Posts tagged ‘Labrouste’

24/03/2017

Architecture métallique : les dentelles d’un patrimoine à redécouvrir

Éditorial d’Olivier de Monicault

Trop souvent, pour définir un défenseur du patrimoine architectural on le désigne sous le nom d’amateur de « vieilles pierres ». Cette dénomination sacrifie un pan entier de l’architecture,  et non le moindre, celui des constructions métalliques. Souvent négligées en effet car parfois invisibles derrière des façades de pierre, ces structures surtout édifiées au XIXème et au début du XXème siècle souffrent encore d’une forme de mépris et demeurent partiellement au purgatoire. Certes la Tour Eiffel, construite à titre provisoire il y a 125 ans, suscite une admiration unanime. Mais on ne peut oublier qu’en 1971, en dépit des protestations des associations, les Halles de Baltard furent intégralement démolies. La reconstruction d’un des pavillons à Nogent sur Marne et celle partielle d’un autre à Yokohama ne nous consolent pas du pire acte de vandalisme des cinquante dernières années. Le centre commercial qui les a remplacées avive notre indignation.


Combien de marchés couvertss ont également été sacrifiés au nom du modernisme ? Même si SOS Paris peut néanmoins se féliciter d’avoir largement contribué à sauver le Carreau du Temple aujourd’hui fort prisé, longue est la liste des bâtiments métalliques détruits sans états d’âme.

Je voudrais vous inviter à revisiter cette architecture inventive. Si elle est parfois bien connue (l’admirable Bibliothèque Sainte Geneviève de Labrouste, la
Grande Salle de la BN qui vient d’être restaurée, le Grand Palais, le Petit Palais…) d’autres réalisations demeurent moins connues (l’église Saint-Eugène – Sainte-Cécile dans le 9ème, l’église Notre-Dame du Travail dans le 14ème, la Maison du docteur Dalsace rue Saint Guillaume chef-d’oeuvre de l’art déco de Chareau, une succession d’immeubles de bureaux (les premiers du genre) rue Réaumur, certains marchés couverts… et, cachés du public, de multiples bâtiments industriels ou artisanaux). Je voudrais attirer votre attention sur l’église Saint-Augustin qui derrière ses façades de pierre cache une imposante structure métallique. Son état est réoccupant ; les travaux en cours sont bien insuffisants vu l’état du bâtiment. La Grande Poste rue du Louvre, depuis le départ d’une partie des activités de la Poste, fait l’objet de travaux de rénovation complète ; les associations avaient demandé en vain le classement de ce bâtiment pour éviter sa dénaturation.


Plus modestes mais pittoresques, les petites constructions du Marché aux Fleurs (1873, André & Fleury constructeurs) risquent d’être sacrifiées dans le projet de réhabilitation de l’Ȋ le de La Cité. Ces simples abris sont d’une écriture légère et élégante, bien oubliée de nos jours, où elles ont souffert de multiples cloisonnements. Elles évoquent le charme de ces abris destinés aux promeneurs (et en tout point similaires) qui bordent les contreallées des Champs-Élysées.

Dossier inquiétant. Puissent ces quelques lignes vous inviter à regarder d’un autre oeil cet aspect du patrimoine parisien, si riche et si varié, et vous donner l’envie de nous aider à le préserver et le mettre en valeur.

 

Les constructions métalliques sont omniprésentes à Paris. En voici une petite sélection (de gauche à droite et de haut en bas) : Bibliothèque Sainte-Geneviève, Carreau du Temple, Centre 104, École des Beaux-Arts, Église Saint-Augustin, Église Saint-Eugène – Sainte- Cécile, Gare de l’Est, Gare du Nord, Grand Palais, Halles Baltard en 1968, Maison des Métallos, Maison du Dr. Dalsace, Passerelle des Arts, Poste du Louvre et … la Tour Eiffel !

07/03/2014

Poste du Louvre : un édifice exceptionnel qui mérite d’être classé

Par François Loyer, historien d’art et d’architecture, membre de SOS Paris.

La sauvegarde de l’édifice de la Poste du Louvre présente un enjeu majeur pour le patrimoine architectural et historique parisien.

La poste du Louvre

La poste du Louvre

Les façades sévères du bâtiment sont l’emblème d’un rationalisme architectural propre à la France.

Le concepteur en fut Julien Guadet, grand prix de Rome, élève de Labrouste. Chef d’atelier à l’École des Beaux-Arts pendant plus de trente ans, Guadet a été l’auteur des « Eléments et théorie de l’architecture » qui furent la bible des architectes pendant plus d’un demi-siècle. Ses deux élèves les plus illustres, se revendiquant comme ses plus fidèles disciples, sont le lyonnais Tony Garnier et le parisien Auguste Perret – ce qui n’est pas rien dans l’histoire de l’architecture française !

Derrière ses façades plutôt neutres, l’édifice réserve une surprise de taille : l’intérieur est constitué de deux grandes nefs parallèles en structure métallique, longues de 130 m et larges de 12 et 16 mètres – une portée spectaculaire pour l’époque. Longeant toute la périphérie du bâtiment, elles enveloppent la cour intérieure de cet immeuble-îlot dont le principe évoque un célèbre projet utopique d’Hector Horeau.

On pense immédiatement aux grandes halles des expositions universelles, mais aussi aux premiers grands magasins – notamment, le Bon Marché, qui date des dernières années du Second Empire. Du point de vue technique, le parti de la Poste Centrale est beaucoup plus impressionnant. Il précède d’ailleurs de plus de dix ans la construction du grand magasin du Printemps, qui s’en inspirera directement (mais dont l’ossature intérieure en a disparu de nos jours, alors que la poste centrale a survécu).

Il s’agit donc de ce que les spécialistes du patrimoine appellent un « unicum » : la tête de file d’une série de réalisations qui en vulgariseront le principe, jusqu’à ce que le métal cède la place au béton armé dans le cours du XXe siècle.

Le programme n’est pas moins emblématique que le parti architectural. Construit au lendemain de la défaite de 1870, l’édifice exprime l’ambition française de relever la tête et de s’imposer au plan international après l’humiliation de Sedan, la perte de l’Alsace-Lorraine et le drame de la Commune. Il répond à la « fête impériale » et à ses excès par l’affirmation doctrinaire d’une croyance dans la modernité qui passe par l’austérité du langage décoratif et la recherche de l’audace technologique.

Bref, c’est un bâtiment qui se veut éminemment moderne et sera considéré comme tel, au même titre que la Bibliothèque Nationale de Labrouste et, plus tard, le Grand Palais.

Sa réalisation fut l’une des premières décisions de la IIIe République naissante : le percement de la rue du Louvre s’accompagne en effet de la construction de la Poste Centrale et de celle de la Bourse du Commerce (fort intéressante, elle aussi). Elle est l’affiche du nouveau régime, le porte-drapeau de son idéologie qui propose au pays le dépassement de ses conflits politiques au profit du développement industriel face aux grandes rivales que sont l’Allemagne et l’Angleterre. L’aboutissement de cette entreprise sera la non moins spectaculaire Exposition Universelle de 1878, triomphe de l’architecture du fer.

D’un aspect moins flatteur, mais d’une importance historique et artistique non moins essentielle que l’Opéra de Paris ou la Basilique de Montmartre, la Poste Centrale n’a pas été bien comprise jusqu’ici par les spécialistes – sans doute, parce qu’elle faisait le sacrifice du décor au profit de la structure, encore que le détail des ossatures métalliques, d’un dessin raffiné, prouvent le contraire à tout observateur attentif.

Il faut exiger maintenant son classement au titre des monuments historiques, en tant que monument majeur de l’histoire de l’art français sous la IIIe République, et il faut imposer le respect de ses dispositions dans les projets de transformation à l’étude.

Le propriétaire ne voit dans le site de la rue du Louvre qu’une opportunité foncière, dans une logique purement spéculative. Il est temps de lui faire comprendre que l’enjeu patrimonial est tel qu’il doit modérer ses ambitions, en conservant à l’édifice son intégrité et en veillant à ce que les transformations nécessaires le mettent en valeur au lieu de la dénaturer.

Si chacun d’entre nous signe la pétition et la fait signer autour de lui, nous pouvons espérer d’être entendus !

F.L.

Pour signer la pétition en ligne lancée par l’association Sauvegarde de Paris Historique pour la défense du bâtiment de la Poste du Louvre, cliquez ici