Posts tagged ‘Samaritaine’

08/06/2016

Menaces inédites et graves sur le patrimoine parisien

Notre association n’a pas comme unique vocation de s’indigner en permanence ou de critiquer systématiquement les décisions de nos édiles et des responsables de l’architecture et de l’urbanisme de notre ville... 10463657_982869705090152_5012522177585443952_o-2 Malgré son nom qui laisse entendre une mission d’alerte, SOS Paris se donne le temps de s’arrêter souvent devant des réalisations jugées positives, comme plusieurs articles des anciens numéros de notre bulletin en témoignent. Mais ces deux dernières années, les projets destructeurs du cadre de vie et de l’environnement parisien, sont si nombreux, si insolents, si « culottés » – on ose dire, et si arbitraires, qu’ils ne laissent pas le moindre répit à ceux qui aiment et défendent leur ville !

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Rue de Rivoli, la Samaritaine, au fond le Louvre, mai 2016 

Entre la défiguration éhontée des places parisiennes historiques et mondialement connues, appelée pudiquement (et prudemment…) « réaménagement », la disparition programmée des édicules du Second empire (bancs publics, kiosques, grilles des arbres, pour commencer), la remise en question même du cadre existant de l’île de la Cité, commandée à l’architecte de la BNF, l’intrusion d’une architecture « de rupture » – ou « de mépris » doit-on dire – à quelques dizaines de mètres du Louvre, à la Samaritaine, l’inauguration de la structure couvrante d’un centre commercial digne de banlieue, la Canopée des Halles, en plein centre historique de Paris, la liste est longue avec – cerise sur le gâteau – la multiplication de projets de gratte-ciel, intra muros et en banlieues limitrophes, visibles de partout, anti-écologiques, anti-démocratiques, anti-économiques, marques de l’emprise sur Paris de puissances financières démesurées (et incontrôlables)… Ce n’est pas une situation banale, semblable à ce qui se passait il y a 20 ans. Dans l’histoire de Paris, il y a toujours eu des phases plus critiques et combatives que d’autres, et nous sommes en train d’en traverser une. Comme dans les années 60 et 70, aujourd’hui nous faisons face aux « vandales » (*). banc Leo   Le vandalisme c’est tout aussi bien la destruction du mobilier urbain hérité du 19e que le saccage des places parisiennes par des projets « innovants », ou la construction de hces immeubles neufs de l’avenue de France, érigés capricieusement, avec arrogance, hurlant le mépris de leur environnement urbain, architectural et historique. Autrement dit : leur mépris de Paris même. Le vandalisme, c’est aussi de vider le centre de la ville de ses fonctions essentielles, en le transformant en coquille vide pour touristes.

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Immeubles avec vue sur le « périph »… Avenue de France, ZAC Paris RIve Gauche (75013)

Comptant sur le numérique pour neutraliser les contestataires de ses projets d’aménagement, la Mairie, comme les agences d’architecture, multiplient les consultations et les appels à contribution sur internet, comme « Réinventer Paris », « Budget participatif » etc … Des consultations « ouvertes à tous », c’est-à-dire seulement aux jeunes geeks (plus faciles à convaincre), aussi bien aux avertis comme aux profanes, (aux professionnels plutôt qu’aux amateurs), excluant, en toute connaissance de cause, tout un pan de citoyens pas connectés, pas équipés – une majorité, en somme – et des catégories entières d’âge et de classe sociale. Le résultat de ces contributions lui fournirait-il, au besoin, l’argument de l’adhésion populaire, prêt à sortir comme un joker ? IMG_0460 Les nouveaux lampadaires : des « rochers » sur pilier. Avenue de France, ZAC Paris RIve Gauche (75013)  Il faudra néanmoins se rappeler que les destructions du patrimoine ont toujours fini par être regrettées et que les vraies innovations, bien plus rares naturellement, n’ont pas manqué d’être populaires, et non pas seulement approuvées, mais fêtées spontanément par le public parisien. Les Halles de Baltard, plus de quarante ans après leur démolition, suscitent toujours une vague de regrets et des critiques, car idéalement adaptées à leur environnement, elles auraient pu être parfaitement réaffectées à des fonctions actuelles du centre ville parisien. De l’autre côté, le sauvetage du Marais dans les années 60, fait une des fiertés de Paris aujourd’hui.

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Immeuble avec vue sur le « périph »… Av. de France, ZAC PRG (75013)

Dans le nouveau quartier du 13ème arrondissement, ce sont des édifices sauvés par SOS Paris et des associations amies qui sont fièrement montrés aux visiteurs : l’usine de la SUDAC, devenue l’école d’Architecture, les Grands Moulins (maintenant Université Paris 7 – Paris Diderot, l’ancien Jussieu), et bientôt la Halle Freyssinet en pleine phase de réhabilitation avant de prétendre abriter une Silicon Valley française…

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La BNF, rue Emile Durkheim

Les innovations appréciées et populaires manquent à notre époque : personne (à part les documents de promotion des architectes) ne fait l’éloge de la BNF, du Centre Pompidou ou de la tour Montparnasse. La dernière est ouvertement détestée, les deux autres sont perçus comme un mal nécessaire : on les fréquente faute de pouvoir faire autrement…   Les constructions innovantes et populaires, il faut les chercher du côté de l’héritage des expositions universelles, ce qui ne contribue pas à nous approcher du présent, pas plus qu’à améliorer la cote d’amour de l’architecture contemporaine.   On a souvent évoqué l’aversion pour la Tour Eiffel d’une partie de l’intelligentsia de ses contemporains, mais la réalité est tout autre : financée par souscription nationale, destinée à accueillir la plus haute antenne des communications hertziennes de la téléphonie naissante, sa construction même étant une prouesse, la tour Eiffel a été associée, dès ses débuts, au progrès, au génie technologique, à l’esprit humaniste de l’époque et au centenaire de la Révolution française ! Plébiscitée par le public dès son inauguration, la tour Eiffel est l’exemple même de l’édifice populaire à Paris.

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La tour Eiffel photographiée depuis un ballon, au cours de l’exposition universelle de 1889

Si parmi les artistes et les intellectuels de l’époque, certains, comme Apollinaire, l’ont détestée, ce n’est pas une raison d’insinuer, aujourd’hui, que les défenseurs actuels du patrimoine l’auraient critiquée, eux aussi, s’ils avaient été là ! C’est une façon facile d’expédier les contestataires d’un projet actuel controversé d’une « verrue » architecturale contemporaine « innovante » ! Paris est l’aboutissement d’un long cheminement dans le passé, jusqu’à notre époque. Sans son passé, Paris n’est pas Paris. C’est conscients de l’importance de cette continuité que nous défendons cet héritage.

M.K.

  banc de Paris

 

(*) Les expressions « vandales » et vandalisme » ont été utilisées et répétées dans les années ’70 dans un livre, en 1994 dans un article, et encore plus récemment…
En voici les sources :

  • Livre : « Histoire du vandalisme » de Louis Réau

http://www.amazon.fr/Histoire-du-vandalisme-Louis-Réau/dp/2221070151

Émission de France Culture sur ce livre :

http://www.franceculture.fr/oeuvre-histoire-du-vandalisme-les-monuments-detruits-de-l-art-francais-de-louis-reau

  • Livre : « L’invention du Vieux Paris » de Ruth Fiori :

http://books.google.fr/books?id=aVaVAQAAQBAJ&pg=PA15&lpg=PA15&dq=vandalisme+paris+1970&source=bl&ots=2_vnBH09f9&sig=05xKT9Di-YkxG9ZheOUPrXfNS3s&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi3kbTDnarNAhXEDcAKHZ9ADnAQ6AEIJzAD#v=onepage&q=vandalisme%20paris%201970&f=false

  • Article :  « Le triomphe des vandales » dans L’Express, 1994


http://www.lexpress.fr/informations/le-triomphe-des-vandales_600634.html

03/11/2015

Le nouveau bulletin vient de sortir ! Voici son sommaire…

Les adhérents de SOS Paris auront le privilège de recevoir le dernier numéro du bulletin de l’association, imprimé, dans leurs boîtes à lettres, dans les jours qui viennent. Mais tous ceux qui le souhaitent peuvent déjà le télécharger au format PDF sur le lien signalé plus bas.

Extrait de la page consacrée à la Place Denfert Rochereau

Extrait de la page consacrée à la Place Denfert Rochereau

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Errata :

Une erreur de signature s’est glissée dans la page 9 de notre bulltin : l’article intitulé « LES TOURS DUO DE JEAN NOUVEL APPROUVÉES PAR LE CONSEIL DE PARIS » n’a pas été rédigé par Marie Karel, mais par Olivier de Monicault. _______________________________________________________ Il convient de rappeler que ce n’est pas la même équipe qui rédige le traditionnel bulletin de SOS Paris envoyé aux abonnés (et lu dans les administrations, les mairies, les ministères), et celle qui rédige les articles du présent site internet. Mais il arrive qu’un article fasse l’objet de reprise, dans un sens ou dans l’autre.

Au sommaire de ce numéro de la rentrée 2015-16, l’éditorial d’Olivier de Monicault, président de SOS Paris, un tour d’horizon de Paris, arrondissement par arrondissement, qui permet de se tenir informé sur les derniers enjeux patrimoniaux, en plus de petites nouvelles et des annonces… Voici un bref aperçu non exhaustif des sujets traités dans ce dernier numéro :

  • Un dernier hommage à Christian Méric, fidèle militant de longue date, qui nous a quittés en septembre.
  • Les réflexions que nous inspire la décision du Conseil d’État d’annuler le verdict en appel de la Cour d’Appel Administrative, concernant le projet LVMH pour la Samaritaine.
  • Le « façadisme » mis en oeuvre à l’Hôtel Lebrun (5e).
  • Les menaces qui pèsent sur l’atelier Picasso, rue des Grands Augustins (6e), par un projet de réaménagement en résidence hôtelière.
  • Le pont des Arts débarrassé de ses cadenas et désormais recouvert de… tags !
  • Le projet d’extension du Fouquets (8e) d’une vaste baie vitrée englobant balcons et combles et comment la Commission du Vieux Paris a « catégoriquement refusé cette monstrueuse verrue ».
  • La réhabilitation inespérée d’un immeuble de la rue Rochefoucauld (9e).
  • Alerte sur les menaces qui pèsent sur la Gare du Nord, auxquelles nous allons nous intéressés encore plus longuement sur notre site.
  • Le combat des associations et riverains pour sauver le stade de Père Lachaise, boulevard du Ménilmontant (11e).
  • Le complexe sportif Léo Lagrange menacé par le projet de la ZAC Bercy : combat de ses supporters et pétition.
  • Le projet de la Sorbonne Nouvelle confié à Christian de Portzamparc et situé rue de Picpus (12e) près de la Nation.
  • La place Denfert-Rochereau avec ses deux bâtiments de l’architecte Claude-Nicolas Ledoux (1785) vouée à un « réaménagement » assez osé !
  • Tour Triangle : vote au Conseil de Paris, recours en justice de SOS Paris.
  • Le modeste édifice, sans prétention et sans protection patrimoniale, de la Sainte Rita, « l’église des animaux », échappe « miraculeusement » à la destruction. Pour l’heure ?…
  • Les petits propriétaires de la rue Chauvelot (15e) face au droit de préemption, menacés de confiscation.
  • Les travaux sur le gratte-ciel TGI (17e) signé Rienzo Piano.
  • ZAC Paris Nord-Est (19e) : la reconversion du dépôt de la Chapelle.
  • Enfin, un grand dossier consacré aux Serres d’Auteuil écrit par François Loyer, historien d’Art et d’Architecture, auteur de nombreux ouvrages dont « Paris XIXe siècle : l’immeuble et la rue« , Paris, Hazan 1987 et « Le siècle de l’industrie 1789-1914″, Genève Albert Skira 1983, publiés aussi en anglais aux États-Unis.

Téléchagement Pour télécharger le bulletin dans sa totalité, cliquez sur ce lien : SOS PARIS-N°95

Extrait du dossier Serres d'Auteui écrit par François Loyer

Extrait du dossier Serres d’Auteuil écrit par François Loyer

14/09/2015

La communication du Ministère de la Culture sur les Journées du patrimoine

Par Marie Karel

Journées européennes du patrimoine 2015 : une communication très étudiée par le Ministère de la Culture, révélatrice des intentions de nos gouvernants (que nous avons élus) concernant notre héritage culturel et disant long sur leur mépris de notre histoire artistique, culturelle et sociale, comme processus créatif ayant abouti à notre société européenne actuelle… Décryptage.

Les mots d’abord : « Le patrimoine du XXIᵉ siècle, une histoire d’avenir »

Afficher cette phrase, c’est faire mine d’oublier que c’est le temps qui décide de ce qui est patrimoine et ce qui ne l’est pas ! Les créations contemporaines – du « XXIe siècle » –  s’affichent déjà dans l’actualité de tous les jours, tout au long de l’année ! (La Fiac par exemple a lieu bientôt, en octobre). Ont-elles besoin d’occuper en plus la place du « patrimoine » – héritage  » ? Qui sait lesquelles parmi ces créations défieront le  temps et sa balance implacable des valeurs, pour mériter un jour – dans le futur – le titre de « patrimoine » ?

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La définition du mot selon le Robert est : « Patrimoine : (1160 ; lat. patrimonium « héritage du père » (…) 1. biens de famille, bien que l’on a hérité de ses ascendants. V. Fortune, héritage, propriété (…) 3. (1829). Ce qui est considéré comme un bien propre, comme une propriété transmise par ses ancêtres. »  Selon le Larousse.fr : « Bien qu’on tient par héritage de ses ascendants. Ce qui est considéré comme un bien propre, une richesse (…) Ce qui est considéré comme l’héritage commun d’un groupe : Le patrimoine culturel d’un pays. » On devine aisément que si le Ministère de la Culture affiche un tel mépris pour le vrai sens du mot patrimoine – héritage, cela ne doit pas être sans raison….

Outre le détournement du sens, cette expression du Ministère de la Culture cache un vice bien plus pernicieux : décréter comme « patrimoine » les réalisations contemporaines, cela équivaut à l’ignorer, ou pire, faire table rase du vrai patrimoine ! Et venant de l’autorité culturelle ad hoc du pays, la première institution dont la raison d’être est la culture, cette affirmation suggère de façon subliminale : 1) que ce que nous avons nommé jusqu’ici « patrimoine », n’existe pas ou ne doit pas exister, 2) que les mots peuvent perdre leur sens. Effet d’éclatement réussi !

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Au vue de l’illustration, nul besoin de commentaire !  Confirmation, il s’agit bien d’un éclatement ! Celui d’un concept, celui d’un mot, et bien plus…

« Excusez-nous, nous allons vous parler de patrimoine ! »

Une communication expressément conçue pour annoncer que le patrimoine « du passé » est mort ou doit être considéré comme tel ! Que l’histoire (autre mot utilisé à bon escient) s’écrit au… futur. Mieux : que le temps n’existe pas (puisque c’est nous qui décidons à sa place des valeurs patrimoniales)… On croit entendre le message chuchoté : « Oubliez ce que vous savez sur le patrimoine… Laissez-nous vous dire ce que vous allez aimer désormais… à l’avenir… l’histoire… le 21e siècle… vos yeux se ferment… détendez-vous… »

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Plus sérieusement, (relativement…) ce message de la communication du Ministère de la Culture sur les Journées Européennes du patrimoine, a de quoi faire plaisir aux architectes et aménageurs de Paris malmenés par des protestations et des procès de tout genre autour d’opérations comme la Samaritaine ou la « tour Triangle », par exemple ! Il est sans doute conçu aussi pour plaire à des artistes comme Anish Kapoor, Daniel Buren ou Jeff Koons qui ont déjà démontré comment ils adorent le patrimoine !

Heureusement, dénué de subtilité, ce message « téléphoné » du Ministère de la Culture, ne peut avoir énormément d’impact sur l’opinion, à part peut-être celui d’encourager des visites vers des lieux patrimoniaux par des représentants d’une jeune génération nourrie à la culture approximative des jeux vidéo ! Après tout, ces affiches n’ont rien à voir avec le… patrimoine et toutes les manifestations culturelles programmées, à profusion, par des vrais passionnés ce week-end sur tout le territoire (et au delà) !

Ce n’est que de la « com »…

 

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M.K.

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Les Journées du Patrimoine ont été instaurées en 1984 par Jack Lang, ministre de la Culture, le troisième dimanche de septembre, avant de prendre une dimension européenne en 1991. Elles auront lieu les 19 et 20 septembre 2015. Retrouvez le programme à Paris sur ce lien.

09/07/2015

Modification du PLU : jusqu’au 10 juillet pour noter vos observations dans les mairies

Modification du PLU (Plan Local d’Urbanisme) : Un petit mois offert royalement aux Parisiens pour analyser cet énorme dossier et découvrir les modifications apportées c’est beaucoup trop de place laissée aux citoyens vous ne trouvez pas ? Il ne vous reste donc que jusqu’au 10 juillet pour noter vos observations sur les registres d’enquête publique des mairies d’arrondissement…

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Lettre aux Conseillers de Paris  : Comme notre ami Colum Mulhern ne vous privez pas de les interpeller sur ce sujet brûlant…

Rapport de présentation de la modification du PLU – Projet 2015 soumis à enquête publique

Luxembourg, le 09 juillet 2015
Madame la Conseillère, Monsieur le Conseiller,
La consultation discrète du public dans le cadre de la modification des PLU se termine demain. Une lecture du Rapport de Présentation montre qu’il est bien possible de planter n’importe quelle bombe à retardement parmi les multiples références et renvois, comme par exemple dans l’Annexe II du Tome 3.
Monsieur Delanoë a ouvert une véritable boîte de Pandore quand il s’est penché sur l’urbanisme de Paris, et surtout sur la question de la hauteur des bâtiments. Vous avez, en tant que Conseillères et Conseillers, la possibilité de refermer la boîte et de créer les conditions réglementaires pour préserver la vraie grandeur de Paris. Peut-être qu’il serait même possible d’éviter la construction future de gratte-ciels en incluant les bons textes dans les PLU et en définissant une hauteur maximum de 20 mètres pour toute nouvelle construction.
Depuis le Moyen-âge Paris a été bâti d’une manière très dense avec des immeubles collectifs ayant une hauteur de façade de 17 à 18 mètres. Entre la Révolution et la fin du XX siècle les hauteurs étaient de 18 à 20 mètres avec 1 niveau dans une mansarde. Ces dimensions sont restées d’usage, sauf pour l’augmentation du nombre de niveaux permis dans les mansardes, jusqu’aux années ’60-70 quand la législation a été adaptée afin de se conformer à “l’esprit du temps“. Déjà en 1977 cette nouvelle législation a été modifiée en raison de effets désastreux qu’elle avait sur la structure urbaine de Paris, mais la hauteur maximum n’a malheureusement pas été ramenée aux 20 mètres, Et pourtant c’est ce qui aurait été le mieux pour préserver le caractère de Paris.
Les dégâts avaient été limités, mais pas évités, car après on a continué quand-même à construire des ensembles de barres et de tours malgré les expériences ratées. Aujourd’hui vous avez la possibilité de corriger une fois pour toutes les erreurs du passé. La majorité actuelle, qui a finalement été atteinte par le discours stérile du “modernisme“, fait le contraire et propose de ressusciter la législation néfaste qui avait été abandonnée à la demande de presque tous. Elle encourage la réalisation de gratte-ciels, aussi calamiteux que la Tour de Montparnasse, et favorise le remplacement du patrimoine architectural par des “traitements architecturaux contemporains“.
Tome II, p. 38 du rapport de présentation indique que c’est depuis “les années 1960 – 1970, des îlots du centre et des faubourgs anciens, ……………. sont détruits, de même que des sites industriels, au profit de nouveaux ensembles de logements et de bureaux. Le nouvel urbanisme qui se concrétise à travers le Plan d’urbanisme directeur (PUD)5, basé sur les préceptes du mouvement moderne codifiés dans la « charte d’Athènes », va alors produire des formes urbaines très différentes, constituées de tours et de barres diversement disposées sur des espaces verts, des dalles et des parcs de stationnement à ciel ouvert.“ 
Certains d’entre vous se sont laissés convaincre que le “modernisme“ est par définition synonyme de progrès et d’innovation, alors qu’il s’agit simplement d’un style d’architecture (mouvement moderne) presque centenaire. Il est tellement ancré dans les écoles et institutions architecturales qu’il est proposé systématiquement pour tous bâtiments à construire dans n’importe quel contexte. Ainsi il y a confusion quant à l’utilisation du mot “contemporaine“ dans les textes car il est interprété par tous, y compris par les juges du Conseil d’Etat, comme indiquant “style moderne“.
Le même Tome II prévoit “une stabilisation de la population à 2,247 millions d’habitants à l’horizon 2030“. Alors il n’est nullement nécessaire d’augmenter la densité actuelle à Paris en construisant des tours et des ensembles brutaux de logements. Il faudrait simplement mieux utiliser le parc immobilier existant. Des bâtiments d’une hauteur ne dépassant pas 20 mètres ont pu accommoder une population d’environ 2,9 millions d’habitants entre 1911 et 1954. Oui, avant l’arrivée des “préceptes du mouvement moderne“. Si nous essayons de remplacer petit à petit tous ces bâtiments par ce qu’on nous propose depuis 60 ans il n’y aurait plus de raison de vouloir habiter Paris, car l’intérêt n’est pas d’habiter un point précis sur la surface de la terre mais de vivre dans un lieu agréable.
Si les PLU sont destinés à protéger le riche héritage architectural qui fait la vraie gloire de Paris, il faudrait saisir cette occasion pour enlever les mentions contradictoires qui ont provoqué l’erreur de jugement du Conseil d’Etat dans l’affaire de la Samaritaine. D’ailleurs ces textes (l’article UG.11.1.3) sont introuvables dans les 3 tomes mis à disposition pour l’enquête publique….
Il faudrait enlever d’urgence toutes les exceptions permises au nom de “traitements architecturaux contemporains“ et des “mises en œuvre innovantes“ qui donnent carte blanche à ceux qui nous ont donné depuis trop longtemps les bâtiments que nous détestons de plus en plus chaque jour. Car rien ne nous indique que ce qu’ils nous proposent aujourd’hui est mieux que ce qu’ils nous ont donné hier. Il faut juger du succès d’un bâtiment dans la durée car tout nous impressionne un peu quand il est nouveau.
Il faudrait également supprimer toutes mentions de “mimétisme architectural“ et de “pastiche“ dans les règlements qui ne veulent rien dire mais qui sont destinées à interdire toutes architectures qui ne viennent pas du “mouvement moderne“. Des véritables styles contemporains, comme le “Nouvel Urbanisme“ proposent l’utilisation sans complexe de l’architecture française comme seule solution pour préserver ou pour rétablir l’intégrité d’ensembles historiques à Paris.
Pour finir, il serait pour moi préférable de ne pas faire de distinction dans la façon de traiter les types de transformation envisageables en fonction des tissus urbains d’avant et après 1945 (p. 48 Tome II). Au lieu de transformer les quartiers d’après 1960 “dans le respect de leur caractère“ (p. 48, Tome II) il serait préférable de les traiter comme les bâtiments de la Samaritaine, côté rue de Rivoli (même manque de respect), mais de les améliorer en utilisant l’urbanisme et l’architecture français qui avaient donné tout le prestige de Paris avant la fracture délibérée et planifiée dans les années 1960.
Bien cordialement à vous,
Colum Mulhern, architecte, membre INTBAU