Posts tagged ‘François Loyer’

24/10/2016

Serres d’Auteuil : réponse à Paul Chemetov

Par François Loyer

Que le stade des Internationaux de Tennis souhaite s’agrandir, nul n’en doute. Il n’est pas acceptable, en revanche, que ce soit au détriment des Serres d’Auteuil. Édifiées sous la IIIe République par un architecte de premier plan, elles sont en tout point exceptionnelles. La modernité d’une composition fondée sur l’ampleur du vide et la valorisation du site n’a pas d’équivalent : chacun se plaît à reconnaître que le paysage est enchanteur, la scénographie magistrale, l’écriture monumentale d’une impressionnante sobriété. Remplacer les serres techniques qui en sont partie prenante par un stade de 5.000 places défigurerait irrémédiablement l’ensemble.

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Comment pourrait-il résister, en effet, à la masse écrasante d’arènes de béton aussi hautes que son pavillon central ? Le point de vue de Paul Chemetov, passant sous silence le stade pour évoquer son enveloppe de nouvelles serres « accordées à la hauteur des serres historiques d’Auteuil », fait fi de la différence d’échelle voulue par Jean-Camille Formigé entre le Palmarium, au bout du tapis vert, et l’étendue des couvertures de verre propres aux serres basses. Qualifier ces dernières d’ « abris en alu et plastique » relève d’une volonté de dénigrement : un tel point de vue ignore sciemment la force de la composition, pour ne s’attacher qu’à des détails médiocres et sans importance.

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L’argumentaire que développe Chemetov n’est pas plus franc. La célébrité médiatique de l’auteur du projet actuel lui paraît suffisante pour justifier la dénaturation d’un site patrimonial protégé à plusieurs titres. A mon sens, c’est un comportement de philistin de détruire la culture dont on a eu la chance d’hériter. Les protestations répétées des associations défendant le site du Bois de Boulogne seraient-elles sans valeur ? Ce n’est pas en jetant l’anathème contre ceux qui osent affronter le pouvoir des lobbies du sport qu’on pourra rendre supportable la défiguration d’un ensemble patrimonial d’aussi grande qualité.

« Conserver, c’est transformer » : l’argument plaît aux architectes, pas à l’opinion. Imagine-t-on sérieusement de découper une toile de Gauguin pour en intégrer des fragments à une œuvre contemporaine, au motif que cela la rendrait plus actuelle ? M. Chemetov lui-même, auteur d’un ministère des Finances qui sent bon le colbertisme, verrait-il d’un bon œil que son œuvre soit altérée afin de limiter la violence de l’impact qu’elle a eu sur les bords de Seine ? C’est pourtant ce qu’on serait tenté de proposer aujourd’hui, ne serait-ce que pour limiter les prétentions d’une architecture asservie aux ambitions hégémoniques de l’Etat ou du grand capital.

Peu importe que l’auteur du projet de la FFT soit Marc Mimram ; Jean-Camille Formigé le vaut bien, au regard d’une histoire moins immédiate que celle de l’actualité. Pour nous, le combat pour les serres d’Auteuil n’est pas celui du bourgeois du XVIe arrondissement contre le sport international (ils ne nous intéressent pas plus l’un que l’autre) ; il est celui d’une opinion qui, toutes classes confondues, s’acharne à défendre la richesse d’une culture menacée par la montée en puissance des intérêts privés. Faudra-t-il que le Bois de Boulogne connaisse le même sort que la Forêt de Bondy pour qu’on s’en aperçoive ? Laissons vivre cette perle de l’architecture moderne du XIXe siècle, en plein XXIe siècle. Elle nous apportera autre chose que l’arrogance du monde qui se construit impunément autour de nous.

Paris le 20.10.2016

François LOYER

Grand Prix du Patrimoine

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20/07/2016

Kiosques parisiens : une authenticité culturelle à protéger

Par François Loyer

 

L’élan populaire suscité par la menace de disparition des kiosques est tout à fait remarquable alors qu’il s’agit d’un élément modeste du décor parisien: plus de 55.000 signataires.

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Avec les autres édicules de l’ère haussmannienne : candélabres, bancs publics, colonnes Morris, grilles des arbres, fontaines Wallace, c’est tout un ensemble intimement lié au cadre patrimonial parisien comme les immeubles anciens, le métro aérien, les entrées du métro Guimard, les grandes places parisiennes, la tour Eiffel que les Parisiens voudraient voir protéger…  S’il y a longtemps que les bancs, candélabres, panneaux indicateurs, grilles d’arbre, colonnes Morris et kiosques du Second Empire ont été remplacés, l’usure aidant, cela n’a pas empêché la typologie de se maintenir au fur et à mesure des renouvellements.

S’il y a un modèle à mettre en avant, c’est celui de l’architecture japonaise en bois : malgré les aléas du temps (guerres, accidents, tempêtes…), on continue à les reproduire à l’identique – au point qu’on a pu reconstruire il y a quelques années des temples disparus sur le site de Nara, avec le soutien de l’Unesco.

Feu Michel Parent avait fait de cette continuité dans la reproduction d’une tradition culturelle son cheval de bataille, en soulignant que l’authenticité de ces formes n’était pas moindre, dans des matériaux non pérennes (et donc appelés à se renouveler), que celle à laquelle nous sommes attachés dans le monde occidental où la maçonnerie est reine.

C’est donc au nom de l’authenticité culturelle (et non matérielle) que nous devons mener le combat – contre la perte de la mémoire et celle de l’unité de l’héritage patrimonial qu’entraîne le changement des standards, sous prétexte de modernité.

L’essentiel est d’éviter la rupture systématique entre passé et présent, de permettre aux productions nouvelles de fusionner avec l’esprit de celles qui les ont précédées. Sinon, c’est la mort du patrimoine. Je continue à penser qu’il n’y a rien d’insultant à avoir la mémoire des choses et à la réinvestir dans les œuvres de notre époque. Demandez ce qu’ils en pensent aux grands cuisiniers, tout aussi inventeurs qu’ils sont conservateurs… »

F.L.

03/11/2015

Le nouveau bulletin vient de sortir ! Voici son sommaire…

Les adhérents de SOS Paris auront le privilège de recevoir le dernier numéro du bulletin de l’association, imprimé, dans leurs boîtes à lettres, dans les jours qui viennent. Mais tous ceux qui le souhaitent peuvent déjà le télécharger au format PDF sur le lien signalé plus bas.

Extrait de la page consacrée à la Place Denfert Rochereau

Extrait de la page consacrée à la Place Denfert Rochereau

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Errata :

Une erreur de signature s’est glissée dans la page 9 de notre bulltin : l’article intitulé « LES TOURS DUO DE JEAN NOUVEL APPROUVÉES PAR LE CONSEIL DE PARIS » n’a pas été rédigé par Marie Karel, mais par Olivier de Monicault. _______________________________________________________ Il convient de rappeler que ce n’est pas la même équipe qui rédige le traditionnel bulletin de SOS Paris envoyé aux abonnés (et lu dans les administrations, les mairies, les ministères), et celle qui rédige les articles du présent site internet. Mais il arrive qu’un article fasse l’objet de reprise, dans un sens ou dans l’autre.

Au sommaire de ce numéro de la rentrée 2015-16, l’éditorial d’Olivier de Monicault, président de SOS Paris, un tour d’horizon de Paris, arrondissement par arrondissement, qui permet de se tenir informé sur les derniers enjeux patrimoniaux, en plus de petites nouvelles et des annonces… Voici un bref aperçu non exhaustif des sujets traités dans ce dernier numéro :

  • Un dernier hommage à Christian Méric, fidèle militant de longue date, qui nous a quittés en septembre.
  • Les réflexions que nous inspire la décision du Conseil d’État d’annuler le verdict en appel de la Cour d’Appel Administrative, concernant le projet LVMH pour la Samaritaine.
  • Le « façadisme » mis en oeuvre à l’Hôtel Lebrun (5e).
  • Les menaces qui pèsent sur l’atelier Picasso, rue des Grands Augustins (6e), par un projet de réaménagement en résidence hôtelière.
  • Le pont des Arts débarrassé de ses cadenas et désormais recouvert de… tags !
  • Le projet d’extension du Fouquets (8e) d’une vaste baie vitrée englobant balcons et combles et comment la Commission du Vieux Paris a « catégoriquement refusé cette monstrueuse verrue ».
  • La réhabilitation inespérée d’un immeuble de la rue Rochefoucauld (9e).
  • Alerte sur les menaces qui pèsent sur la Gare du Nord, auxquelles nous allons nous intéressés encore plus longuement sur notre site.
  • Le combat des associations et riverains pour sauver le stade de Père Lachaise, boulevard du Ménilmontant (11e).
  • Le complexe sportif Léo Lagrange menacé par le projet de la ZAC Bercy : combat de ses supporters et pétition.
  • Le projet de la Sorbonne Nouvelle confié à Christian de Portzamparc et situé rue de Picpus (12e) près de la Nation.
  • La place Denfert-Rochereau avec ses deux bâtiments de l’architecte Claude-Nicolas Ledoux (1785) vouée à un « réaménagement » assez osé !
  • Tour Triangle : vote au Conseil de Paris, recours en justice de SOS Paris.
  • Le modeste édifice, sans prétention et sans protection patrimoniale, de la Sainte Rita, « l’église des animaux », échappe « miraculeusement » à la destruction. Pour l’heure ?…
  • Les petits propriétaires de la rue Chauvelot (15e) face au droit de préemption, menacés de confiscation.
  • Les travaux sur le gratte-ciel TGI (17e) signé Rienzo Piano.
  • ZAC Paris Nord-Est (19e) : la reconversion du dépôt de la Chapelle.
  • Enfin, un grand dossier consacré aux Serres d’Auteuil écrit par François Loyer, historien d’Art et d’Architecture, auteur de nombreux ouvrages dont « Paris XIXe siècle : l’immeuble et la rue« , Paris, Hazan 1987 et « Le siècle de l’industrie 1789-1914″, Genève Albert Skira 1983, publiés aussi en anglais aux États-Unis.

Téléchagement Pour télécharger le bulletin dans sa totalité, cliquez sur ce lien : SOS PARIS-N°95

Extrait du dossier Serres d'Auteui écrit par François Loyer

Extrait du dossier Serres d’Auteuil écrit par François Loyer