au jardin » et dont les accès ne seront ouverts au public à travers le jardin « que six semaines par an, le temps du tournoi ».

Un projet soutenu par la mairie de Paris « parce qu’il respecte les droits d’auteurs », a réagi son avocat Marc-Olivier Deblanc, qui avait rappelé à l’audience l’action continue de la ville pour préserver son patrimoine, en redonnant son lustre au cinéma Louksor et à son style antique années 1920, à la prestigieuse salle Pleyel ou au crématorium du Père-Lachaise conçu par Formigé, illustre architecte en chef des monuments historiques.

 

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AFP

 

 

24/10/2016

Serres d’Auteuil : réponse à Paul Chemetov

Par François Loyer

Que le stade des Internationaux de Tennis souhaite s’agrandir, nul n’en doute. Il n’est pas acceptable, en revanche, que ce soit au détriment des Serres d’Auteuil. Édifiées sous la IIIe République par un architecte de premier plan, elles sont en tout point exceptionnelles. La modernité d’une composition fondée sur l’ampleur du vide et la valorisation du site n’a pas d’équivalent : chacun se plaît à reconnaître que le paysage est enchanteur, la scénographie magistrale, l’écriture monumentale d’une impressionnante sobriété. Remplacer les serres techniques qui en sont partie prenante par un stade de 5.000 places défigurerait irrémédiablement l’ensemble.

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Comment pourrait-il résister, en effet, à la masse écrasante d’arènes de béton aussi hautes que son pavillon central ? Le point de vue de Paul Chemetov, passant sous silence le stade pour évoquer son enveloppe de nouvelles serres « accordées à la hauteur des serres historiques d’Auteuil », fait fi de la différence d’échelle voulue par Jean-Camille Formigé entre le Palmarium, au bout du tapis vert, et l’étendue des couvertures de verre propres aux serres basses. Qualifier ces dernières d’ « abris en alu et plastique » relève d’une volonté de dénigrement : un tel point de vue ignore sciemment la force de la composition, pour ne s’attacher qu’à des détails médiocres et sans importance.

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L’argumentaire que développe Chemetov n’est pas plus franc. La célébrité médiatique de l’auteur du projet actuel lui paraît suffisante pour justifier la dénaturation d’un site patrimonial protégé à plusieurs titres. A mon sens, c’est un comportement de philistin de détruire la culture dont on a eu la chance d’hériter. Les protestations répétées des associations défendant le site du Bois de Boulogne seraient-elles sans valeur ? Ce n’est pas en jetant l’anathème contre ceux qui osent affronter le pouvoir des lobbies du sport qu’on pourra rendre supportable la défiguration d’un ensemble patrimonial d’aussi grande qualité.

« Conserver, c’est transformer » : l’argument plaît aux architectes, pas à l’opinion. Imagine-t-on sérieusement de découper une toile de Gauguin pour en intégrer des fragments à une œuvre contemporaine, au motif que cela la rendrait plus actuelle ? M. Chemetov lui-même, auteur d’un ministère des Finances qui sent bon le colbertisme, verrait-il d’un bon œil que son œuvre soit altérée afin de limiter la violence de l’impact qu’elle a eu sur les bords de Seine ? C’est pourtant ce qu’on serait tenté de proposer aujourd’hui, ne serait-ce que pour limiter les prétentions d’une architecture asservie aux ambitions hégémoniques de l’Etat ou du grand capital.

Peu importe que l’auteur du projet de la FFT soit Marc Mimram ; Jean-Camille Formigé le vaut bien, au regard d’une histoire moins immédiate que celle de l’actualité. Pour nous, le combat pour les serres d’Auteuil n’est pas celui du bourgeois du XVIe arrondissement contre le sport international (ils ne nous intéressent pas plus l’un que l’autre) ; il est celui d’une opinion qui, toutes classes confondues, s’acharne à défendre la richesse d’une culture menacée par la montée en puissance des intérêts privés. Faudra-t-il que le Bois de Boulogne connaisse le même sort que la Forêt de Bondy pour qu’on s’en aperçoive ? Laissons vivre cette perle de l’architecture moderne du XIXe siècle, en plein XXIe siècle. Elle nous apportera autre chose que l’arrogance du monde qui se construit impunément autour de nous.

Paris le 20.10.2016

François LOYER

Grand Prix du Patrimoine

24/03/2016

L’extension de Roland-Garros sur les Serres d’Auteuil jugée incompatible avec le lieu par le Tribunal

Communiqué de Presse des associations  – 24 mars 2016

Les travaux d’extension de Roland-Garros sur le Jardin des serres d’Auteuil suspendus par le Tribunal Administratif

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Les Serres d’Auteuil dans le bois de Boulogne

Les associations de protection de l’environnement et du patrimoine, FNE IDF (France Nature Environnement Ile-de-France), SOS Paris, la SPPEF (Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France) et les VMF (Vieilles Maisons Françaises) ont eu gain de cause en obtenant la suspension des travaux du complexe sportif de Roland-Garros sur le jardin des Serres d’Auteuil.
Aujourd’hui, le tribunal administratif de Paris, dans sa formation de référé, a confirmé les demandes des associations en jugeant que le projet d’un court de tennis de 5 000 places au cœur de ce jardin botanique unique n’est pas compatible avec le lieu, de sorte que les travaux doivent être suspendus en attendant un jugement définitif sur le fond.

Plan des Serres d'Auteuil

Plan des Serres d’Auteuil que Rolland Garros tente de « grignoter »

L’exigence d’un déclassement partiel préalable du Bois de Boulogne
Le Jardin botanique des Serres d’Auteuil est un lieu unique bénéficiant d’une double protection (au titre des sites comme élément constitutif du Bois de Boulogne, et au titre des Monuments historiques, pour la majeure partie de ses bâtiments et l’intégralité de son sol dans sa composition).
La privatisation d’une partie de ce jardin, jusqu’alors ouvert à tous est contraire à la vocation du Bois de Boulogne comme bien commun, dédié à la promenade publique et nécessitait un déclassement partiel préalable par le Conseil d’Etat.

La consécration du combat des associations 

Confortées dans le combat qu’elles mènent depuis plus de 5 ans, les associations rappellent qu’elles ont proposé des solutions alternatives, respectant le cahier des charges de la FFT et préservant le Jardin des serres d’Auteuil, notamment par la couverture partielle de l’autoroute A13 qui borde le complexe actuel sur toute sa longueur. Celle-ci a pour double avantage de doter la FFT d’un nouvel espace et d’effectuer une réparation écologique en offrant une nouvelle liaison du Bois à la ville.

Regrettant les dernières communications de la FFT, dénigrant voire ignorant le talent de Jean-Camille Formigé, les associations rappellent que Formigé est un des architectes les plus connus de son époque, au même titre que Eiffel ou Baltard. Nombre de ses créations participent aujourd’hui de la beauté de la France et, notamment de Paris, avec le square d’Anvers, la place de la Nation ou encore la décoration du pont de Bir-Hakeim. La protection d’une de ses œuvres les plus abouties est un devoir pour tous.
Egalement, l’artificialisation du jardin botanique est contraire aux engagements pris par l’Etat et la Ville de Paris pour lutter contre le réchauffement climatique lors des accords de Paris de décembre 2015.
Enfin l’obstination de la FFT sur ce projet risque de jeter le discrédit sur la candidature de Paris aux JO de 2024, en opposant au sport la protection de l’environnement et du patrimoine.
Contacts
Agnès Popelin – Vice-présidente de FNE-IDF | 06 79 68 41 90 | agnes.popelin@fne-idf.fr
Christine Nedelec – SOS Paris | 01 45 44 63 26 | sos.paris@orange.fr
Alexandre Gady – Président SPPEF | 06 62 60 74 55 | president@sppef.org
Philippe Toussaint – Président VMF | 06 18 41 59 30 | president@vmfpatrimoine.org
Isabelle Cassin – Genesis avocat I 01 56 59 42 53 I Isabelle.CASSIN@genesis–avocats.com