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06/10/2016

Comment… abîmer Paris ? Par Mary Campbell Gallagher

Article publié sur le blog Architecture here and there de David Brussat 

Traduit par Harold Hyman 

Les consciences du monde entier ont hurlé lorsque les sicaires de Daech ont frappé de leurs marteaux les musées d’Irak et ont dynamité Palmyre. Et pourtant, ce n’est pas uniquement au Moyen-Orient que tout va mal pour le patrimoine : que penser lorsque le vandale est une femme parisienne habillée tendance et qui parle un langage visionnaire ? Que penser si cette même dame à pour cible le patrimoine de la ville la plus adulée et visitée au monde ? Les consciences vont-elles alors se réveiller, ou sont-elles indifférentes aux visions inconcevables de cette dame ?

IMG_0573Rue de Rivoli, la Samaritaine, au fond le Louvre, mai 2016. Photo MK.

“Nous aurons toujours Paris”, dit Rick à Elsa dans le film Casablanca. Or dernièrement, la maire de Paris, Anne Hidalgo, se vante de “réinventer” Paris. Sans en référer à l’électorat parisien, sa vision remplacerait cette ville incomparablement harmonieuse par quelque chose de plus “moderne” et “contemporain”. Elle irait percer l’horizon historiquement bas en douze points au moyen de  gratte-ciel, elle remplacerait les façades en pierre de  taille par des parois en verre, et enfouirait les célèbres toitures de zinc et d’ardoise sous de nouvelles surélévations. My God! Ne voit-on pas ce que Paris s’inflige à lui-même?

Réveillez-vous, consciences du monde ! Madame Hidalgo va ravager Paris comme l’armée d’Attila le Hun a ravagé l’Europe. S’exprimant dans le langage codé du capital mondial, elle va parsemer la silhouette urbaine de gratte-ciel dernier cri, aux formes bizarres, l’un en triangle, l’autre en boîtes de verre superposées, un autre encore en forme de deux tours penchées. Voilà qui s’appelle “réinventer”. Pour l’heure, Paris reste une ville de pierre. La maire va y introduire une morphologie de béton-verre-métal qui transforme déjà tant de villes du monde en clones. “Réinventer”, c’est ça.

Les consciences sont-elles si intoxiquées, si hypnotisées, par les mots “moderne” et “contemporain”, si intimidées par les stars internationales de l’architecture et du commerce, si fascinées par la toilette élégante de la maire, qu’elles puissent regretter Palmyre tout en oubliant Paris?

Quelqu’un peut-il sincèrement croire aux assurances de la maire ? Quels panneaux-solaires magiques peuvent-ils rendent ces édifices de verre écologiques ? Les géants corporate vont-ils vraiment se réimplanter à Paris une fois  que s’érigera une nouvelle tour — comme la Tour Montparnasse honnie —   au-dessus des immeubles de six à huit étages ?

En tant que correspondante américaine de SOS Paris, l’association française de conservation du patrimoine parisien, et en tant que fondatrice de la Coalition Internationale pour la Préservation de Paris, je sais que ces luttes ne sont que des escarmouches dans la guerre plus vaste pour Paris. Nous partageons la profonde satisfaction de toute l’humanité devant toutes les villes vénérées et exceptionnelles, Paris en  tête. Nous nous battons, surclassés par la trésorerie et les relations publiques de nos adversaires, pour défendre les traditions urbaines forgées par la longue et tumultueuse histoire de Paris, face à une architecture mondialisée et standardisée.

Si nous sommes les David de la Bible, alors les Goliath de cette affaire sont sûrement les grandes multinationales, les architectes vedettes, et les politiciens à l’Hôtel de Ville. Eux tous sont les artisans déchaînés d’un nouveau Paris bling-bling. Pour eux, c’est un Paris plus “innovant” qu’il nous faudrait à tous. Leur vœu nous rapprocherait Paris de New York, de Tokyo, et de tout autre capitale économique.

Le 19 juin, la maire a remporté un franc succès lorsque le Conseil d’Etat a permis à la Mairie de dévier du plan d’urbanisme pour délivrer un permis de construire qui entacherait la beauté du centre historique de Paris. Le géant de la distribution de biens de luxe LVMH a reçu l’aval de la cour pour planter, incroyablement, un énorme mur de verre ondulant au beau milieu des rangées de façades de pierre alignées sur cette rue emblématique de Paris, la rue de Rivoli. Haut de sept étages, sans portes ni fenêtres, et à 73 mètres presque aussi long qu’un stade de football, cet immeuble sera un genre de vaisseau spatial posé dans le centre de Paris.

Le Conseil d’Etat a souligné que cette structure extraterrestre est bien “contemporaine”. Or la cour d’appel administrative avait bien qualifié le projet de “dissonant”. Mettez l’immeuble dans un centre commercial à côté d’une autoroute, et il pourrait avoir sa place. Dans le Paris central, cet idéal d’urbanité, cette façade fait l’effet d’un ivrogne qui s’impose dans un salon. Désormais, la rue de Rivoli commencera à perdre de son élégance par mille plaies, les nouvelles façades rivalisant de “dissonance”.

Les promoteurs prétendent que sans ces nouveautés Paris deviendra un musée, comme Venise. En fait, Paris est l’une des villes les plus animées du monde. Une façade de verre incongrue sur la rue de Rivoli ajouterait-elle à l’animation ? On demande à voir ! Nous autres défenseurs du patrimoine ne sommes pas opposés aux projets immobiliers. Olivier de Monicault, président de SOS Paris, convient que la construction dans Paris intramuros étant inévitable, “les démolitions sont inévitables”. Nous voulons que Paris garde sa vitalité et se développe — mais en harmonie avec ses traditions.

L’Hôtel de Ville de Paris a  troqué l’élégance française pour une rupture mondialisante. Que l’opinion internationale s’émeuve autant pour Paris que pour Palmyre ! Qu’elle soutienne le peuple de Paris. Il est infiniment triste de penser à ce que nous sommes en train de perdre.

Par Mary Campbell Gallagher _________________________ Version originale en anglais sur le blog de David Brussat

20/11/2014

Un Viollet-le-Duc contemporain pourrait-il construire la Tour Triangle?

 

Notre-Dame sous une cloche imaginaire pour la conserver. Photo Harold Hyman

Notre-Dame sous une cloche imaginaire pour la conserver.

Par Harold Hyman

 

Pour le Huffingont Post

19/11/2014

Extraits :

(…) Comment, et quoi, construire dans Paris ? Eugène Viollet-le-Duc, 1814-1879, architecte éduqué par des membres de sa famille d’architectes, est lancé par Prosper Mérimée qui lui demande des restaurations dès les années 1840, à l’époque où Louis-Philippe, et bientôt Napoléon III, réconcilient les Français avec les structures si méprisées, et souvent saccagées quand ce n’était pas détruites, sous la Révolution.

(…)

Pour lier l’époque de Viollet-le-Duc à l’époque actuelle, une exposition connexe a été inaugurée ce 18 novembre, également à la Cité de l’Architecture : « Revoir Paris », une œuvre de talent de deux spécialistes des mondes imaginaires de la bande dessinée, François Schuiten et Benoît Peeters qui présentent « des tracés d’Haussmann aux projets du Grand Paris, en passant par les utopies de Robida et de Perret, ou les projets de Le Corbusier ou Jean Nouvel », en leur propres termes Futurisme et post-modernisme donc, qui font passer Viollet-le-Duc pour un simple restaurateur de talent engagé dans une voie de garage architectural, tellement il aurait raté l’émergence des utopies post-haussmanniennes.

(…)

Alors pourquoi réhabiliterait-on aujourd’hui Viollet-le-Duc, en supposant qu’il aurait opté pour la conservation de l’allure passéiste de Paris, alors même que l’on admirerait la Tour Triangle des architectes Herzog et De Meuron ? Être à la fois enthousiasmé par un chantre de la restauration du passé et un chantre de l’architecture contemporaine est presque schizophrène : aller de l’exposition de Viollet-le-Duc à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine à l’exposition connexe « Revoir Paris », qui montre les utopies futuristes sur Paris, puis se transporter au Pavillon de l’Arsenal, où a lieu l’exposition de cette célèbre Tour Triangle, de 180 m de haut avec 50 étages !

(…)

Et donc Viollet-le-Duc aurait bien été obligé de rejeter le voyeurisme patent de l’esprit des gratte-ciel. La Tour Eiffel, par sa singularité et son caractère de charpente gracile eût sans doute été tolérable, mais l’essaimage de quartiers comme Beaugrenelle, d’immeubles comme la Tour Montparnasse, et des tours de 20-30 étages dans le 20e et le 13e — cela ne l’aurait guère ravi. Et la question se pose maintenant: que construirait un nouveau Viollet-le-Duc? Certainement pas la Tour Triangle. Il nous aurait sans doute reconstitué les Halles….

Lire l’article …

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Expositions : « Viollet-le-Duc, les visions d’un architecte » et « Revoir Paris, François Schuiten et Benoît Peeters » à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine (Cité Chaillot) du 20 novembre 2014 au 9 mars 2015.

19/11/2014

Un Viollet-le-Duc contemporain pourrait-il construire la Tour Triangle?

Par Harold Hyman

19/11/2014

L’œuvre du champion du patrimoine Eugène Viollet-le-Duc est à l’honneur à la Cité de l’Architecture, au moment où Paris s’interroge sur l’avenir des projets de gratte-ciel

Comment, et quoi, construire dans Paris ? Eugène Viollet-le-Duc, 1814-1879, architecte éduqué par des membres de sa famille d’architectes, est lancé par Prosper Mérimée qui lui demande des restaurations dès les années 1840, à l’époque où Louis-Philippe, et bientôt Napoléon III, réconcilient les Français avec les structures si méprisées, et souvent saccagées quand ce n’était pas détruites, sous la Révolution.

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Maquette de Notre-Dame faite avant sa restauration. Photo Harold Hyman

 

Viollet-le-Duc est, dès ses débuts, en opposition avec l’École des Beaux-Arts. Il n’est pas sur la ligne officielle, mais il a fait sa place, néanmoins. Il a ses entrées auprès de l’Empereur et les deux hommes partagent des vues semblables sur l’avenir du visage de Paris : plus lumineux, éclairé, mais avec des monuments et structures anciennes restaurées à leur niveau de splendeur maximale. Mission accomplie pour Notre-Dame de Paris, œuvre commencée déjà par Viollet-le-Duc sous Louis-Philippe et achevée en 1864. Le maître-mot était de trouver un idéal dans la restauration d’édifices – leur donner un éclat qu’elle n’ont sans doute jamais eu à un moment donné de leur passé. C’est la volonté d’amener le meilleur du passé qui le guide, avec quelques excès bien à lui.

Viollet-le-Duc n’a pas vu venir les gratte-ciel

Aurait-il approuvé la Tour Eiffel ? Ce que l’on sait, c’est que l’Empereur, Saint-Simonien, impulse à la fois les restaurations et les constructions rationnelles et décorées – le « haussmannisme » pourrait-on dire. Viollet-le-Duc approuve cette démarche, mais décède trop tôt pour voir venir la verticalité. Nous sommes donc obligés de deviner sa posture sur la question. Voyons Haussmann : peu favorable à la préservation systématique du patrimoine bâti, il épargnait uniquement des édifices d’intérêt historique. Lui aurait approuvé les grands ensembles verticaux.

Pour lier l’époque de Viollet-le-Duc à l’époque actuelle, une exposition connexe a été inaugurée ce 18 novembre, également à la Cité de l’Architecture : « Revoir Paris », une œuvre de talent de deux spécialistes des mondes imaginaires de la bande dessinée, François Schuiten et Benoît Peeters qui présentent « des tracés d’Haussmann aux projets du Grand Paris, en passant par les utopies de Robida et de Perret, ou les projets de Le Corbusier ou Jean Nouvel », en leur propres termes.

Futurisme et post-modernisme donc, qui font passer Viollet-le-Duc pour un simple restaurateur de talent engagé dans une voie de garage architectural, tellement il aurait raté l’émergence des utopies post-haussmanniennes.

Un Paris imaginaire en hauteur

Alors pourquoi réhabiliterait-on aujourd’hui Viollet-le-Duc, en supposant qu’il aurait opté pour la conservation de l’allure passéiste de Paris, alors même que l’on admirerait la Tour Triangle des architectes Herzog et De Meuron ? Être à la fois enthousiasmé par un chantre de la restauration du passé et un chantre de l’architecture contemporaine est presque schizophrène : aller de l’exposition de Viollet-le-Duc à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine à l’exposition connexe « Revoir Paris », qui montre les utopies futuristes sur Paris, puis se transporter au Pavillon de l’Arsenal, où a lieu l’exposition de cette célèbre Tour Triangle, de 180 m de haut avec 50 étages ! Un objet qui est censé recréer une urbanité de la contemplation des perspectives parisiennes, et sans doute permettre d’admirer Notre-Dame !

Notre-Dame sous une cloche imaginaire pour la conserver. Photo Harold Hyman

Notre-Dame sous une cloche imaginaire pour la conserver. Photo Harold Hyman

Et donc Viollet-le-Duc aurait bien été obligé de rejeter le voyeurisme patent de l’esprit des gratte-ciel. La Tour Eiffel, par sa singularité et son caractère de charpente gracile eût sans doute été tolérable, mais l’essaimage de quartiers comme Beaugrenelle, d’immeubles comme la Tour Montparnasse, et des tours de 20-30 étages dans le 20e et le 13e — cela ne l’aurait guère ravi. Et la question se pose maintenant: que construirait un nouveau Viollet-le-Duc ? Certainement pas la Tour Triangle. Il nous aurait sans doute reconstitué les Halles avant toute chose.

H.H.

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Expositions : « Viollet-le-Duc, les visions d’un architecte » et « Revoir Paris, François Schuiten et Benoît Peeters » à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine (Cité Chaillot) du 20 novembre 2014 au 9 mars 2015.

22/09/2014

Un livre et une exposition « Architecture en uniforme »

L’excellente exposition « Architecture en uniforme, projeter et construire pour la Seconde Guerre mondiale » à Cité de l’Architecture et du Patrimoine, basée sur le livre homonyme de Jean-Louis Cohen, a fermé ses portes, le 8 septembre dernier. Notre collaborateur, Harold Hyman lui consacre un article  dans notre rubrique « Autour des expositions » :

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Penser l’architecture dans la guerre
par Harole Hyman

Lire l’article :
http://wp.me/P2z3lR-tI

 

© Photo Harold Hyman