Posts tagged ‘Serres d’Auteuil’

31/12/2016

2016 dans le rétroviseur

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Serres d’Auteuil : Le 24 mars, le Tribunal administratif juge « incompatible » avec le lieu, en plein Bois de Boulogne, l’extension de Rolland Garros et suspend les travaux. Le 3 octobre le Conseil d’État autorise les travaux, avant que le TGI de Paris, saisi par les héritiers de l’architecte Formigé, ne les suspend le 6 octobre. Mais le 10 novembre le TGI tranche en faveur du projet de l’extension du stade et condamne les héritiers de Formigé à payer la somme (exorbitante) de 40.000 à la FFT.

Lire aussi : Serres d’Auteuil : réponse à Paul Chemetov par François Loyer

En mai, le projet du remplacement des kiosques typiquement parisiens suscite une vive controverse :  Revue de presse. La pétition d’une jeune parisienne recueille 40.000 signatures dans les premières semaines de son lancement. Lire : Kiosques parisiens : une authenticité culturelle à protéger

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SOS Paris lance l’appel : « Un jour, un kiosque » sur les réseaux sociaux, et publie les photos reçues.

Lire aussi : En dépit de l’attachement des parisiens le remplacement des kiosques haussmaniens est décidé par la Mairie

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La Canopée des Halles est inaugurée le 9 avril. Elle suscite des réactions critiques dans la presse, y compris anglophone. Dans les jours qui ont suivi son inauguration, les parisiens constatent qu’elle prend l’eau. Des critiques se lèvent et la presse en fait régulièrement l’écho…

Le 7 juillet la loi CAP (Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine) a été adopté définitivement par le Parlement. Lire notre article… 

En 2016, la Mairie de Paris modifie les modalités d’appel et de sélection de projets jusqu’ici effectués dans le cadre du Code des Marchés Publics : appel à projets, jurys de concours, pour les adapter aux nouvelles procédures : « Réinventer Paris » et « Réinventer la Seine ». Lire notre article…

Tour Triangle : l’enquête publique clôturée le 14 octobre, a connu une participation exceptionnelle. Pendant ce temps une autre enquête, celle du projet Bercy-Charenton est en cours. SOS Paris a publié sur ce site le texte de sa contribution.

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Île de la Cité : en décembre, le projet mené par Philippe Belaval (Centre des Monuments Nationaux) et Dominique Perrault (DPA) est remis au Président de la République. Il prévoit un réaménagement avec des changements radicaux qui devraient suivre le départ des différentes institutions et la libération de leurs édifices. Lire notre article…

Dans la liste des sujets qui soulèvent des questions, il faudra signaler le projet de transformation des bords du lac Daumesnil, lieu de biodiversité actuellement. Lire notre article…

Enfin, en 2016, SOS Paris perd deux de ses plus ferventes militantes.

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Geneviève Paultre

Geneviève Paultre nous a quitté le 29 juin. Lire notre article… 

Marie-Claude de Maneville (photo manquante) nous a quitté le 6 novembre. Lire notre article …

14/11/2016

Serres d’Auteuil : la Justice déboute les Formigé

 

Le communiqué de l’AFP

    10 novembre 2016

Après des années de conflit, la justice a tranché en faveur du projet d’agrandissement du stade de Roland-Garros, porté par la Fédération française de tennis (FFT), en déboutant jeudi les héritiers de l’architecte du jardin classé des Serres d’Auteuil.

Une extension « indispensable » pour la fédération qui veut doter Paris d’un grand stade à la hauteur du tournoi international du Grand Chelem. Un projet qui va « défigurer » l’oeuvre de l’architecte-paysager Jean-Camille Formigé (1845-1926) selon ses héritiers.

La FFT s’est réjouie d’une « nouvelle victoire » et a affiché son « objectif de jouer l’édition 2019 du tournoi dans le nouveau court », dans un communiqué.

L’avocat des descendantes de Formigé, Philippe Zagury, a quant à lui annoncé à l’AFP qu’il allait « faire appel de cette décision extrêmement décevante ». « Nous allons apporter des éléments supplémentaires, a-t-il promis, et montrer mètre carré par mètre carré ce qui est remarquable dans cette oeuvre. »

 

Le Comité de soutien des Serres d’Auteuil a aussi déploré « une très mauvaise nouvelle concernant la protection des espaces verts comme des sites patrimoniaux ».

 

Le tribunal a déclaré Laurence et Virginie Formigé, arrière-petites filles de l’architecte, et l’association Jean-Camille Formigé « irrecevables en leurs demandes fondées sur l’atteinte au droit moral » de l’architecte, « faute de qualité à agir ».

De même, il a débouté une autre héritière, bien reconnue comme « légataire universelle » mais jugée elle aussi irrecevable, « faute de décrire les caractéristiques du jardin et des serres d’Auteuil qui porteraient l’empreinte de la personnalité de Jean-Camille Formigé et donc d’établir que la partie noble du jardin est susceptible d’être considérée comme un œuvre protégeable au titre du droit d’auteur ».

Les plaignants ont en outre été condamnés solidairement à verser 40.000 euros au titre des frais de justice à la FFT, laquelle a en revanche été déboutée de sa demande de dommages et intérêts pour procédure abusive.

 « Sans ambiguïté »

Cette décision du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris, la première sur le fond du dossier, clôt un chapitre important de la bataille juridique entre les défenseurs du patrimoine d’une part, la fédération de tennis et la mairie de Paris d’autre part.

Même si ce dossier est loin d’être refermé, avec un nouveau rendez-vous judiciaire déjà prévu début 2017, cette fois devant le tribunal administratif devant lequel des associations contestent le permis de construire.

Sur le terrain, les pelleteuses sont en action depuis plus de quinze jours, après l’autorisation de reprise des travaux par la 3e chambre civile du TGI le 18 octobre.

Le projet de la fédération, présenté en 2011 et qui a obtenu un permis de construire en 2015, prévoit un court semi-enterré de 5.000 places aux abords immédiats des serres historiques, entraînant la destruction de serres « modernes », bâties après 1980 et jugées sans valeur architecturale.

Le directeur général de la FFT Jérémy Botton a salué une décision « sans ambiguïté », expliquant à l’AFP attendre désormais « plus que serein » la « décision au fond du tribunal administratif qui devrait intervenir début janvier ». Sur le terrain, a-t-il ajouté, « les travaux avaient repris leur cours et ne devraient plus jamais s’arrêter ».

Lors de l’audience du 3 novembre, l’avocat des héritiers Formigé avait affirmé que le nouveau court allait, par sa taille, « devenir l’élément central du jardin », « écraser les perspectives » et « dénaturer un jardin original à l’ordonnancement rythmé ».

Au contraire, ceux de la FFT avaient vanté un nouveau court « jamais visible », « entièrement bordé de serres, pour s’intégrer dans la plus grande harmonie au jardin » et dont les accès ne seront ouverts au public à travers le jardin « que six semaines par an, le temps du tournoi ».

Un projet soutenu par la mairie de Paris « parce qu’il respecte les droits d’auteurs », a réagi son avocat Marc-Olivier Deblanc, qui avait rappelé à l’audience l’action continue de la ville pour préserver son patrimoine, en redonnant son lustre au cinéma Louksor et à son style antique années 1920, à la prestigieuse salle Pleyel ou au crématorium du Père-Lachaise conçu par Formigé, illustre architecte en chef des monuments historiques.

 

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AFP

 

 

24/10/2016

Serres d’Auteuil : réponse à Paul Chemetov

Par François Loyer

Que le stade des Internationaux de Tennis souhaite s’agrandir, nul n’en doute. Il n’est pas acceptable, en revanche, que ce soit au détriment des Serres d’Auteuil. Édifiées sous la IIIe République par un architecte de premier plan, elles sont en tout point exceptionnelles. La modernité d’une composition fondée sur l’ampleur du vide et la valorisation du site n’a pas d’équivalent : chacun se plaît à reconnaître que le paysage est enchanteur, la scénographie magistrale, l’écriture monumentale d’une impressionnante sobriété. Remplacer les serres techniques qui en sont partie prenante par un stade de 5.000 places défigurerait irrémédiablement l’ensemble.

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Comment pourrait-il résister, en effet, à la masse écrasante d’arènes de béton aussi hautes que son pavillon central ? Le point de vue de Paul Chemetov, passant sous silence le stade pour évoquer son enveloppe de nouvelles serres « accordées à la hauteur des serres historiques d’Auteuil », fait fi de la différence d’échelle voulue par Jean-Camille Formigé entre le Palmarium, au bout du tapis vert, et l’étendue des couvertures de verre propres aux serres basses. Qualifier ces dernières d’ « abris en alu et plastique » relève d’une volonté de dénigrement : un tel point de vue ignore sciemment la force de la composition, pour ne s’attacher qu’à des détails médiocres et sans importance.

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L’argumentaire que développe Chemetov n’est pas plus franc. La célébrité médiatique de l’auteur du projet actuel lui paraît suffisante pour justifier la dénaturation d’un site patrimonial protégé à plusieurs titres. A mon sens, c’est un comportement de philistin de détruire la culture dont on a eu la chance d’hériter. Les protestations répétées des associations défendant le site du Bois de Boulogne seraient-elles sans valeur ? Ce n’est pas en jetant l’anathème contre ceux qui osent affronter le pouvoir des lobbies du sport qu’on pourra rendre supportable la défiguration d’un ensemble patrimonial d’aussi grande qualité.

« Conserver, c’est transformer » : l’argument plaît aux architectes, pas à l’opinion. Imagine-t-on sérieusement de découper une toile de Gauguin pour en intégrer des fragments à une œuvre contemporaine, au motif que cela la rendrait plus actuelle ? M. Chemetov lui-même, auteur d’un ministère des Finances qui sent bon le colbertisme, verrait-il d’un bon œil que son œuvre soit altérée afin de limiter la violence de l’impact qu’elle a eu sur les bords de Seine ? C’est pourtant ce qu’on serait tenté de proposer aujourd’hui, ne serait-ce que pour limiter les prétentions d’une architecture asservie aux ambitions hégémoniques de l’Etat ou du grand capital.

Peu importe que l’auteur du projet de la FFT soit Marc Mimram ; Jean-Camille Formigé le vaut bien, au regard d’une histoire moins immédiate que celle de l’actualité. Pour nous, le combat pour les serres d’Auteuil n’est pas celui du bourgeois du XVIe arrondissement contre le sport international (ils ne nous intéressent pas plus l’un que l’autre) ; il est celui d’une opinion qui, toutes classes confondues, s’acharne à défendre la richesse d’une culture menacée par la montée en puissance des intérêts privés. Faudra-t-il que le Bois de Boulogne connaisse le même sort que la Forêt de Bondy pour qu’on s’en aperçoive ? Laissons vivre cette perle de l’architecture moderne du XIXe siècle, en plein XXIe siècle. Elle nous apportera autre chose que l’arrogance du monde qui se construit impunément autour de nous.

Paris le 20.10.2016

François LOYER

Grand Prix du Patrimoine